#2344

« The more you put in a brain, the more it will hold — if you have one. » (Nero Wolfe)

Dernières lectures. Je lis tant et tant que relire fait partie de mes « stratégie » de boulimie. Ça tombe bien, je n’ai pas une très bonne mémoire pour les détails des intrigues. Ainsi, en dépit d’une « PàL » fort haute, me suis-je replongé ces derniers temps dans les enquêtes de Nero Wolfe, l’homme aux orchidées, de Rex Stout. Il s’agit de polars américains des années 40 à 60, grosso-modo, que j’adore depuis… toujours ou presque : c’est mon grand-père qui les achetait en trad chez Fayard, cela fait donc partie de mes lectures d’adolescence. Et je n’ai guère cessé depuis — quoique j’ai vérifié, l’essai que j’ai consacré à la série (Les Nombreuses vies de Nero Wolfe, en « Bibliothèque rouge » chez les Moutons électriques, écrit avec pas mal d’aide des sieurs Baudou & Mauméjean) date de 2008 et je n’avais pas replongé dans les Rex Stout depuis cette époque ; huit ans déjà. Oh, je ne sais pas si je vais faire le coup des Maigret l’an dernier (j’avais tout relu), m’enfin je me sens bien de relire en tout cas les romans principaux, les plus marquants : c’est déjà le cas de Too Many Women, Where There’s a Will, Even in the Best Families et The Second Confession. Là je suis plongé dans Might as Well Be Dead, l’enquête où l’un des freelances de Wolfe, Johhny Keems, se fait tuer. Que dire ? Ce type de (re) lectures c’est comme des pantoufles, on s’y glisse avec délice et confort. Je redécouvre la roublardise de Stout, sa manière si personnelle de fondre les veines hardboiled et classique du polar, la rudesse de son New York et de la société américaine (par comparaison aux « vieux Anglais » auxquels je suis plus habitué), l’étonnant caractère vintage de ce qui est mis en scène, l’amusement des jeux entre protagonistes… et je jubile. Je n’ai jamais compris pourquoi Rex Stout ne bénéficie pas en France d’une plus forte réputation, alors qu’il a été édité et réédité constamment.

#2343

Très humble pioche ce matin à Saint-Michel, mais après tant de semaines sans pouvoir m’y rendre, ah le plaisir renouvelé de ce déballage, sous la flèche de l’église perçant un ciel d’un bleu glacial. Jubilation de toute cette belle vie dominicale bordelaise, le foutoir de la brocante, la presse du marché des Capucins, plus en bonus le fait de papoter un peu avec le sieur PM. (mais quel dommage, la date du concours doit être un rien dépassée, je pense)

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#2342

La vie est étrange et n’a aucun sens. Je dévore avec passion le deuxième volume de la Véritable histoire de Spirou, acquis ce matin, et l’on y évoque l’écureuil domestique d’André Franquin, qui se nommait Rousty. Continuant aussi à relire quelques-unes de mes favorites parmi les enquêtes de Nero Wolfe par Rex Stout, j’ouvre une réédition de 1955 en Penguin vert de Over My Dead Body… et je découvre que le précédent propriétaire y avait inscrit son nom : A. Rousty.

#2341

Hier soir, essayant de trouver le sommeil entre deux grondements d’averse sur le vasistas, je me surpris une fois de plus à m’étonner du grand silence bordelais. Et puis je me suis demandé : comment font les oiseaux, pendant une telle tempête ? Des vents à 98 km/h, une pluie diluvienne, où se trouve le rouge-gorge qui s’est installé dans le quartier depuis quelques mois, comment se protège-t-il ? Et les trois jeunes pies, et le couple de faucons, où vont-ils ?

#2340

Je viens de lire le cinquième Mark Hodder, The Return of the Discontinued Man, et ça m’a fait réfléchir. Étonnant comment cette série steampunk fonctionne, en déconstruisant et reconstruisant à chaque volume toute sa propre réalité, encore et encore. Mais ce n’est pas cela qui m’a fait réfléchir : je me suis dit que somme toute, j’habite le futur.

J’habite le futur et je ne suis pas certain d’aimer cela. En ce sens que bien souvent, je me sens trop en décalage avec la réalité. Nostalgique ? Non, pas réellement, mais… tout simplement vieux, peut-être ? Ce que je constate, c’est que je me souviens parfaitement d’une époque où je trouvais que la vie à Lyon était tranquille, calme, tout le charme conjugué d’une grande ville et de la province. Quand est-ce que Lyon est devenu cette métropole surpeuplée, surpolluée, couverte de bâtiments neufs en rangs serrés, à quel moment a-t-elle basculée dans un environnement qui ne me plaisait plus, au point que j’ai ressenti le besoin de m’en enfuir ? Bordeaux vous le savez m’enchante, et notamment par son calme. Mais ce qui m’inquiète, c’est que je crains d’aimer Londres de moins en moins : je suis gêné par l’envahissement visible du gros fric, transformant la ville que j’aime en réserve pour riches, ne remplaçant pas les ultra pauvres par de la middle class comme le voudrait une évolution urbaine normale mais bien par des über riches (et idem à San Francisco ai-je appris). Cette société qui se construit, là, maintenant, ne me plaît pas, en fait. Trop de violences, trop de pollutions, trop d’inégalités, trop de religions, trop de solitudes… Plus j’avance dans le temps et moins je reconnais de choses que j’aime, ai-je souvent l’impression. Ou alors, j’y reconnais les pires avenirs de la science-fiction, ce qui n’est guère pour me réjouir. Eh le monde, on avait dit que la SF n’a pas pour fonction de prédire le futur mais seulement de commenter le présent, arrêtez, là, c’est pas drôle.

J’ai besoin de vacances, je crois. Non, vraiment : un an et demi sans vacances, c’est trop. I’m feeling cranky, et pourtant va bien falloir continuer car no money and no time, pas de congés en vue. C’était la « minute grognon ». 🙂