#2927

Ai-je été naïf ? À propos de mon premier roman, La Cité d’en haut, paru en 2006 chez Mnémos, un gentil librairie m’avait stupéfait un jour en m’assénant qu’il s’agissait d’un roman exigeant. Je n’avais pas du tout compris, en quoi de l’aventure policière sur fond de planet opera serait exigeant, ça me semblait plutôt léger, au contraire ? Il ne me répondit pas, la question continua jusqu’à ce jour à me tourner vaguement en tête. Ce roman, j’en avais publié un premier morceau en 1999 chez Étoiles Vives, une petite maison qui se planta hélas très vite, et j’avais continué à développer ce cycle, jusqu’à ce que les éditions Mnémos en acceptent un long volume. Le fragment de 1999 s’était plutôt bien vendu, le Mnémos fit apparemment un flop — j’ai souvenir de quelque chose comme 650 exemplaires. Au point que le deuxième volume, commandé, fut sèchement rejeté. Pourquoi ce roman fit-il un tel échec, et en quoi était-il exigeant ?

Récemment, comme nous cherchions des titres à publier en « numérique only » chez les Moutons électriques, mon adjoint qui l’avait lu et apprécié me suggéra que l’on réédite en ePub ce pauvre roman et sa suite — justement, je les avais beaucoup retravaillés il y a quelques années, mais j’hésitais, ne me reconnaissant plus spécialement dans ses œuvres déjà lointaines dans mon histoire personnelle. J’allais même décliner lorsqu’un copain bordelais le lu, et trouva le moyen de me convaincre que si, il fallait les ressortir. Et l’une de ses remarques me fit soudain réfléchir : « Et puis un héros homo non caricatural en SF en 1999, il ne devait pas y en avoir bcp non ?! »

Oh. Ah, en effet. Même en 2006, d’ailleurs. Ainsi donc c’était cela, mon roman était un peu « exiiigeant » — i.e. c’était de la SF pédé, c’est ça ? Aaaah, d’accord. Quel naïf je fais. Pourtant, je sais bien que nous sommes soumis à des discriminations, j’ai moi-même été insulté deux fois dans la rue, été reçu comme un chien dans une certaine convention de SF, je devrais le savoir, que l’homophobie existe. De nos jours, les thématiques « queer » sont plutôt bien vues et même un peu commerciales, en littératures de l’imaginaire, mais en 1999, mais en 2006 ? Et ce copain bordelais d’ajouter : « je trouve cool le héros homo (et tu décris de jolis moments de tendresse avec son ami), mais cela a du effectivement mettre mal à l’aise certains lecteurs qui ne l’avoueront jamais… »

Alors ma foi, je n’avais pourtant pas cherché une quelconque militance, je suis pour le droit à l’indifférence et mes personnages vivaient tranquillement leur petite existence. Mais soit, eh bien nous allons donc sortir Ariel en livre numérique, sous mon pseudonyme d’Olav Koulikov, en novembre prochain.

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