La candidature de l’apparatchik Hamon m’attriste et m’irrite tour à tour. Et je ne peux m’empêcher, à propos de l’épisode Jadot, de me souvenir d’une remarquable trahison que les écolos semblent avoir oubliée depuis belle lurette. Je ne parle pas de l’accord de 2011 jamais tenu par le PS, oh non, même pas : je pense à une lointaine élection européenne où le gouvernement Mitterrand, pour flinguer les Verts, avait monté de toute pièce un faux parti. Oui, un parti fictif : ERE, mené par les dénommés Lalonde, Doubin et Stirn, avec un programme écologiste… Et l’entourloupe porta ses fruits : les Verts obtinrent 5% de voix et ERE également 5%, divisant ainsi proprement par deux le poids des premiers. Bien entendu, dés l’élection terminée, le parti ERE disparut sans laisser la moindre trace.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2506
Cette affaire Fillon est tout de même bien moins pittoresque que l’affaire DSK. Il paraît qu’au dernier TGS (Toulouse Games Show, un immense salon geek) il y avait plusieurs jeunes en cosplay de DSK, avec peignoir et cigare, je doute qu’il y en ait jamais qui se déguisent avec les gros sourcils du cauteleux catho châtelain.
#2505
Sweet sweet home, après une salonnerie vaine et éreintante (et avant une autre salonnerie, bien plus longue). Retour par le chemin des écoliers en une longue balade contemplative autant qu’automobile que l’on pourrait nommer « les aventuriers de la Saintonge perdue ». Gloire aux petites départementales, qui nous permirent de profiter du spectacle des larges pierres blanches et de l’ardoise de Touraine, des petites pierres jaunes et des tuiles de Poitou, puis de naviguer dans les deux Charentes depuis la beauté du pays d’Aigre jusqu’aux forêts rousses (les fougères), blondes (les herbes) et vertes (les pins) de l’approche maritime, pour finir dans la grandiloquence industrielle du port d’Ambès.
Profession : archétype
Archétype, n.m. Type primitif ou idéal ; original qui sert de modèle. V. étalon, exemplaire, modèle, original, principe, prototype.
La première aventure de Sherlock Holmes, « Une étude en rouge », parue en 1887, et le personnage fit ses premiers pas dans le célèbre magazine The Strand en 1891 (avec « Un scandale en Bohême »).
Immédiatement, le prodigieux détective créé par Conan Doyle frappa les imaginations. Non seulement celles de ses lecteurs, qui lui firent un triomphe, mais aussi — celles des autres écrivains !
« Il faut une certaine force intérieure et des moyens rares de l’imposer — c’est-à-dire du talent — pour créer un type. » écrivait Joseph Kessel en 1929. Il parlait alors d’Arsène Lupin, mais ses propos s’appliqueraient de la même façon à Sherlock Holmes : dés les premières nouvelles le mettant en scène, ce personnage s’imposa comme un archétype.
Prompts à reconnaître où résidait le succès, de nombreux confrères de Conan Doyle se mirent à mettre en scène des détectives privés, généralement accompagnés de leur fidèle acolyte et commentateur.
C’est ainsi que naquirent au fil des années des figures aussi pittoresques que celles d’un enquêteur docteur en médecine (Dr Thorndyke par R. Austin Freeman), aveugle (Max Carados par Ernest Bramah), pur intellectuel (La Machine à penser, par Jacques Futrelle), paire du royaume (Lord Peter Winsey par Dorothy L. Sayers), petit fonctionnaire (Martin Hewitt par Arthur Morrison), cambrioleur (Raffles par E.W. Hornung, le propre beau-frère de Conan Doyle), obèse (Nero Wolfe l’homme aux orchidée, par Rex Stout), Français (Eugène Valmont par Robert Barr) ou Belge (Hercule Poirot par Agatha Christie)… et je ne cite ici que les plus fameux !
Plus étonnant, et encore plus éloquent quant à la force de cette création littéraire, fut le fait que des pastiches et des parodies naquirent aussitôt. Les deux hommages rédigés par James Barrie, le célèbre dramaturge et auteur de Peter Pan, étaient de nature amicale et figurent toujours en bonne place, aujourd’hui, parmi les meilleurs pastiches d’Holmes (il faut lire l’hilarante « Affaire des deux collaborateurs »). Mark Twain, dans son roman Plus fort que Sherlock Holmes, avait des intentions ironiques mais respectait relativement le personnage.
