#2270

Je confiais il y a peu que l’un de mes « péchés mignons » de lecture est le roman policier de l’âge d’or, principalement l’entre-deux guerres. Un autre de mes péchés de lecture, de mes « marottes » si vous préférez, est la biographie, la bonne grosse bio épaisse, de préférence bien sûr d’un écrivain, et même si possible d’un écrivain de polar, de fantastique ou de merveilleux…

J’ai l’impression que la bio d’artiste est un genre littéraire plus développé outre-Manche qu’ici, même si un Assouline s’en est fait chez nous une belle spécialité et que, tout de même, la bio de Camus par Olivier Todd est la plus épaisse qui fasse ployer mes étagères. Il y a maintenant longtemps que j’en lis, de ces énormes bio, car c’est le sieur P. M. qui le premier m’avait suggéré dans le temps d’en lire une, celle de T. H. White par Sylvia Towsend Warner — j’en profita d’ailleurs pour découvrir alors l’œuvre de la dame, nouvelliste à la grâce fragile et pour moi très précieuse. Dans la foulée, si mes souvenirs sont bons (et personne n’ira me contredire s’ils ne le sont pas), j’avais lu deux minces bio de Tolkien et de Lewis — je suis d’ailleurs très surpris que personne, depuis, n’ait encore livré une biographie vraiment développée de ce cher JRR, apparemment. Je découvris la passion bien anglophile d’André Maurois pour l’art de la bio — Shelley, les Dumas, Disraeli, pas encore lu son Chateaubriand ni son Byron —, Assouline donc — Hergé, Simenon, Gallimard — et puis en anglais : des vies de AA Milne, Frances Hodgson Burnett, Wordsworth & Coleridge, Kipling, Ruskin, puis avec les travaux en prélude du Panorama je plongeais dans les bios d’Andersen, Peake, Rossetti, Barrie, Shepard…

J’ai également eu l’occasion de faire se rencontrer mes deux péchés, avec des bio d’Agatha Christie, de Conan Doyle, de Rex Stout et de Dorothy Sayers… Et ces dernières semaines, j’ai lentement dégusté un livre récent que l’on croirait fait tout exprès pour moi : The Golden Age of Murder de Martin Edwards. À la fois étude et bio sur la vie, les sources, le contexte et l’œuvre des écrivains policiers membres entre les deux guerres du fameux Detection Club de Londres. Je ne pensais pas lire un jour un essai aussi complet sur ces noms du polar Golden Age pour moi synonymes d’heures de lecture réjouie, tels Wade, Rhodes, Connington, Punshon, Kennedy, Berkeley, Knox, Whitechurch, Woodthorpe, et bien sûr Sayers, Allingham… Et de pousser l’amour du genre jusqu’à évoquer tant d’autres de ces petits joyaux oubliés du roman policier, les crimes réels les ayant souvent inspirés,  la vie du club, les secrets enfouis sous les exigences de la vie sociale du temps… Un portrait de groupe, fouillé et passionnant, l’instantané d’une époque qui me fascine et de créateurs généralement humbles mais, selon moi, essentiels. Du plaisir intellectuel, grand.

#2269

Hier soir, rentrant de la soirée BD mensuelle (où PM défendit excellement l’ouvrage de son choix et où celui de Scott McCloud se fit étriller), comme j’approchais de la voie ferrée…. la belle surprise ! S’élevant de la tranchée ferroviaire près de laquelle j’habite, le crissement du chant de quantité de grillons. Sans doute logés dans les pierrés, les insectes s’en donnaient à élitres-joie, emplissant la nuit de cette stridulation pulsée. Après quelques pas dans ma petite impasse déjà le son ne s’en percevait plus, mais au-dessus des rails le chant des grillons semblait faire vibrer l’air nocturne.

#2268

Bosser sur un « monstre » comme le Panorama cela tient au bout d’un moment de l’obsession… Mais j’en vois venir le bout, tout d’même, une petite dizaine de jours de boulot encore, d’après mon chemin de fer. Et je ne suis pas peu fier d’avoir « extorqué » plusieurs articles ou notules supplémentaires à de consentantes et patientes victimes comme Patriiick Marcel, Christine Luce, le professeur Mauméjean ou Tim Rey. Je tiens les 640 pages mais le sommaire est encore plus riche que je ne l’avais rêvé. Bon en revanche, ça veut dire pas d’Imaginales pour moi cette année, hélas.

