#2531

Souvent, à l’époque où je vivais à Lyon, ai-je raconté sur mon blog qu’à travers mes rêves transperçait fréquemment une envie d’habiter ailleurs, d’autres maisons, d’autres paysages. Depuis que je suis à Bordeaux cela ne m’est plus arrivé, me semble-t-il. Cette nuit pourtant : ma chambre sous la pente du toit, devenue une verrière, se perchait sur le dos immense d’un dirigeable et j’entendais distinctement le lent tchouf-tchouf-tchouf des hélices propulsant la maison — sauf qu’il s’agissait en fait de la percussion des gouttes de pluie sur le vasistas.

#2530

De nos jours, on ne reconnaît plus l’écriture des autres. L’écriture manuscrite, je veux dire, devenue beaucoup moins présente dans un environnement de mails, tapuscrits et médias sociaux. Je peux assurément reconnaître au premier regard l’écriture de ma mère, de mon père ou d’Axel. De même, je suis parfaitement familier de l’écriture de mes plus vieux amis, ceux d’avant le tout-ordinateur, les copains de l’âge de la plume et du stylo, Philippe C., Michel Pagel, Roland bien entendu… Et de celle de Michel Jeury, oui, Michel était un indéfatiguable et fidèle de la correspondance manuscrite, et j’en ai, de ses lettres, et je l’aimais, cette cursive noire et fluide, basse et ferme, avec à la fin ce simple « Michel J ».

#2529

N’en déplaise aux chantres officiels du « plus c’est chiant plus c’est valable », selon moi lire c’est du plaisir, et un plaisir que je m’emploie à faire varier autant que faire se peut. Cette semaine, où je fis largement relâche, j’ai donc dévoré du Patricia C. Wrede (relecture des deux Mairelon the Magician, très rigolos), du China Miéville (le vertigineux The City & the City), un roman steampunk bien amusant (The Martian Ambassador d’Alan K. Baker, mélange audacieux d’aventures, de polar, de SF et de féerie, et c’est largement aussi bon que du George Mann ou du Mark Hodder lancés par le même éditeur – Snow Books – mais plutôt mieux écrit, finalement) et… une grande rasade d’Alvaro Mutis ! C’est mon ami et confrère Fred Weil qui m’avait offert cet énorme recueil de l’auteur colombien, réunissant les carnets et papiers divers concernant Les Tribulations de Maqroll le Gabier. Et quel régal que tout cela : on croirait lire du Corto Maltèse écrit par Borgès, en pas chiant. Aventures, folie douce, mélancolie, nostalgie douce et aussi joie de vivre ! Le tout servi par une plume superbe, que les traducteurs rendent à merveille. Miam miam. De la « littérature générale » aussi jubilatoire que de la « littérature de genre », c’est dire la perle.

#2528

Comme l’on dit à la météo, « l’épisode de froid » semble terminé. Sous le gris perlé du ciel perce un léger bleu d’aquarelle et dans la lumière rendue un peu poussiéreuse par l’humidité tout ruisselle, dégoutelle, plic-ploc chanterait Trenet. Beau temps pour lire au salon avec une tasse d’Earl Grey à portée de main, slurp ferait un Anglais.