#2468

« Il a fait pour les cieux immenses la petitesse des oiseaux »… Au-dessus des rues nocturnes, invisibles dans le ciel sombre d’automne, passent des vols de grues, klaxonnantes, cancanantes, grinçantes, comme une longue chute de casseroles qui rebondirait par dessus les toits, ou des canards qui tomberaient en vrac de la lune… puis le vacarme des volatiles diminue dans le lointain…

#2465

Hier soir il faisait relativement bon et sur la terrasse, levant le nez, j’ai regardé la lune, pleine et imposante, devant laquelle glissaient des nuées bleutées. Ce soir, on nous annonçait la « super moon » mais j’ai beau scruter, le ciel reste vide, bouché d’un couvercle gris rougeâtre. Ah mais si, la voilà, elle se lève et le ciel se fragmente de nouveau en larges écailles bleues. La lune est là mais elle ne me semble pas plus grande qu’hier. Des nuées en échardes noires flottent au ras des toits, il s’agit en fait de déchirures vers le ciel nocturne. Un train passe en ronflant et quelque chose tinte au loin, vers le boulevard.

#2458

Il y a une mélancolie du chemin de fer, entretenue par l’entreprise SNCF elle-même ; quoique « entretenu » ne soit pas le terme le plus adéquat : l’herbe qui pousse entre les rails des emprises ferroviaires, cette herbe des talus chère à Réda, mais aussi ces grands entrepôts anciens, qui paraissent souvent en état d’abandon – comme à Libourne celui qui dresse au bord des voies le triangle édenté de son pignon aux vitres presque toutes brisées. Et ces tourelles dilapidées, ces pylônes rouillés, ces passerelles usées, ces wagons tagués garés entre deux bouquets de genets… Nos trains roulent au sein d’une archéologie, des souvenirs d’un autre siècle en dépit du métal lisse et du profil hi-tech des véhicules.

#2426

En cercles lents, le petit rapace tourne au-dessus du quartier, ailes largement tendues, rousses dans le soleil sur le fond bleu tendre du ciel. À chaque tour, il se décale un peu plus vers la gauche. Un bruit près de moi me distrait : la chute d’une feuille de figuier, jaunie par la chaleur. Lorsque je relève la tête, le faucon a disparu de ma fenêtre de vision.