#5083

Revenu à Champignac après cette quinzaine caniculaire et parti glaner mon petit-déjeuner dans les ronciers et les pruniers, je trouve le domaine très marqué par la chaleur. Dans les prés, seuls les parterres de menthe proposent encore du vert, les herbages sont en foin blond et les chardons réduits à des squelettes brûlés. La haie de marronniers, trouée et amaigrie, fait rousse mine. La mare asséchée grimace de caillasse. Sous un bosquet d’autres chardons, encore vaillants, le sol se recouvre d’un épais tapis blanchâtre, un duvet de graines à l’abri duquel crissent des grillons. Les mûres ne le sont guère, qui commencent à griller. L’allée de la propriété suivante se voile d’une brume de fumée, sous un ciel encore chargé de grisaille. Les pies se disputent des quignons de pain.

#5082

« Bombay tacos » cligne près de la gare une petite enseigne au cosmopolitisme échevelé. Le ciel pèse de ses nuées grises et rousses, se dégageant par déchirures lentes sur un bleuté encore tendre à cette heure matinale. Levé à 7h du matin pour partir en week-end à Champignac ; mission : la dernière partie de mon roman, pas la plus facile.

#5081

Sans doute est-ce idiot mais je me suis levé triste. Pourtant hier j’avais eu sinon une joie du moins un grand soulagement, et j’ai discuté un peu au téléphone avec mon parrain ce matin, et je vais aller une fois de plus passer le week-end à Champignac, et mon roman est presque à 600 000 signes (sur 700 je suppose), et il va pleuvoir toute la semaine prochaine, et j’ai lu des Jacques Réda que je n’avais pas lus dont un tout nouveau – donc il écrit encore… Mais la lassitude des mauvaises nuits trop chaudes… Et l’odeur du brûlé dans l’air bordelais… Et la mort d’un géant que je croyais presque immortel, monsieur Sempé… Vous ai-je déjà dit combien je n’aime pas le mois d’août ?