#6133

« Oh j’adore Untel », dit le lecteur, mais l’untel change au fil du temps, les goûts littéraires se forment par accrétions, découvertes, oublis, retours, souvenirs… Étant jeune, sans doute  aurai-je dit que mes auteurs favoris étaient Tolkien (lu le Seigneur des Anneaux sept fois étant môme, mais je n’y parviens plus), Simak, Dick, Sturgeon, Leiber, Moorcock… Puis j’aurai certainement cité John Brunner et Michel Jeury, mais aussi Jean-Pierre Hubert, Dominique Douay, Pierre Pelot, Élisabeth Vonarburg, Michel Grimaud, Cordwainer Smith, Michael Coney, Elizabeth Goudge, PG Wodehouse et Ross MacDonald… De tous temps, Franquin, Tillieux, Greg, Macherot, Bottaro, Barks, Georges Chaulet (les Fantômette), Rex Stout (les Nero Wolfe) et Agatha Christie… Roland C. Wagner et Michel Pagel, fidèlement… Puis plus récemment, ce furent Charles de Lint et Neil Gaiman (mon goût pour la fantasy urbaine), Dorothy Sayers et Margery Allingham (mon goût pour le polar british golden age), les polardeux oubliés Jacques Ouvard, Jacques Decrest, ECR Lorac et Nicholas Blake, les modernes Henri Calet, Francis Carco et Eugène Dabit, les british Iain Banks et Jasper Fforde…

Aujourd’hui, qui citer comme ces piliers auxquels, pour moi, revenir sans cesse ? Isherwood, Flaubert, Giono, Simenon, Gracq, Modiano, Murakami, mais aussi Jane Austen, Anthony Trollope, Christopher Priest, Tove Jansson, David Lodge, Armistead Maupin, China Miéville, Michael Chabon, Ellen Kushner, Christopher Fowler (la série des Bryant & May), Ben Aaronovitch, Jasper Fford, les Lupin de Lebanc et les Holmes de Doyle forcément, en poésie Léon-Paul Fargue, Jacques Réda et Philippe Jaccottet, en nature writing Robert MacFarlarne et Richard Mabey… Et des phares, ces livres monuments relus régulièrement : Le Guépard de Lampedusa, Cent ans de solitude de Marquez, Le Grand-Maulne d’Alain-Fournier, Le Pays où l’on n’arrive jamais d’André Dhôtel, L’Iris de Suze de Giono, Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke, Tom et le jardin de minuit de Philippa Pearce, les Harry Potter nonobstant leur autrice, les Maigret de Simenon, Le Prisonnier de Zenda d’Anthony Hope, Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame, The Crow Road de Iain Banks ou Encore heureux qu’on va vers l’été de Christiane Rochefort…

#6122

Je ne lisais pas de poésie, dans le temps, m’y suis mis lentement et surtout en prose — j’ai encore du mal avec les vers, dont la forme me semble artificielle, et en écrivant cela je sais qu’il ne le faudrait pas, que c’est maladroit, mais voilà, cette impression due à la simple habitude de lire en prose je ne parviens guère à la dépasser. Et puis contrairement aux Anglais, je crois que la poésie n’est pas tant ancrée dans la pratique de lecture des Français, il n’y a qu’à considérer les grands rayons de poésie des librairies anglaises ou écossaises, et la place de la poésie dans la rubrique Books du Guardian, par rapport à ce qui se pratique ici, la marge. Enfin donc, cette lecture de poésie, c’est venu par exemple lorsque mon oncle Jean me conseilla de lire Jacques Réda : ce fut une petite épiphanie et rapidement l’un de mes écrivains préférés, ce poète du récit urbain, tellement conforme à mes goûts qu’il devint même une sorte d’idéal d’écriture, aussi. Et puis Philippe Jaccotet, pour la nature. Deux autres favoris : Etel Adnan, Hubert Voignier. Au fil des ans, ma découverte d’une autre lecture, des lectures, à picorer, légères, courtes, presque de pure esthétique. Et puis aussi, de fil en aiguille, je découvris au-delà de la poésie une forme littéraire « mineure » : la chronique. Des papiers brefs, d’humeur, de contemplation, de commentaire ou de déambulation. Mes goûts pour la psychogéographie m’avaient déjà fait découvrir le piéton de Paris, Léon-Paul Fargue (et son compagnon et disciple, André Beucler). Un souvenir de conversations avec Lionel Évrard, quand il était à Bordeaux durant mes études, me conduisit à cet autre promeneur d’Henri Calet. Un fascicule de Réda m’ouvrit les portes de cet étrange nomade helvète de Charles-Albert Cingria. Il y eut aussi les notes et carnets de Julien Gracq, autre idéal stylistique. Aux édition du Dilettante, de petits recueils si précieux de Pierre Marcelle, Nicole Verdier, Germaine Beaumont… N’est-ce pas formidable, ces écrivains en liberté qui vécurent en proposant ces fragments de pensées, de souvenirs, de promenades ? Comme les blogs des débuts, des carnets livrés à la lecture publique. Avec une poétique du quotidien, de l’ordinaire, de la vie en somme.

#6115

Silence sur ce blog ? Jours de lassitude, apprendre la lenteur, ranger, lire et écrire. Commencé un roman, je n’en ai pas le titre et à peine l’idée, cela prend forme de manière tranquille. J’en poste de petits bouts sur Insta, des fragments que je rédige à la volée sur le téléphone, comme je l’avais fait en partie pour mon précédent roman, celui qui sort en septembre chez Koikalit. Mais pas de Bodichiev pour cette fois-ci, un projet bien plus ambitieux je crois. Lectures de Murakami, de Simenon encore, de Zafón, de Pessoa, de Mac Orlan, d’Anatole France, d’Hervé Picart, de Germaine Beaumont, de Vita Sackville-West, de Michel Chaillou… Il pleut.

#6112

Lente balade urbaine entre Quiconces et cathédrale, avec une pause pour saluer la mémoire de mon parrain, après une non moins religieuse halte à la grande librairie. Je me trouve en ces moments plaisants d’un nouveau roman où sans rien construire encore je prends des notes, rêvasse, rédige quelques lignes ou de longs paragraphes, sans liens autres que des inspirations momentanées et juste en tête le brouillard d’un décor de récit. Niveau lectures, du polar belge, entre Nadine Monfils et Hervé Picart, cela participe du mouvement.

#6107

Ces temps-ci je lis ou relis du Eric Brown, autre favori hélas disparu, pas cette fois sa SF mais ses polars fifties, d’une qualité supérieure – le genre d’auteur qui influe à tout ce qu’il fait la précieuse note de talent qui fait toute la différence. Et puis ça me fait songer, entre deux tâches comptables et des séjours à la librairie où je suis bénévole, à la possibilité de continuer à « gratter », comme me l’a dit drôlement un copain avant Noël : écrire un peu. La perspective différente que me procure en ce moment le fait d’être en fauteuil roulant une partie du temps (talon fendu, très douloureux) me rend l’envie d’écrire encore du Bodichiev, cette fois en vision de handicap, à hauteur de fauteuil, on le fait trop rarement. On verra, j’y songes, tout comme je songes aussi beaucoup à Londres dont j’ignore si j’y retournerai jamais. Temps et humeur maussade des premiers jours de janvier, rien que de très classique.