#2908

Depuis le début avril, le temps de finir tout ce qui devait l’être encore et de paperasser amplement pour les Moutons électriques, je ne fais guère qu’écrire. Oh, pas énormément chaque journée, je m’en tiens aux 5000 signes par jour au grand mieux, avec moult pauses pour réfléchir et laisser mûrir les idées / situations, mais enfin je n’ai sans doute jamais tant écrit de fiction qu’en ce drôle de moment. L’isolement conduit à la réclusion intellectuelle aussi, je vis donc dans ma tête, avec deux révisions finales de romans (l’un est maintenant en lecture chez trois éditeurs jeunesse, l’autre accepté chez les Saisons de l’étrange), quatre nouvelles bouclées, une pas encore terminée, et un roman inattendu que j’écris en ce moment — avec pas mal d’autres choses derrière : les quatre autres nouvelles du prochain recueil, toutes entamées ; un projet de novella avec des amis ; une nouvelle pour une antho, pas facile à mener à bien ; un autre roman qui demande à sortir peut-être… Et de redécouvrir cette forme d’obsession qu’est l’écriture de fiction, étant souvent obligé de prendre des notes le soir, revenant à l’ordi pour poser des bribes de dialogues quand les personnages ne se taisent pas, m’étant même relevé en pleine insomnie, cette nuit pour compléter un passage…

#2907

Hier soir lors d’une longue promenade, je suis passé devant la Méca et sur son parvis, le vent hurlait — mais littéralement, de longs et suraigus hurlements provoqués je ne sais comment, le vent dans les haubans, sous la grande arche, dans les arbres, je ne sais mais le résultat dans cette portion de ville presque déserte provoquait presque le frisson, d’autant que ces temps-ci je lis pas mal de choses sur les Grands Transparents chers aux surréalistes, à Caillois et à Réda, ou bien sur les entités paramentales de Leiber dans Notre-Dame des Ténèbres, bref, sur les étranges et évanescents fantômes de notre vie urbaine.

#2905

Il est bien fini, le silence nocturne du temps du confinement. En mon orée de banlieue enclavée par une tranchée ferroviaire, la nuit est redevenue une houle au fond de laquelle se devinent les grands soupirs des locomotives, les longs grincements des trams et le grommellement automobile, que le mouvement de l’air fait battre comme un souffle de marée.

#2904

J’écris, quatrième nouvelle achevée à l’instant et déjà l’idée d’un roman pour achever le cycle Bodichiev. J’écris, et de ce fait peut-être, je lis énormément de bédés ou de comics, mais niveau prose picore plutôt que ne dévore. De ce côté-ci de la mer de Gianmaria Testa, si court et si beau recueil paru au Sonneur. Cette brume de la mer me caressait comme un bonheur de Maupassant, anthologie d’articles et journaux sur ses voyages méditerranéens. La Femme fardée de Françoise Sagan, comédie cruelle et limpide d’un huis-clos en mer, presque un polar, conseillé par Dominique Douay. Vol de nuit de Saint-Exupéry, limpide également, conseillé par Michel Pagel. Voyage en Italie de Giono, comme son titre l’indique. La Côte barbare de Ross MacDonald, mélancolique et toxique, polar californien empli d’images photographiques et d’atmosphères mémorables. La Presqu’île de Gracq, deux longues descriptions de paysages, fragments de son grand roman de fantasy inachevé.