En m’installant à Bordeaux il y a quelques années, j’avais plein d’envies, notamment la résolution de faire la connaissance de certaines personnes — mes « people » à moi, on va dire. Eh bien, c’est fait. Je reviens d’une journée chez un grand monsieur des lettres, un écrivain que j’admire de très longue date. Mode groupie on. Heureux je suis (et un peu ému, aussi).
Archives de catégorie : Bx
#2581
Un mien ami m’a offert un recueil des souvenirs de voyage à Bordeaux de Johanna et Arthur Schopenhauer. Le philosophe n’avait alors que 16 ans, c’était en 1804, le château Trompette élevait encore ses vieux créneaux noircis, chaloupes et navires encombraient le port de la Lune, pour le Mardi-gras deux carnavals se déroulaient… Lecture délicieuse, mais je préfère la prose délicate et gentiment lyrique de la mère, Johanna, à celle sèche et grognon du fils, à la fois immature et déjà rigoriste.
#2576
Qu’ai-je vu ? Des lapins dans le sous-bois. Des chèvres des Pyrénées à la longue barbe blanche. Des dindes noirs du Gers au front couvert de verrues écarlates. De grands arbres aux frondaisons torves. Des chemins blancs. La dureté du gravier et la douceur des sentiers. Quelques canards. Le vert tendre des jeunes chênes et le vert-de-gris des sapins. L’unique fleur blanche géante d’un magnolia couvert de grenades couleur d’anis. Les roucoulements des pigeons, le crissement des feuilles mortes bousculées sur l’asphalte, les rires d’un canard et les gloussements d’un coq. De grises nuées qui s’amoncellaient au-dessus des cimes. Peu de gens, quelle aubaine.
(qq heures au Parc bordelais)
#2572
Des sons, les éléments du « silence » d’un dimanche d’août : le croassement grave et régulier d’un corbeau ; les pépiements légers de quelques moineaux ; le grondement passager d’un train ; des bourdonnements d’insectes, tournoyants ; le frémissement des feuilles ; au loin, une sirène d’ambulance ; les gloussements sots d’un coq, dans le poulailler voisin ; la respiration sifflante de la grosse chatte qui dort près de moi, étendue sur la pierre fraîche ; un clocher qui sonne beau ; parfois une rumeur automobile.
#2570
Exotismes minuscules. Devant la gare, un moine bouddhiste, l’air songeur dans sa toge orange. Dans le tram bondé, une petite fille basanée évoque le gâteau à la crème mangé par son copain prénommé Stuart. À la brocante, un grand héron en plastique toise de haut un Napoléon chevauchant sa monture rouillée. Accroupi, un petit monsieur asiatique fouille dans un bac de LP marqué « afro-disco ». Dans la basilique, les cierges scintillent au pied des hautes colonnes grises mais l’air sent le renfermé, le moisi, et je tousse. Sous la flèche, un noir à chapeau brandit une hallebarde devant des touristes blancs et ridés. À l’orgue de barbarie, le chanteur de rues livre une strophe oubliée d’ « Une souris verte ». Plus loin, les musiciens arabes jouent du bouzouki et de l’accordéon. Mélanges, mélanges. Et penser à Roland.