#2397

Disparition d’Yves Bonnefoy, voilà qui m’attriste. Pour ne pas lire beaucoup de poésie, tout de même, j’en lis un peu — et pour préférer largement la prose aux vers, j’ai lu Bonnefoy, bien sûr (et puis Arrière-pays qui est en prose). L’ai même vu en conférence, une fois. Suis finalement heureux d’avoir vu un tel bonhomme, tout comme cet autre vieux génial, Pierre Magnan ; je regrette de n’avoir jamais eu l’occasion de voir Jacques Réda ni Jean Borie, dans mes admirations personnelles d’écrivains.

#2396

Je suppose qu’il y a plusieurs sortes d’écrivains… Ceux qui aiment écrire ; ceux qui aiment avoir écrit ; et ceux qui aiment être un Auteur. Pour ma part je ne risque guère d’appartenir à la dernière catégorie, vu que l’on ne considère pas tellement les essayistes et que mes fictions jusqu’à présent furent plus ou moins des échecs commerciaux. Que j’aime écrire, ça c’est une certitude — je n’arrête pas, d’ailleurs, au point d’avoir plusieurs romans dans mes tiroirs et de « pondre » des petites choses en permanence, comme peuvent le constater les compatissants lecteurs de mon blog. Mais j’aime également avoir écrit : ah, la satisfaction d’avoir achevé un livre. Bon, ladite satisfaction provient en général d’une impression illusoire car le plus souvent un livre n’est pas réellement, n’est jamais complètement, fini. M’enfin qu’importe, laissez-moi mes illusions, hier soir j’étais très content car je venais de finir un livre. Mes relecteurs ne tarderont pas à le mettre en pièces et sa publication demeure actuellement une simple hypothèse, mais quand même, eh. J’ai fini un livre. L’illusion est agréable, au moins.

#2395

Hier en rentrant d’une soirée, je me suis arrêté un instant au-dessus des voies du chemin de fer, pour écouter les grillons. Et je me suis dit que quelqu’un ignorant que ce sont ces petits insectes qui émettent ce crissement cadencé, pourrait peut-être penser qu’il s’agit d’un bruit électriques émis par les caténaires.

#2394

Un peu d’insomnie. Les yeux fermés et les oreilles tendues, j’écoute ce que la nuit peut bien raconter. Mais elle ne s’avère guère bavarde, dans cet environnement citadin il n’y a ni criquet ni grillon (ces derniers se trouvent dans le pierré du chemin de fer et leurs percussions acides ne me parviennent pas), non plus qu’hiboux ou chouette, encore moins crapaud ou grenouille. Le glissement de l’escargot, le pas de la fourmi, le tissage de l’araignée, le vol de la phalène, ne font aucun bruit. Il n’y a que le long grommellement d’un moteur sur le boulevard, une moto dans le lointain, le silence surtout, un instant le feulement de roues sur l’asphalte, le grand calme nocturne d’une ville de province. Un train passe, houle urbaine, je me laisse emporter par le roulis des vagues, le visage caressé par la fraîcheur.

#2393

Lorsque le soleil ne joue pas les grands spectacles de rose et de rouge, là-bas, au-dessus de l’échancrure ferroviaire, la tombée de la nuit estivale ressemble plutôt à une levée : celle du bleu qui, après le blanc métallique ou le cuivre translucide de la fin du jour, passe au grand cobalt et, nuance après nuance, prend des tons plus absolus, plus profonds. Mais il suffit que je détourne le regard un moment et subitement, tout est sourd, il ne reste qu’un éclat avant que l’on bascule dans cette nuit qui couvre la ville d’une glaise rougeâtre.