#2500

L’ibiscus jaune ne cesse de fleurir, à profusion, mais jusqu’à présent je n’avais pas profité des fleurs de l’hibiscus au feuillage sombre, le fourbe n’ayant éclot que parcimonieusement et durant mon absence londonienne. Enfin, cette fois il se montre et en lieu et place du rouge attendu il dévoile un surprenant mélange de rose et de jaune. Il fait chaud, sans que ce soit étouffant, la maison étant conçue pour le climat. La petite chatte est plus heureuse que jamais, maintenant que je la laisse aller se promener sur les toits tout son saoul, après discussion avec Mamie-la-menace, ma vieille voisine peu contente de ne plus avoir de volées de moineaux dans son jardin mais qui, tout de même, a admis qu’aimant les chats, les passages de Mandou ne l’embêtaient pas — comme si je pouvais empêcher le petit animal de se promener, de toute manière.

#2499

J’avais évoqué l’étrange sorte d’impression de dissociation, de décalage, que je ressentais dans les premiers mois de mon installation à Bordeaux. Eh bien c’est fini, maintenant mon réel et le sentiment que je m’en fais semblent bien réconciliés, je marche dans les rues blondes et j’y suis chez moi, c’est ma normalité, mon environnement. La réalité s’est stabilisée. Non que je sois blasé, et je doute de jamais l’être réellement — après 28 années dans une ville que je n’ai jamais aimé, où au mieux j’admirais sans me sentir chez moi, et envers laquelle le plus souvent je ressentais indifférence ou rejet du moche, me retrouver en terre aimée, en ville de choix plutôt que de hasard, ça se savoure et s’apprécie sur le long terme. À Lyon je me suis toujours senti quelque part un peu en situation d’exil, pas dans l’inconfort (sauf les deux dernières années) mais dans l’ailleurs, un petit peu comme le provincial qui a une bonne raison d’être à Paris. Alors ici, enfin, lorsque je sors je ne suis plus dans l’état de jubilation avancée, mais toujours avec une douce excitation, une satisfaction longue et calme.

#2498

Tiré du sommeil cette nuit par le son d’une trompe marine, j’ai flotté un moment, l’océan clapotait contre ma sous-pente et léchait presque le vasistas. Jusqu’à ce que je réalise que cette rumeur était celle d’un train, portée par la brise, tout comme la corne nocturne.

#2497

Non mais je vous signale tout de même que j’ai été d’une sagesse exemplaire, cette année. Je n’ai rapporté de la Braderie de Lille, mon pèlerinage annuel, tout au plus qu’une grosse vingtaine de bouquins (essentiellement de l’enfantina). Soit l’équivalent de la moitié de la moisson de l’an passé, par conséquent. Je fus admirable de retenue.

#2496

Cafetières et arrosoirs, les deux artefacts les plus courants de chaque Braderie… Et quoi que le premier ne soit guère surprenant en ces terres du Nord où l’on consomme tant de café (pouah), le deuxième semble indiquer un climat curieusement moins pluvieux qu’on ne veut le faire croire aux gens du Sud, peut-être ?

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