#5074

« Flâner dans une bibliothèque, ouvrir un livre au hasard, déboucher au tournant d’une page sur une phrase qui m’enchante ; relire un auteur qui a été le compagnon de la jeunesse ; avoir la joie de le trouver neuf, et intacte mon émotion… »

Ces quelques lignes de Maurois résument un peu mon état actuel de picorage dans des livres, me fixant peu — quoique tout de même j’ai lu avec plaisir le prochain Mauméjean, curieusement tendre et rugueux à la fois, et déjà deux Varesi, le nouveau Simenon italien. Mais sinon, tarabusté par le fait que j’écrive moi-même, ou que lorsque je n’écris pas j’y réfléchisse, je décante, puisqu’un livre est « le durcissement d’un moment de la pensée » (Maurois encore), je passe d’un bouquin à un autre sans trop savoir ce que je veux, nervosité pénible qui est le contraire de s’enfoncer avec confort dans un plaisir de lecture. Follain, Modiano, Fargue, Perec, Gracq, Cocteau, Maurois, je ne me décide pas.

#5073

Ah, pétard de sort. Cette nuit, allant m’endormir enfin, j’eus une scène qui me trotta en tête, un élément d’explication parfait pour mon roman. Ce matin, en revenant du marché l’air frais m’ayant mis en forme, j’écrivis quelques fragments, j’ajoutai quelques phrases à des scènes un peu trop courtes ; j’étais content, bien parti. Et puis le boulot, une relecture de maquette qui mangea toute la journée, sans que je puisse écrire encore. Ce soir soudain me revient que j’avais trouvé quelque chose – et je me creuse maintenant la cervelle pour retrouver le fil nocturne… j’en ai un bout, mais pas encore tout…

#5072

Un souffle de vent et subitement tombe du châtaignier une pluie de feuilles mortes, qui craquent et bruissent avec un murmure sec. Un épervier tourne au-dessus des vieux chênes. Des pies se disputent dans le bosquet d’acacias rendu impénétrable par les orties. La chaleur monte doucement sur un coin de campagne immobile.

#5071

D’ordinaire, durant la période estivale je mets l’édition en pause et me consacre essentiellement à l’écriture de tel ou tel livre. Cette année hélas, une telle respiration ne m’est guère possible, entre des bouquins à boucler, des changements à gérer, des projets à mener et des travaux à suivre, la coupe est pleine. C’est donc seulement le week-end, cet été, que, m’étant trouvé une rurale résidence d’écriture, je fais retraite pour essayer de rédiger le huitième Bodichiev, Les Mystères de l’Empire, à l’ombre des grands cyprès. Un roman écrit dans la chaude senteur de résine.

#5070

Flottent les bruits gourds et fragiles des heures matinales, et avec eux monte enfin la fraîcheur, puisque celle-ci, après une grande chaleur, semble toujours monter de la terre plutôt que de nous tomber sur les épaules comme une froide couverture du ciel. Nappe, souffle, respiration, plusieurs mots me viennent par association. Fumée, aussi, car l’odeur des feux alentours a couvert la ville durant la nuit et teinté notre air d’un insistant fond d’amertume âcre.