#2808

Well, ce fut donc ze journée de brûlure maximum, la canicule record — en attendant la suivante, je suppose. Je me suis décidé en début d’après-midi à descendre dans la « chambre d’été », qui après tout est prévue pour cela. Au niveau de la cave, donc sous la maison, juste à l’aplomb de mon bureau, se trouve une petite pièce aux murs clairs. Elle a l’aspect d’une cabine de bateau, plutôt bien éclairée par une demi fenêtre située à ras de trottoir, l’ancien soupirail à charbon. Il y a beaucoup à Bordeaux de ces caves réaménagées en chambrettes. Le lit y est bon et, surtout, Mérédith y avait installé un petit bureau noir, genre écolier, auquel je me suis donc installé. De là, on voit le haut de la porte d’en face, avec son gros sourcil de pierre blonde, la toiture de tuiles rouges et le ciel bleu. il y faisait trois bons degrés de moins qu’au salon, par ces temps-ci ça compte rudement. J’ai écrit 6000 signes, c’est pas trop mal, contre les 10 000 d’hier au salon. Les trois chattes ne sont pas super fans de cette pièce en sous-sol mais tout de même, la petite est rapidement venue s’installer près de moi, sur l’épais coussin du fauteuil qui se trouve là, puis les deux grosses sur le lit.

#2796

Le fanal rouge marquant le début de la zone piéton vibre et tire un filet vermillon jusqu’au bout de la rue sur les pavés vernis de bruine, tandis que la flèche de l’église se gomme dans l’ouate brumeuse. Après ces jours caniculaires on savoure un air gris, tendrement humide, sous le sifflement des martinets. Cours de l’Yser passe en vélo un sosie de Bernie Saunders, suivi par un joli brun boudeur. Des livres ? Oui j’en ai trouvé, car triste serait un week-end sans trouvailles de papier.

#2795

Visite inaugurale ce midi de la Meca, l’arche brutaliste géante qui, au bord de la Garonne à Bordeaux, accueille désormais les trois agences culturelles locales – Le livre et le cinéma, le spectacle, et l’art contemporain – sous un ciel déjà impitoyable. Les instances culturelles seront-elles hantées par les fantômes des abattoirs qui s’élevaient auparavant ici ?

#2794

Qu’il est bruyant, le silence de la ville, même en cette province. Au loin, à la limite de l’audible, des enfants jouent, parfois me parvient un de leurs appels, plus aigüe. Selon le vent, une rumeur du boulevard ou un galop ferroviaire enflent brièvement. La trompe d’un train vient de jeter son cri en deux tons puis montent les carillons de l’église, en un balancement sonore, un va et vient de bronze. Au-dessus de moi se froissent les feuilles du figuier, rêches et hésitantes. Il y a un bourdonnement d’insecte. Presque plus d’oiseaux à cette heure, ce matin je notais les sifflements d’un martinet, les roucoulades d’un pigeon et les trilles d’un merle, ne restent pour le moment que quelques piaille-piaille de moineau, discrets, modestes. Après les cloches, le roulement d’un store, le souffle d’une auto, des bruits de voix indistincts, puis tout se tait et ne subsiste que la respiration urbaine, rien de proche, juste des allusions. Mais voici le merle revenu, qui pousse ses notes claires.