Après la nuit mauvaise, se promener à pas lents dans le quartier encore humide, où sous chaque arbre, au coin de chaque mur, un peu d’ombre grise sédimente encore. Pour écrire il convient de prendre une sorte d’élan et celui-ci manque aujourd’hui, tant pis, l’article commencé hier attendra bien encore quelques jours, la lassitude ferme mon horizon. Dans l’anse ferroviaire, les rails brillants coulent à pleins bords. Cette vallée qui il y a peu encore s’ourlait au loin du vert des coteaux est close désormais par les immeubles toujours plus hauts et plus serrés, sottes sentinelles de la cupidité immobilière d’une municipalité passée qui sévit encore. Le vent glisse sur les rues en froussements subits et le boulevard se perd dans une tranquille solitude.
Archives de catégorie : journal
#3041
En insomnie, j’eus la curiosité de regarder au dehors. Un froissement incertain couvait la ville d’un lait bleuté, la lune ayant pris congé. Dans l’échancrure entre la résidence et la maison voisine le petit jour flottait, une respiration d’un cyan cru piqueté d’électricité. Descendu, j’ouvris la porte sur l’ombre du jardin et, incrédule, humai un instant la brume accrochée aux écailles du fuschia et dans la bouche du figuier. Ça goûtait la fumée et l’eau et déjà la lumière tournait au bleu poussiéreux. Un petit vent entortillé de pluie vacilla dans les arbres et me repoussa à l’intérieur, bâillant et frissonnant.
#3040
#3039
La ville soupire et je me demande pourquoi est si difficile le bonheur, tellement plus rare que le chagrin. Avec de la pluie en écharpe les grandes nuées s’érigent dans un ciel acide, dérivent, les aisselles blanches et les fesses grises, salies peut-être par l’âcre odeur de chair brûlée qui montait ce midi d’un barbecue voisin. Des brindilles voltigent un instant, un long grincement vibre vers la gare. Perché sur une antenne, un ramier gris hoche sa tête claire et roucoule, part en claquant des ailes.
#3038
Quelques jours sans prêter grande attention au jardin et, les averses aidant, tout a changé. Le figuier a gonflé, creusant une grotte d’émeraude, comme le micocoulier abrite une sombre caverne au-dessus de laquelle l’abutilon tresse un toit. La verveine s’effondre en écharpes odorantes. Le géranium de Madère lève son grand cou, l’acanthe a propulsé le gourdin d’une fleur unique au centre de ses feuilles molles et larges, la menthe déborde son bac en une foule verte.
