N’ayant pourtant point dégusté de grands crus, vu que j’ai séché le dîner de gala pour cause d’épaule froissée et de fatigue généralisée, j’ai malgré tout vu double lors du salon Lire en Poche de Gradignan – Loïc Henry et Léo Henry, lequel est l’evil twin de l’autre ? À part ça il faisait un soleil radieux et le lieu est toujours aussi beau, cette médiathèque moderniste flottant à l’horizontal sur de doux vallonnements verts, mais les ventes ne m’ont semblé guère nombreuses. Ce pot en terrasse pris en compagnie de Dominique Douay, Fabrice Mundzik et Mérédith Debaque, dans la lumière rasante de fin de journée, fut un joli moment de grâce. Aujourd’hui cela risque d’être une autre chanson niveau temps, vu ce qu’annonce la météo. L’automne est là. Tant pis, dîner avec les copains ce soir, c’est toujours aussi agréable.
#2504
Pendant que les bigots, les fachos, les barjots et les pervers vont défiler en ville, moi aujourd’hui je prend la tangente direction banlieue, filant à Gradignan (Lire en Poche) pour causer d’Hélios et voir m’sieur Douay, na.
#2503
Ce fut épique. Après une journée de réunion Indés de l’Imaginaire bien dense et constructive (nous sommes devenus très efficaces), en compagnie de mon long suffering camarade Julien B. nous allâmes vider le local lyonnais des Moutons. Sauf que j’avais terriblement sous-estimé la quantité de cartons de stocks s’y trouvant entassée, ainsi que la quantité de mes propres cartons de bouquins lâchement abandonnés… Sans parler du fait que j’eus l’excellente idée de perdre (!) les clefs du local en chemin, et youpi, tout va bien (j’en suis extrêmement vexé, car c’est la première fois de ma vie que je perd quelque chose, je crois bien). Fort heureusement un autre long suffering compadre avait le double des clefs, qu’il nous apporta, grâce lui soit rendue. Et l’Enfer commença : porter dans le camion, à deux, ce qu’il avait fallu cinq personnes la fois précédente…
Puis ce fut le voyage vers Bordeaux, en tâchant d’échapper aux griffes topo-troublantes de l’abominable capitale des Gaules, et le long voyage nocturne à travers le désert français. Le lendemain matin, nous vidâmes le camion avec une promptitude qui manqua de me rompre le dos. Maintenant, je me retrouve avec une maison bourrée à craquer de cartons que nous allons devoir trier et, tant bien que mal, ranger dans la cave bordelaise ; sans parler de la montagne d’autres cartons qui encombre mon entrée, à trier aussi, tous ces livres descendus peu à peu à la cave au fil des ans faute de place suffisante… que de choix déchirants à (re) faire ! Et grausse fatigue, les yeux qui piquent et le dos aussi. Happy joy joy.
#2502
Bon, qu’ai-je lu ces derniers mois ? Plein de choses, oui, mais z’encore ? Envie de faire le point, juste comme ça. En étant certain d’oublier d’en lister, mais voyons voir, je gratte le fond de ma cervelle et j’en tire…
Death and Resurrection de R. A. MacAvoy, une jolie fantasy urbaine pas banale du tout dans sa construction.
Dark Cities Underground et Uncertain Places de Lisa Goldstein, que je n’avais pas lue depuis un moment. Encore de la fantasy urbaine, superbe et littéraire. Me reste encore un d’elle à lire, d’ailleurs.
Some Kind of Fairy Tale du regretté Graham Joyce, dont j’ai encore quelques romans non lus, aussi. Subtil, touchant, si « vrai », cet auteur avait une force formidable.
The Book of Lost Things de John Connolly, beau roman de / sur le merveilleux que m’avait conseillé le professeur Mauméjean.
Standing on Another Man’s Grave de Ian Rankin, longtemps que je n’avais pas lu un « Rebus », c’est toujours aussi bon, mais plus humain maintenant.
Également excellent, meilleur même, dans ce même style de l’école « polar d’Édimbourg » sauf que ça se passe à Londres : The Cuckoo’s Calling, premier polar de Robert Galbraith alias JK Rowling. Quel talent, tous ses personnages sont formidablement vivants, réalistes, elles les aime presque trop.