#2267

La vache, je crois bien que j’ai chopé une maladie hypra grave, le syndrôme Debaque-Saint-Martin que ça s’appelle, également connu sous la dénomination de « maladie d’Altairac ». Une braderiite aiguë. J’ai fait une brocante et un vide-grenier hier, un autre vide-grenier ce matin. C’t’affreux.

#2266

Je ne vous dis pas tout.

Non, je ne vous dis pas tout ce que je lis. Je commente ici mes lectures, de manière assez régulière, en guise d’aide-mémoire essentiellement, mais cela ne représente finalement qu’une partie de mes lectures, celles justement dont je me dis qu’il peut être utile que je les note. En cela, je pratique une sorte de hiérarchie dans mes goûts, sans doute un peu injuste. Je ne parle guère de bande dessinée — non seulement parce que j’en lis beaucoup moins qu’auparavant, mais aussi parce que je n’en éprouve pas la nécessité ni la capacité de commentaire, j’ai relu il y a quelques soirs un « Benoît Brisefer » et qu’en dirai-je ? Et des « Fantomius », ce personnage italien des Mickey Parade, dont je viens de lire deux nouveaux épisodes ? Ou de la série « Jérôme K. Jérôme Bloche » sur laquelle je rattrape peu à peu mon retard et qui est toujours aussi agréable ?

J’ai évoqué un petit peu le fait de pratiquer en ce moment une diète presque exclusive de « Maigret ». Il y a plusieurs raisons à cet étrange régime livresque : tout d’abord, une sorte de raison psychologique, à savoir que m’étant trouvé dans un épisode comme j’en ai de temps à autre, à savoir une excessive nervosité, j’éprouvais le besoin d’une lecture calme, apaisante, sans heurts ni trop de tensions. Contrairement à ce que son image de pesant grognon peut laisser à penser, le personnage de Maigret est en fait une figure assez lumineuse, souvent il est tranquillement joyeux, soulevé par le beau temps ou une agréable atmosphère, et s’il est confronté à la misère humaine il est souvent léger, toujours attentif aux autres, d’une immense bonté l’air de ne pas y toucher. Et puis, m’amusent également les détails « rétro », par exemples les gros bus verts à plateforme, quantité d’éléments du quotidien qu’il nous faut aujourd’hui faire un effort quasi culturel pour comprendre et visualiser. Ma cure de « Maigret » possède aussi une raison plus « écriture », en ce quelle constitue une discrète observation de la manière d’écrire et de construire de Simenon, afin d’essayer de la capter, de l’analyser en vue d’un projet d’écriture. Enfin et tout simplement, en vérité le roman policier constitue au moins la moitié de mes lectures en toutes saisons. Je n’en parle guère, du polar, mais j’en dévore !

Dans mon bureau, le plus long mur est occupé par les rayonnages de mainstream/fantasy/science-fiction, mais l’autre mur, les étagères noires, est surtout consacré au polar. Ayant toujours aimé Christie, Doyle, Leblanc et autres Stout, je me suis mis depuis quoi ? une douzaine d’années ? à entasser et lire du roman policier ancien, pas tellement du victorien comme l’aime JDB mais plutôt de l’entre-deux-guerres, du « Golden Age Crime ». J’ai bien du évoquer ici l’intense admiration que je me suis mis à concevoir pour Dorothy L. Sayers, Margery Allingham et Nicholas Blake, mais je lis bien d’autres de ces auteurs des années 20-30, je ne cesse de piocher dans ma bibliothèque afin de lire un Punshon, un Connington, un Wade, un Noël Vindry, un Daly King ou une Dorothy Disney… Je dévore cela comme l’on croque une friandise, et ne parlons même pas des auteurs récents, les Fowler, Rankin, Robinson, James, Grimes, etc. Plus une dose régulière de pastiche holmésien, bien sûr. Il y a tant à lire ! Tenez, figurez-vous que je n’ai quasiment encore jamais lu de Carter Dickson / John Dickson Carr, pourtant un immense auteur de roman policier. J’y viendrais. Il reste encore un tout petit peu de place sur les étagères noires.

Je ne commente guère non plus les essai que je lis ou que je consulte, les biographies idem… Mais en ce moment, je me délecte d’un essai / biographie que Martin Edwards vient justement de consacrer au roman policier de l’âge d’or, The Golden Age of Murder. Il y étudie la vie, l’oeuvre et l’inspiration des écrivains qui faisaient partie du Detection Club, le groupe anglais des grands auteurs du genre. Dire que je jubile est un euphémisme.