#6139

Des paupières de nuages ne cessent de cligner dans le ciel, cobalt d’un côté, limaille de fer de l’autre. On attend la pluie, elle ne daigne pas venir. Douce tiédeur un peu vaine sur la ville estivale un peu vide. L’été est une saison fade, sauf à aller en bord de mer pour avoir le goût du sel. 

#6136

Hier matin je me suis réveillé comme je venais de rêver d’un ancien camarade de fac, qui m’expliquait ce qu’il avait fait depuis – sauf qu’il semblait être encore dans la trentaine, tant il est vrai que je ne me rêve jamais vieux. En ouvrant les yeux, j’ai pensé « Pierre », me souvenant soudain de son prénom, et dans le même élan j’ai réalisé que ce camarade n’avait jamais existé. Restant couché encore quelques minutes, je me suis rendu compte que ce Pierre imaginaire brassait des souvenirs épars de quatre garçons différents – dont trois se prénommaient effectivement Pierre, je crois. Puis repensant à ce rêve, où je me promettais maintenant que j’étais de retour à Bordeaux d’aller revoir d’anciens lieux de mes études, j’ai compris avoir pour de bon fait un retour : pour la première fois en plus de 10 ans que je suis revenu vivre à Bordeaux, je venais… de revenir à Bordeaux, mais l’autre, celui des songes de villes que je faisais autrefois, à Lyon. Ces lieux dont je me souvenais et que je me promettais de revoir n’existaient pas, eux non plus : ils appartenaient au paysage de ces rêves urbains récurrents qui un temps occupaient mon imaginaire nocturne. Je les ai bien reconnus. Me voici donc enfin de retour à Bordeaux – des deux côtés du réel. Une forme de réconciliation.

#6135

Il faut écrire vite, ou plutôt, porter de suite sur le papier les phrases et paragraphes qui viennent à me tourner en tête. Ou bien rédiger des fragments sur l’iPhone, notamment le soir, ou en déplacement. Ne pas risquer d’oublier. Hier matin à peine descendu, et pourtant mal réveillé suite à de fichues insomnies, je me suis mis sur l’ordi pour écrire deux chapitres d’un projet personnel. Et comme hier soir dans la rue j’avais soudain eu la première phrase d’un vieux projet, je m’y suis mis ce matin, déjà près de 20 000 signes pour me mettre en route. Plus l’autre roman, auquel je ne cesse d’ajouter touches et retouches. Un été studieux.