#2521

Je relis The Magicians de Lev Grossman, l’un des plus beaux romans de fantasy que j’ai jamais lu (mais ce n’est rien à comparer du deuxième, et j’ai hâte de lire le troisième). Et au tout début de la deuxième partie (j’en suis là), une remarque sur toutes ces vies que l’on accumule me touche par sa pertinence.

Lors de certaines étapes de notre existence, on a soudain l’impression que la période précédente est like a lifetime ago. Et selon nos vies, ces lifetime ago sont plus ou moins nombreuses. Je me souviens clairement avoir ressenti cette impression, lorsque la maison familiale en Bretagne, la Devinière, a été soudain perdue — il m’a semblé aussitôt que cet âge d’or, ce bonheur de passer nos vacances à la Devinière (dont une photo sert de bannière à ce blog), se situait déjà a lifetime ago, et pourtant j’étais encore môme. Puis lorsque j’ai été obligé de quitter Cergy-Pontoise et tout mon monde familier pour finir le lycée à Limoges, perdant ainsi mon environnement d’adolescence, mes copains, mes amis, mon premier amant et mon nouvel amant (ah mon paternel et ses fichus déménagements…). Lorsque j’ai fuit Limoges pour aller étudier à Bordeaux, là encore la page d’une lifetime ago s’est tournée, avec enthousiasme cette fois. Puis trois ans plus tard nouveau déchirement, avec l’obligation de quitter Bordeaux pour suivre mes parents à Lyon. Deux fois ensuite j’eus la tentation/opportunité de partir, mais cela ne se fit pas. Jusqu’au départ volontaire et enthousiaste: cesser d’être libraire, enfin respirer au dehors, en devenant éditeur. Ma vie de vendeur en librairie me sembla alors relever d’une vie antérieure… Et enfin, la décision de quitter Lyon que je n’aimais plus et où j’étais devenu tellement solitaire, pour retrouver Bordeaux. Et mon existence lyonnaise, les années au 245, de prendre l’aspect d’une autre page tournée, a lifetime ago.

#2520

Il y a bien longtemps (combien? 15 ans? 20 ans?) j’ai passé plusieurs semaines délicieuses à San Francisco — plus exactement, je logeais à Berkeley. Un de mes plus grands et bons souvenirs. J’y étais allé avec l’argent gagné par mon premier essai sur Star Trek, ce qui somme toute avait une certaine logique, Starfleet Academy étant censé s’élever dans le parc du Presidio, au pied du Golden Gate Bridge. Je n’y suis jamais retourné, faute de temps et d’argent. Mais j’y pense souvent, et particulièrement en ce moment, je ne sais trop pourquoi. Il y a une semaines ou deux je rêvais que j’étais en road-trip californien en compagnie de Michel Pagel (vu l’aversion de ce dernier pour l’avion c’est hautement improbable), et cette nuit je me promenais dans les rues de San Francisco. T’was good.

#2519

Je ne travaille plus le week-end, c’est là une sorte de petit luxe que je m’octroie. Ou du moins, que j’essaye de m’octroyer : mon cerveau, lui, ne se met pas forcément en repos. Bien au contraire, le calme du week-end me permet de partir plus en roue libre sur certains projets — et tandis que j’étais privé de Sèvres (snif), j’ai cogité sur un début de roman, le prochain Yellow Submarine et le plan d’un nouvel article pour le Panorama. Et sinon, lu l’un des romans de Lisa Goldstein que je n’avais pas encore lu, Walking the Labyrinth, c’est ce qui m’a soufflé cette idée d’article. Court, dense et nuancé, captivant aussi. Décidément, plus je la lis ou relis, et plus je me dis qu’en fait Lisa Goldstein est l’une des meilleures autrices de la fantasy américaine.

#2518

Avoir rangé ma bibliothèque, après un déménagement et pas mal de mois en cartons entassés, et d’avoir presque tout réuni sur le même mur des romans, sans parler du fait d’avoir trié les colis supplémentaires récupérés à Lyon, me donne quelques perspectives et un peu de recul sur tout ce qui est accumulé là. Non seulement cela me procure une looongue liste d’envies de relectures, mais m’amuse d’y discerner par endroits des concentrations particulières — celles de certains de mes auteurs favoris les plus prolifiques. Cela commence avec Charles de Lint, qui avec une cinquantaine de volumes occupe un sacré espace. Puis ce sont Jasper Fforde, Neil Gaiman, Jean Giono, Lisa Goldstein, Elizabeth Goudge, Barbara Hambly, Russell Hoban, Christopher Isherwood, Michel Jeury, Garry Kilworth, David Lodge, Alexander McCall Smith, Xavier Mauméjean, Guy de Maupassant, Armistead Maupin, Robert Merle, Eduardo Mendoza, China Miéville, Patrick Modiano, Haruki Murakami, la famille Murail, Pat Murphy, Michel Pagel, Pierre Pelot, Melissa Scott, Thomas Burnett Swann, Élisabeth Vonarburg, Robert Charles Wilson, P. G. Wodehouse, et le corner Roland C. Wagner… (sans parler du polar, qui est sur l’autre mur, ni de toute la jeunesse, rangée à l’étage)

#2517

Je viens de sortir un moment, pour aller faire quelques courses au supermarché du boulevard voisin. À voir les immenses nuages empilés plus haut que des montagnes, rosés sur fond de ciel bien bleu, dans cette lumière dorée, j’ai pensé à des illustrations de Maxfield Parrish.