Murder Underground et Death on the Cherwell de Mavis Doriel Day, deux rééditions de polars oubliés des années 30, absolument délicieux, légers, intelligents — et il en faut, de l’intelligence, pour réussir un roman à énigme sans être ennuyeux. C’est un art subtil, que ne maitrise pas par exemple la triste repreneuse d’Hercule Poirot, dont le bouquin lancé à grand renfort de publicité m’a énormément déçu, inutilement tordu et mal fichu, pesant et sans étincelle.
A Scream in Soho de John G. Brandon est une autre rééd de la British Library d’un polar oublié, de 1941 celui-ci, par un auteur populaire qui avait fait des tas de Sexton Blake : le ton est le même, sympa mais lourd, violent et grossier, mais ça a son charme maintenant désuet.
Dream London de Tony Ballantyne est un mélange de fantasy urbaine et de steampunk, vraiment au coeur de ce qui se fait actuellement en littérature populaire anglo-saxonne d’imaginaire, pour moi un plaisir gourmand et une jolie surprise, un roman surprenant, à l’imagination réellement baroque.
The City’s Son de Tom Pollock est une autre fantasy urbaine bien actuelle dans son ton électrique et sa linéarité presque « young adult », l’auteur m’avait séduit à la Loncon par son enthousiasme et son énergie juvénile, je ne regrette pas, c’est très sympa, je m’apprête à lire la suite.
Tiens, j’ai lu aussi les mémoires de David Suchet sur ses années Poirot. Très mal écrit mais très sympa, très intéressant, un grand monsieur.
Mémoire vagabonde de Laurent Kloetzer, relu dans la belle rééd récente chez Mnémos, j’ai retrouvé un texte encore un peu vert mais si enthousiaste, si excentriquement dandy, adorable.
Relu aussi, je m’étais promis de le faire… Même pas mort de Jaworski, eh bien oui, je voulais le déguster pleinement, dans la belle édition que j’en ai faite, l’éditeur que je suis profite finalement si peu de ses propres livres, comme « pur » lecteur, cette fois je me suis fait un (grand) plaisir un peu paresseux, j’ai re-savouré lentement.
Plusieurs George Mann, y compris son récent Doctor Who. Excellent auteur populaire actuel.
Une bio ancienne de Christopher Isherwood, et relu A Meeting by the River. Encore une fois. Et cessons là la liste, j’en passe à coup sûr mais cela constitue une petite « tranche » de mes lectures — à l’exclusion des bandes dessinées et essais également nombreux.
#2501
La mémoire des goûts, comme celle des odeurs, est souvent bien plus forte et persistante que la mémoire visuelle, me semble-t-il. Plus subtile, également. Et j’en ai fait l’expérience délicieuse cette après-midi, quand je me promenais dans le Jardin botanique. On trouve dans celui-ci une zone d’espèces de petites îles surélevées, où se trouvent reconstitués des exemples de milieux naturels de la région : prairie humide, lande humide, lande sèche, forêt résineuse etc. En m’approchant de l’une d’entre elles, une puissante réminiscence me fit presque monter les larmes aux yeux : cette odeur de sable et de pins, c’est celle de mon enfance, de la propriété familiale en Bretagne, à Saint Brévin. Une douce senteur qui me paraît dire « maison », confort, souvenirs. Et puis, plus merveilleux encore, je vis que ce petit sous-bois était planté de buissons d’arbousier. Et en m’approchant j’avais noté au sol une tache d’un rouge vif : mais oui, une arbouse, bien mûre ! Je n’en avais plus jamais mangé depuis mon adolescence. Et tout soudain, ce goût : je m’en souvenais, le reconnaissais ! Merveille. Cette saveur… Oh, une autre arbouse était mûre, je la cueilli (bien que je supposant que ce soit interdit), et elle confirma à mes papilles gustatives cette texture familière et ce formidable goût d’enfance, presque bouleversants. Ma madeleine proustienne est une arbouse.