Tiens, au fait, je ne vous ai pas raconté : vendredi dernier j’ai effectué, en compagnie de Michel Pagel, un véritable pèlerinage impie. En allant à Angers, nous avons fait un crochet par la Vendée de la « Comédie inhumaine », et en occurrence par les villages de Chauché et de La Rougemurière, qui en sont le cœur vénéneux. Las, il faisait un temps de chien et la cellule photographique de mon iPhone est quasi morte, la plupart des clichés ne s’avèrent donc être que du noir-gris tremblotant ou du vert flou, mais voici malgré tout quelques images de ces lieux maudits…
Archives de catégorie : journal
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#2377
Très fine devait être la membrane entre la vie des rêves et la vie réelle, ce matin, un peu avant 6h, lorsque le chant du merle (tintements, glissements et boucles) me tira de mon sommeil. Je restai un moment à l’écouter, plaisamment embourcagé entre le petits corps de la chatte grise, mes deux oreillers et les plis épais de la couette. Un instant suspendu dans le confort.
#2376
Je ne l’aperçois que rarement et, chaque fois, son envergure m’impressionne. Un rapace a fait sien mon quartier et, de temps en temps, je le vois passant bas au-dessus des jardins. Gare au merle. Bien plus que mes chattes, ce faucon pèlerin lui constitue sans doute un ennemi redoutable et j’entendais d’ailleurs tantôt des tac-tac-tac d’alerte. Étonnant faucon qui, à l’instar du renard, s’inscrit au nombre de cette sauvagine si bien acclimatée au milieu urbain. Tout de même, que ces rapaces des falaises aient adopté les tours de La Défense ou les gratte-ciel de la City, je le conçois, mais à Bordeaux cette ville basse, et qui plus est dans un quartier du sud, où il n’y a guère que le paysage peu élevé des échoppes et de l’échancrure ferroviaire ? Notre faucon pèlerin vit pourtant bien ici depuis quelques années et il n’y a pas à le confondre avec un autre volatile, fut-ce le milan noir dont j’ai lu qu’il existe également chez nous : ces immenses ailes beiges, ça ne trompe pas. La barrière de Bègles, cette jungle.
#2375
Cette nuit j’ai vu des fantômes.
Bousculé dans la journée par une alternance serrée de mauvaises et de bonnes nouvelles qui me secoua sans doute un tantinet les nerfs, le sommeil se fit malaisé cette nuit. Les contrariétés diurnes tournent et retournent sur la platine nocturne, à quoi penser pour ne plus penser, qu’évoquer qui conduise sur les chemins de Morphée ? Écouter les rumeurs de la ville, le vasistas demeurant entrouvert. Les longs cris liquides des rails, le roulement de basse d’un train, le ronflement diffus du boulevard, un tintement lointain, un claquement plus proche, si peu, presque rien, les sons assourdis de la nuit à travers l’oreiller. Une chatte se glisse au creux de mon bras, son ronronnement couvre tout le reste, je me sens glisser, l’image d’une plage, les fleurs jaunes des genêts. Pourquoi n’y a-t-il pas de mouettes à Bordeaux ? Sotte question qui remontant à la surface de ma conscience m’entraîne avec elle dans la lueur poudreuse qui coule du ciel sur le lit. C’est vrai ça, tout de même, pourquoi si peu de mouettes dans une ville à l’influence océanique aussi marquée ? Mais il est vrai que des mouettes, on n’en voit pas beaucoup non plus sur le bassin d’Arcachon, les mouettes ne seraient-elles pas tellement atlantiques ? Je le regrette ; dans toutes les villes de la côte sud anglaise, en Devon et en Cornouailles, ces énormes volatiles blancs, mouettes ou goélands, leurs criailleries râleuses, marquent si bien la présence de la mer. Un grincement me réveille, le masque blanc d’une des chattes surgit des replis de la couette, cliquetis des griffes dans l’escalier. Descendant derrière elle, je passe de la cuisine à la terrasse, sous une demi-lune brumeuse, frissonnante. L’arbre de la vieille dame secoue ses têtes veloutées, un souffle emporte le vrombissement d’une moto et la senteur du lilas.






