Retour du pays où les choux ont leur pipeline, où les toits sont couverts d’ardoise, où les feuilles commencent seulement à roussir. Visité une nouvelle fois l’abbaye de Fontevraud, si blonde, si belle. Mais dont je n’ai certes ressenti aucune « spiritualité », du couvent à la prison, haut lieu de l’oppression plutôt.
Archives de catégorie : journal
#2458
Il y a une mélancolie du chemin de fer, entretenue par l’entreprise SNCF elle-même ; quoique « entretenu » ne soit pas le terme le plus adéquat : l’herbe qui pousse entre les rails des emprises ferroviaires, cette herbe des talus chère à Réda, mais aussi ces grands entrepôts anciens, qui paraissent souvent en état d’abandon – comme à Libourne celui qui dresse au bord des voies le triangle édenté de son pignon aux vitres presque toutes brisées. Et ces tourelles dilapidées, ces pylônes rouillés, ces passerelles usées, ces wagons tagués garés entre deux bouquets de genets… Nos trains roulent au sein d’une archéologie, des souvenirs d’un autre siècle en dépit du métal lisse et du profil hi-tech des véhicules.
#2427
J’ai fait une petite pause dans mes lectures, hier soir, pour regarder des « images qui bougent », ce qui ne m’était pas arrivé depuis fort longtemps. Le dernier épisode de Star Trek: The Next Generation, pour rester dans la belle SF à longue vision (je lis la série des « Long Earth » signée Baxter et Pratchett). Il y avait peut-être une douzaine d’années que je ne l’avais pas revu. La manière de filmer a un peu vieilli, pour le reste cela reste excellent : comme toujours, me frappe l’intelligence conceptuelle des scénarios de cette série, son ambition, mais aussi son caractère profondément utopiste : une bienveillance qui fonde le concept de cette période et qui fut perdue tout de suite après. Une bienveillance qui me semble manquer au monde, en fait, en permanence.
#2425
Je continue à être surpris par la réticence, pour ne pas dire la pure et simple ignorance, qu’opposent en France une majorité de grands lecteurs au livre numérique. Venant de changer de liseuse, la Sony ayant finalement rendu son peu d’âme, j’apprécie de nouveau et à plein les charmes spécifiques de la lecture numérique avec ce Kobo Glo, et c’est essentiellement une question de confort : les caractères sont gros, donc parfaitement lisibles ; la surface est bien blanche, légèrement lumineuse ce qui me permet même de lire le soir sur la terrasse, dans ma chaise longue, ou bien plus tard dans mon lit avec à peine un filet de lumière additionnel, très doux ; la liseuse est légère ; je peux annoter ou surligner (pour les manuscrits) ; et ne parlons pas de l’avantage de partir en voyage avec une grande pile de livres ne pesant rien. Non, décidément, la liseuse a bien des conforts, comme outil de lectures complémentaires, parallèles aux livres papier.
Je n’ai pas (encore) racheté de fichiers neufs, mais restocké en livres du domaine public, par exemple de vieux polars victoriens ; sur les conseils avisés de mon excellent camarade JDB, je lis ce grand oublié qu’est Louis Tracy, par exemple, avec grand plaisir.
#2409
Je lis Cold Blood de Richard Kerridge, à la fois recueil de souvenirs, essai de science naturelle sur les reptiles et amphibiens, et réflexion plus générale — de l’intime au général, comme le fait le meilleur du « nature writing ». Et cela me fait remonter à ma mémoire un épisode de ma petite enfance, lors d’un séjour à Nantiat, dans la grande maison familiale avec un parc. Avec mon cousin Philippe, nous avions trouvé un crapaud, l’avions posé dans une bassine en plastique jaune. Et là, quelle idée ! Nous avons conçu le plan d’aller montrer notre crapaud à… Mémé ! Laquelle demeurait pour nous une figure mythique : extrêmement âgée (elle mourut à 103 ans), se tenant dans sa chambre tout en haut d’un escalier forcément immense pour les petits d’homme que nous étions, chez sa fille Tante Marthe, nous ne l’avions jamais vue. Pourquoi, comment, nos petites têtes firent-elles association si étrange entre la curiosité de voir un crapaud — la vie animale n’est-elle pas toujours fascinante pour les enfants ? — et le prétexte pour enfin voir la mystérieuse Mémé ? Passant par la porte du parc qui ouvrait dans le jardin de Tante Marthe, nous eûmes tôt fait, observés par aucun grand, de grimper l’escalier de la haute demeure et de pénétrer, intimidés mais enjoués, dans la chambre de Mémé. Regarde, regarde ce que nous avons capturé ! Et la très vieille dame, menue et sèche dans son lit, de rire de ces deux petits mômes soudain surgis dans son univers, de la bassine jaune et de son contenu perplexe.