#2988

Je ne suis pas assez âgé pour me souvenir de la sortie de l’ultime roman de Simenon, Maigret et monsieur Charles, en 1972 – que je viens de relire, beau roman triste pour terminer sa carrière, je ne l’avais lu qu’une fois, il y a longtemps. Je suis en revanche d’un millésime suffisant pour me rappeler à la devanture de la librairie des Toulouses, à Cergy, cet Hercule Poirot quitte la scène qui en 1976 clôtura la carrière du petit détective et de sa vieille biographe – et que je me suis toujours refusé à lire, ne voulant point voir mourir mon héros.

#2987

« Il fait un jour de fin d’hiver clair et froid, de ce bleu métallique et luisant de zinc neuf qu’on voit au ciel des dernières gelées quand les jours allongent ; la sécheresse de ce froid est tonique et exhilarante. » (Julien Gracq) De plus un important vol de grues cendrées rasa ce midi le bas de mon coin de ciel, dont les klaxons et les silhouettes en croix me ravirent.

#2986

« Il s’offrît un verre de bière. Il avait promis au docteur Pardon de ne plus exagérer. Mais pouvait-on dire qu’il est exagéré de boire, pour toute une journée, trois verres de bière à la pression ? » Maigret picole tranquillement, moi pas, ma drogue de prédilection étant le thé. Et je n’exagère plus : je suis passé ces dernières années de trois théières par jour, ce qui était sans doute un tantinet trop, à une théière et demi tout au plus. Imperceptiblement, les habitudes changent, je m’humecte moins.

#2985

Je relis (pour la troisième fois me semble-t-il) ce délicieux polar de 1933, qui constitue pour moi l’une des pièces de cette « collection imaginaire » qui réunirait les fictions académiques. Small World de David Lodge m’introduisit à ce type d’univers, je crois, les universitaires et les étudiants, dans des éclats de rire, puis j’ai lu aussi bien les Robertson Davies que la fantasy Tam Lin de la trop rare Pamela Dean, ou bien le si beau et sérieux Brideshead Revisited d’Evelyn Waugh, le curieux roman de jeunesse de son frère Alec, The Loom of Youth, tant de polars situés à Oxford ou à Cambridge… Des livres exsudant la senteur d’autres vieux livres, l’air raréfié des hautes études, les frasques universitaires, les intrigues de quadrangle…