#5098

Le vent bavarde dans les feuilles du noisetier, le bleu du ciel se froisse à peine de quelques brindilles blanches, un pigeon interrompt un instant ses roucoulements pour aller boire. Dans cette paix dominicale, au réveil puis au sortir de la douche des fragments d’une nouvelle bruxelloise exigèrent d’être notés : amusant comme cette fiction permet d’exposer quelques particularités de mon uchronie, encore. Construite en flash-back à partir de l’époque de la retraite de Bodichiev, ce sera la dernière de ce recueil de voyages — dont seules deux autres nouvelles sont déjà composées.

#5095

Cherchant quelques traces d’une précédente esquisse de nouvelle sur Bruxelles (hélas j’en ai perdu les notes), je suis retombé au sein de mon blog… sur les débuts de mon travail sur Bodichiev. Il y a donc bel et bien 20 ans de cela, et moi qui alors pensais mettre 5 ans sur ce projet. J’hésite entre le rire amer et le ricanement sardonique. Mais je parviens à mes fins, et le cycle tout de même a pris un peu plus d’ampleur qu’envisagé au départ. Je ne sais déjà plus, en revanche, quand exactement j’ai commencé à bosser sur le présent roman — ces week-ends estivaux ayant permis d’accélérer la cadence et de l’achever, enfin je l’espère. Et maintenant que c’est fait, je commence à lire le « polar » de Robbe-Grillet, Les Gommes, son roman presque policier précurseur du Nouveau roman. Je n’avais pas osé le lire auparavant, de crainte qu’il ne m’influence. Oh, non pas que j’ai la prétention de me comparer à lui, mais le fait est que j’ai essayé de bâtir un roman à la fois choral, descriptif d’une ville et de sa vie, policier bien sûr, simultanéiste et un peu dans le mode moderniste. Et mes influences furent bien assez nombreuses comme cela, de Perec à Loti (les deux y sont figurants, de ce fait) en passant par Romains, Mauriac fils, Fargue, Beucler, Gracq, et j’en oublie… et même des choses plus étranges comme des clins d’œil à Ric Hochet (!) et à Blake et Mortimer, ou à l’oublié Francis de Croisset… Pour être tellement lecteur de polar, de SF et de fantasy, justement je ne me sens pas d’écrire un roman de plus dans ces genres où tant et tant d’auteurs font si bien – je me suis toujours dit qu’il fallait que j’ai juste ma propre voix, aussi mineure et « hors champs » soit-elle. D’où le refus par tant d’éditeurs — avant Folio — et ce développement dans la « marge » que représente un micro éditeur non diffusé.

#5093

Me promenant tout à l’heure, j’avais pour une fois songé à mettre mes lunettes de soleil — amusant comme leur teinte transforme tout ce que je vois en photos vintage. Une respiration, une pause avant de replonger : le roman provisoirement achevé, m’a trotté de nouveau en tête une nouvelle juste débutée…

#5092

Je n’étais pas persuadé que ces week-ends dans une résidence à la campagne, juste ces deux mois d’été, suffiraient pour rédiger un tel roman. Ce fut bien le cas — avec certains moments de solitude assez rudes mais aussi une vraie joie égoïste d’écriture et de contemplation. Le texte ne sera pas complètement terminé avant que mon primo lecteur me dise ce qu’il en pense, et que je retravaille avec ce recul, mais je me trouve quand même à un point assez particulier — il y a quelque chose comme 40 ans que j’écris et j’ignore si je mènerai encore des projets aussi importants. J’ai une novella à peaufiner, une autre à mener à bien le mois prochain avec un ami, et l’on verra de quoi l’avenir sera fait, si d’autres désirs me viendront ; ces instants d’un été de 2022 ne reviendront jamais.