Cette parcelle minuscule d’une carte du centre-ville bordelais provient du passé : un passé qui y est représenté avec précision, le dessin clair de quelque chose qui n’existe plus. Il y a cinq ans que j’habite à Bordeaux, mais j’y avais déjà vécu auparavant, dont deux années en plein centre, au 13 de la rue Léon-Valade. Cette rue n’existe plus, annihilée tout comme deux autres petites artères avec elle et les six pâtés de maisons qu’elles délimitaient. Désormais s’érigent à leur place quatre gros blocs à l’architecture commerciale sans grâce ni qualité, et au niveau de la chaussée un centre commercial vide, en faillite. Un peu pus tard, j’allais vivre à Lyon, dans un bel immeuble ancien qui fut promptement abattu, au sein d’un pâté de maisons également annihilé au profit d’une grosse verrue bancaire architecturalement repréhensible.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2757
À mon âge, je trouve plus important que jamais d’écrire comme s’il n’y aura aucune autre opportunité de publication d’un texte. Je retravaille ces jours-ci de A à Z le deuxième recueil signé Olav Koulikov, qui doit sortir en mars chez les Saisons de l’étrange (Souvenirs d’un détective à vapeur). Avec un regard reconnaissant sur les notes de l’éditeur et, surtout, une relecture ligne à ligne de tous les textes. Je resserre, je retouche, j’harmonise, c’est finalement le moment que je préfère dans l’écriture. Également bouclé un bref papier sur W. H. Hudson, pour l’intro de la traduction inédite que nous sortons en tirage limité chez les Moutons d’une utopie pastorale anglaise du XIXe siècle (Un âge de cristal).
#2756
#2755
Au fait, hier j’ai reçu le troisième numéro de la revue Le Novelliste et, si j’avais une petite nouvelle dans le deuxième, cette fois je suis au sommaire avec un long article d’histoire de l’art, cosigné avec Mireille Meyer & Jean-Jacques Régnier, sur une artiste des années 20 bien oubliée, Reno. Nous avions écrit cela il y a des années pour la revue Les Cahiers dessinés, qui s’était alors arrêtée, damned. Cette fois est la bonne, et il y a deux repros de dessins de Reno, dont un grand en couleur. De plus, croisons les doigts, un article court mais plus largement illustré devrait voir le jour cet été dans le magazine Les Arts dessinés.
#2754
Je ne sais pourquoi, je viens de repenser à une scène amusante dont je fus l’un des protagonistes, il y a pas mal d’années. Situons tout d’abord le décor, déjà singulier en lui-même : une longue salle dans une grande cité scolaire catholique en haut des pentes de la Croix-Rousse, à Lyon, où un ami était documentaliste. Après une conférence, un cocktail avait été organisé auquel l’on m’avait convié en tant qu’éditeur et habitué des lieux. Apprenant ma profession, un bonhomme au physique tordu par les ans comme un vieux buisson s’approche de moi comme je me trouve isolé un moment près des petits fours. Et de me demander ce que je publie, une lueur intéressée dans le regard. Discernant bien le type de fâcheux qu’un éditeur rencontre généralement dans les situations mondaines, de ceux qui ont toujours un ennuyeux manuscrit historique ou autobiographique à fourguer, je lui fais un sourire poli et je répond tranquillement que je publie de la science-fiction. L’expression d’effroi qui figea soudain ses traits fut fulgurante de même que son demi tour sans un mot, un retrait précipité qui me laissa au bord de l’hilarité.


