#2668

Réinsertion graduelle dans le quotidien. Chaque fois que je rentre d’un voyage, cela me fait le même effet : non, je ne parle pas de la fatigue (quoique je vienne de passer une semaine à me remettre véritablement), mais des souvenirs qui remontent en mémoire, des images qui viennent en tête, un coin de rue, une perspective, tous ces fragments, ces brefs aperçus et impressions qui m’enrichissent désormais et que je savoure comme par bouffées. Oh, et j’ai même continué à boire du thé du Yorkshire, c’est dire.

#2667

Les températures sont revenues à un niveau normal après cette soudaine explosion de chaleur de quelques jours. Les plantes en ont été saisies, au point que les trottoirs sont jaunes de pollen et que l’autre soir, lorsque Karim et mon sommes rentrés chez moi, toute la maison sentait le parfum citronné et un peu âcre du pierri, le petit arbre de la voisine qui surplombe le bord de la terrasse, couvert de grosses touffes de fleurs blanc-vert. Une des azalées a également ouverte ses fleurs en grand, quand sur l’autre elles ne sont encore que des griffes sombres. Les tulipes ont fanées et un premier iris est déjà fleuri. L’épaisse colonne d’une bardane laisse tomber au sol quelques-unes de ses petites fleurs blanches. Les pervenches couvrent l’herbe sous le figuier.

#2665

Considérations météorologiques. Avril est un mois démonstratif, cette année. Je me sens nettement jet-lagué, ayant passé de l’épisode sibérien de Harrogate (c’est comme ça que les Anglais nomment ce genre de coup de froid avec vent, grêle, neige fondue et grésils divers…) et du gris brumeux saturé d’humidité de Londres au brusque et radieux été-avant-l’heure de Bordeaux ces jours-ci. Et je me disais que les travaux, c’est comme les plantes : vous savez, quand lors d’un épisode de redoux les plantes se font avoir et poussent trop tôt bourgeons ou feuillages? Eh bien d’habitude c’est l’été que les municipalités font pousser partout des tas de travaux, mais là, Bordeaux est en emplie, bon sang de bois, ils ont cru que c’est déjà le temps estival des trous sableux, des chaussées défoncées et des transports pagaillés.

#2664

Fragments de voyage (aussi)

Départ dans un bleu à la Whistler avec le pont Saint Jean doublé dans une Garonne indistincte. Au bout du port tremble une torchère comme un phare antique. La Dordogne se franchit dans un même trouble impressionniste puis champs et bois noyés de brume, cimes en ombres chinoises contre un ciel qui s’éveille strié de cendre.

Gabegie complète en gare du Nord, la file des passagers d’Eurostar serpente, que dis-je, elle pythonne, elle boatise dans toute la salle des pas perdus et c’est l’horaire qui se perd, 37 mn de retard et pas une seule information, je suis triste de constater que des fois il est difficile de soutenir l’esprit cheminot, tant les explications manquent quant à de telles difficultés.

Londres, again and again. Autrefois je parvenais à m’y rendre trois fois l’an, je me suis bien calmé, une simple visite annuelle me suffit pour goûter de neuf les charmes de cette ville tant aimée, mais c’est chaque fois un ressourcement plaisant, c’est revoir une vieille amie et prendre de ses nouvelles. Un rapport moins d’excitation que de tranquillité, apaisé, le confort d’un terrain connu.

Il y a pire environnement de travail : regarder les métros rouge et blanc passer en bas de « chez nous », après le boulot aller se détendre par une promenade sur la Southbank (et son canard peu farouche), ou bien remonter tranquillement à travers Kensington Gardens et Hyde Park… et il faut que l’on aille encore au nouveau musée du design… Après bien entendu la Bookfair, le salon du livre de Londres (ils sont dans le même quartier). Curieusement, dans la file du difficultueux départ, devant nous se trouvait une jeune femme qui expliqua à son voisin se rendre à la Bookfair. Le soir, j’effarouche un tantinet mon compagnon de périple par la combinaison d’une tasse de tisane de menthe et d’une bonne tranche de cheddar…

Remontant tout à l’heure dans le nord londonien où les Moutons électriques sont délocalisés cette semaine, j’ai soudainement réalisé le caractère abominablement non euclidien du métro de la métropole anglaise : enfin quoi, à King Cross l’on passe d’une ligne presque de surface (la Circle) à une ligne archi profonde (la Northern), par deux immenses plongées d’escalators. Puis le train grimpe la colline d’Hampstead (stations Archway et Highgate) avant que d’arriver sur le plateau à Finchley… où la voie débouche au-dessus de la rue ?! Whaaat, mais où est passée toute la dénivellation qu’il fallait grimper, les dimensions se sont inversées, la gravité fut annulée, le bas est le haut? Diantre, voilà qui est presque lovecraftien, moi je dis.