(Paris) La vue par les fenêtres révèle une ville blanche et grise, ce matin, sous un ciel également de craie. Seuls les alignements rouge-orange de petites cheminées réveille ce tableau atonal.
#2381
Étant jeune, j’avais adoré une bédé au scénario signé Delporte & Franquin, sur dessins de Jannin : « Arnest Ringard et la taupe Augraphie ». La séquence d’ouverture de la série, en particulier, possédait la limpidité d’une évidence : cette vague curiosité que l’on peut ressentir en voyant de l’autre côté de la vitre d’un train défiler de petites maisons avec leurs étroits jardins, adossées en rang contre le talus ferroviaire. Quelles vies dans ces logis, quelles existences dans ces jardins ? Et l’on se surprend à cette apophénie du quotidien qui consiste à esquisser des scénarios, à établir des motifs et des hypothèses… et puis le train file, et l’on ne saura jamais. J’imagine qu’il s’agit en partie aussi la séduction de ce récent best-seller anglais, Girl on the Train. Cet après-midi, assis sur mon carré d’herbe, j’ai levé le nez d’un bouquin pour contempler d’abord une vaste mousse blanche qui montait derrière les toits de tuile, nuées à l’assaut du bleu du ciel ; puis, baissant un peu le regard, considéré l’ordinaire spectacle devant moi, le bout de jardin, les plantes frémissant et dodelinant, la porte-fenêtre ouverte sur l’intérieur ombreux, et m’a frappé le fait que ça y était, ma vie s’inscrivait parmi celles que l’on regarde passer depuis le train. Certes l’emprise ferroviaire ne passe pas derrière chez moi mais en tête de l’impasse, dans l’atténuation visuelle d’une profonde tranchée ; avec pour seul passage dominant cette rangée d’échoppes, celui de quelques félins au sommet d’un mur aussi haut qu’épais. L’idée demeure : un maigre jardinet, l’opacité d’une maisonnette, un homme d’âge mûr, trois chattes d’âges variés et quelques milliers de livres. Mais ni taupe ni trésor, à ma connaissance.
#2380
Tiens, au fait, je ne vous ai pas raconté : vendredi dernier j’ai effectué, en compagnie de Michel Pagel, un véritable pèlerinage impie. En allant à Angers, nous avons fait un crochet par la Vendée de la « Comédie inhumaine », et en occurrence par les villages de Chauché et de La Rougemurière, qui en sont le cœur vénéneux. Las, il faisait un temps de chien et la cellule photographique de mon iPhone est quasi morte, la plupart des clichés ne s’avèrent donc être que du noir-gris tremblotant ou du vert flou, mais voici malgré tout quelques images de ces lieux maudits…
#2379
Dernières lectures… Peu de romans et beaucoup de « nature writing », dont le calme contemplatif est un baume contre le profond disquiet que m’inspire actuellement la situation du pays… J’ai d’ailleurs constaté avec intérêt que si une partie de ces ouvrages de réflexion / observation sur la nature sont l’œuvre de naturalistes, un certain nombre l’est également de poètes. Bref, j’ai donc lu Common Ground de Rob Cowen (la vie intime d’un triangle de terrains, que je me suis d‘ailleurs amusé à « aller voir » sur Google Earth) ; Strands de Jean Sprackland (un an d’observation d’une plage) ; To the River de Olivia Laing (promenade tout le long de la Ouse, la rivière où se noya Virginia Woolf) ; et relu le séminal Waterlog de Roger Deakin. Du côté des romans, seulement le beau et touchant Clay de Melissa Harrison (mais je triche car il s’agit encore de « nature writing », sous forme romanesque) ; et suis à mi parcours d’un superbe roman français de fantasy, Port d’âmes de Lionel Davoust.






