#2339

Je reviens juste de la Poste. Au-dessus du boulevard le ciel amoncelait des nuages chargés en anthracite et autres matériaux volatiles, comme ne tardèrent pas à le prouver de grands fracas et des éclairs blancs. Pressant le pas, je remontai vite la rue menant vers chez moi, quand soudain, un grand souffle grondant se leva et un vent glacé commença à me gifler. Devant moi, une nuée blafarde sembla se soulever du sol, je traversai un tourbillon de grêle, suivi de l’autre côté de la placette par le fouet d’une averse dense et brutale, qui me bouscula jusqu’à ma porte.

Je suis rentré un tantinet trempé.

#2338

Tiens, j’ai réalisé hier n’avoir pas fait écho ici de ma lecture de Aurora, le dernier Kim Stanley Robinson. C’est pourtant un très beau roman, ni trop long ni un peu chiant comme souvent KSR, au contraire, c’est un récit à la fois prenant et touchant, le roman d’apprentissage d’une jeune fille en environnement d’arche stellaire. J’ai pensé bien entendu à Rite de passage d’Alexei Panshin, le prix Nebula 1968 que je réédite en avril chez Hélios, mais ç’en est une relecture superbe et aux éléments originaux, à la fois humain et « hard science », sans doute l’un des plus beaux exemples de la SF dans toute sa force littéraire que j’ai lu depuis longtemps (ex-æquo pour moi avec La Fenêtre de Diane de Dominique Douay).

(Et au passage j’ai découvert que j’ai prêté Pacific Edge et qu’on ne me l’a pas rendu, zuuut, j’avais fort envie de relire ce polar écolo utopiste de KSR)

#2337

« Evan’s religious convictions were erractic at best. He once owned a relic of the true Cross, but mislaid it in an all male Turkish bath. »

Je viens de lire Best-Kept Boy in the World, la bio de Denny Fouts, celui dont Gore Vidal a dit qu’il était un « homme fatal », le garçon entretenu de tout l’intelligentsia des années 30-40, modèle de plusieurs personnages dans de grands textes. Fascinant le nombre de très jeunes et très beaux garçons qui passent dans ces pages, oisifs et décadents, toute cette évocation est à la fois sidérante et plutôt triste, finalement, mais passionnante.

#2336

C’était il y a 32 ans, j’étais étudiant à Bordeaux et j’avais envie de faire un fanzine… Il fut tout d’abord une simple feuille pliée en deux, chaque semaine, puis tous les 15 jours, puis plus gros, mensuel, puis puis puis… Et il y a deux ans, on a publié un gros pavé pour en fêter le trentième anniv ! Mais je ne voulais pas que la revue s’arrête, ç’aurait été trop bête, alors faute de temps pour tout faire je l’ai confiée à mon camarade Alex Mare… et le n°137 vient de sortir, tandis que le n°138 est déjà dans les tuyaux. J’en suis assez fier, je dois avouer. My baby !

#2335

Sur le blog de Jean-Luc Mélenchon, un beau texte touchant, qui rejoint des choses auxquelles je pensais il y a peu. Ce que je me disais, c’est que dans ma tête certaines personnes n’ont jamais changé d’âge, intouchées par les années dans le souvenir que j’ai d’elles : par exemple mon premier amant, qui pour moi aura toujours 17 ans. L’idée même de me dire qu’ayant mon âge, il est maintenant un presque-vieux, peut-être gros et chauve, que si je le croisais je ne le reconnaitrais même pas, j’essaye de ne me même pas y songer…

Et j’ai aussi eu une pensée pour « mes profs », parce que 40 ans après, que sont-ils devenus, sont-ils seulement encore de ce monde ? Le sévère mais juste monsieur Baudoin et la fofolle et minuscule prof de lettres et histoire (madame Giraudroux) qui devint ensuite son épouse, je crois. Ceux-là sont liés à la fin de mon collège, aux voyages à Rome, à Florence, à Naples et à Pompéi, inoubliables et fondamentales occasions de ma propre construction, ont-ils jamais su combien ç’avait été important, ces quelques jours à Pâques sous le soleil italien ? Et dois-je avouer que j’ai oublié les noms de ces deux profs de lettres qui pourtant m’apportèrent tant, celui à Limoges qui me fit aimer Giono et avant cela celui qui à Cergy, crucial, si bien inspiré, me fit découvrir la spéculative fiction — en me désignant un jour, au centre culturel, les romans de Brunner, Jeury, Douay, Spinrad, SIlverberg… qui lui semblaient importants? Si perspicace, ce prof-là, d’ailleurs, qu’avec sa femme il anima plus tard un atelier sur l’homosexualité — mais hélas j’étais déjà parti en exil à Limoges, je ne profitai pas de leur aide, je me construisis seul, bien obligé.