#2778

Midi. Un instant au jardin, dans une douceur humide et parfumée, avant que la ténèbre qui montre plein ouest son cul de plomb chargé d’eau ne vienne réjouir les plantes à défaut des hommes. De tous côtés vibrent des fleurs dans cette lumière grise et un corbeau donne de la voix, rauque, couvrant un moment les roucoulements proches et les gazouillis plus lointains. Le vent arrive, les feuillages bruissent, la lumière baisse : rentrons vite. // Plus tard : jour blafard et frileux. Au jardin ne glissent plus que les escargots, tout bave et dégouttelle, les têtes jaunes d’une sauge hochent sous le crachin. Le ciel grommelle.

#2776

Non mais, des fois, juste parfois n’est-ce pas, je me demande si je n’aimerais pas un tout petit peu trop les livres. Mais juste comme ça. Genre, je bosse toute la journée sur des livres, et en plus, en ce moment mon stagiaire est le fils d’un autre éditeur. Et puis le soir, ma vie sociale c’est par exemple d’avoir été samedi à l’anniversaire d’un pote bibliothécaire, où j’ai tchatché avec un imprimeur, un graphiste et une libraire. Lundi, à la réunion mensuelle du Club de l’Hydre, au bar de la librairie Krazy Kat. Puis ce soir, j’ai été à la soirée BD mensuelle La 9e Case, au bar de la librairie La Zone du Dehors. Et demain soir, il y a trois copains qui font une conférence à la librairie Mollat. Mais bon, ouf, heureusement dimanche matin il y aura la brocante Saint-Michel, histoire de chiner un peu des vieux livres…

#2775

L’an dernier, mes amis des Saisons de l’étrange m’ont fait l’immense plaisir de publier un recueil de nouvelles que j’avais sous le coude depuis une bonne quinzaine d’années : Mémoires d’un détective à vapeur, une uchronie policière avec des gouttes de SF et une ambiance quelque part du côté de Maigret et d’Hercule Poirot, du moins je l’espère… Et puis cette année, l’équipe a pris son indépendance complète, et ils m’ont publié la deuxième partie du cycle, Souvenirs d’un détective à vapeur. Ah oui, je signe de manière très schizo du double pseudo de Viat & Olav Koulikov. L’éditeur a un site, tout neuf. Et pour ma part, j’espère poursuivre cet été l’écriture d’un court roman avec le même personnage, Jan Marcus Bodichiev (pour lequel j’ai déjà tout le synopsis et pas mal de chapitres), tout en peaufinant çà et là une poignée de nouvelles pour, un jour peut-être, un troisième recueil.

#2774

En bande dessinée également, je suis beaucoup dans la relecture. Effet de l’âge bien sûr, et d’une mémoire friable, qui font que j’éprouve le désir de redécouvrir pour me refaire une opinion, remettre à jour mes sentiments sur ces œuvres. Effet aussi des « intégrales » de patrimoine. Ces derniers temps, j’ai pas mal picoré dans ce qui n’est pas mon domaine favori : inconditionnel de la bédé « gros nez », j’ai pourtant souhaité me replonger dans le versant graphiquement plus réaliste ; Bob Morane, Jean Valhardi, Guy Lefranc, Ric Hochet… Et dans ces trois derniers cas, surtout, ces relectures ont rejoint mon goût pour le polar vintage, le « vieillot » dans son jus. Les premiers Lefranc sont délicieusement rétro, ce qui leur confère je trouve un surcroît d’intérêt, une forme de patine. Les premiers Ric Hochet ont une fraîcheur qui passe bien (les premiers, hein ?!), et les Valhardi des années 50 sont entraînant, en dépit du style de Jijé dont l’instabilité graphique me gêne un peu, je préfère les Paape (sacrilège ?). Tout cela est « poussiéreux », oui, comme une certaine littérature populaire, et s’apprécie de même, dans son contexte.