Bien d’autres emprunts, cependant, ne visaient alors que le commerce pur et simple : des entrepreneurs allemands s’emparèrent de Sherlock holmes et lui firent donner de nombreuses nouvelles aventures, hâtivement bâclées entre Dresde et Berlin par des tâcherons anonymes (Yves varende s’attache aujourd’hui a faire redécouvrir ces œuvres étranges — en les reconstruisant et les réécrivant de manière à obtenir des textes de bonne tenue : voir ses recueils chez Lefrancq et Fleuve Noir). Passant de mains en mains, inspirant d’autres exploiteurs, croisant des traductions de fascicules américains et les aventures de Raffles, ces Sherlock Holmes apocryphes se transformèrent de maint manières à travers l’Europe : des fascicules naquirent portant les noms de Détective de renommée mondiale, Harry Taxon, Harry Dickson, Lord Lister, Sexton Blake, Nick Carter, Miss Boston, etc.
Parallèlement à cette exploitation cynique, un nouveau phénomène vit peu à peu le jour : les « fans » de Sherlock Holmes.
Considéré comme un « canon » quasi sacré, les textes de Sir Arthur Conan Doyle firent l’objet d’études mi-sérieuses mi-amusées, où leurs auteurs s’interrogeaient sur la date de la naissance d’Holmes, le nombre de mariages de Watson, la nature et l’emplacement de la blessure de celui-ci, le décès d’Irène Adler ou, surtout — le hiatus entre la mort présumée d’Holmes aux Chutes de Reichenbach (in « L’ultime affaire », nouvelle publiée en décembre 1893 et située par les commentateurs au printemps 1891) et sa soudaine réapparition dans « La maison vide » (nouvelle publiée en septembre 1903, située par les commentateurs en avril 1894).
De l’étude au pastiche, il n’y avait qu’un pas… De nouvelles affaires de Sherlock Holmes furent rédigées par des amateurs éclairés, généralement soucieux d’imiter la forme des textes canoniques et de rendre hommage à la création de Conan Doyle. Une remarque du bon docteur Watson, dans « Le problème du pont de Thor », devait particulièrement déclencher les spéculations : des notes et récits sur des affaires de Sherlock Holmes non encore relatées reposeraient dans une malle en fer, déposée dans la filiale de Charing Cross de la banque Cox & Cie. Hé bien ! Il ne restait plus qu’à « redécouvrir » ces notes. Et bien d’autres encore…
Une fois lancé, le phénomène ne s’arrêta plus. Au point que la fiction sherlockienne constitue aujourd’hui presque un sous-genre du roman noir : elle a d’ailleurs son rayon dans les librairies anglo-saxonnes de polar, ses éditeurs spécialisés (Calabash Press, Breese Books, Simon & Pierre, Ian Henry Publications…), ses revues (. On ne compte plus aujourd’hui les romans apocryphes, qu’ils soient le fait d’illustres inconnus ou de grands noms de la littérature policière.
Mère abusive, mère abusée
« Car nous sommes de minuscules créatures dans un univers ni bienveillant ni malveillant… Il est simplement énorme et n’a pas conscience de nous, sauf en tant que maillon de la chaîne de la vie. » déclarait un jour l’écrivain américain Harlan Ellison.
Rares sont pourtant les hommes a parvenir à considérer leur rapport à l’univers de manière aussi détachée, aussi radicalement neutre.
Dans leur rapport à la Nature, les hommes ont bien plutôt le réflexe de réifier leur environnement : à quoi sert la Nature, quelle est notre place en son sein, comment nous cerne-t-elle, peut-elle être bénéfique ou mal intentionnée à notre égard ?
La vanité humaine est telle que, dans la plupart des cas, nous ne saurions paisiblement « accepter le sauvage, accepter que la vie puisse développer sa propre puissance, sans l’Homme mais à côté de l’espèce humaine. »[1]
Et puisque la Nature ne saurait être neutre, doit toujours se mesurer dans le rapport (forcément conflictuel) qu’entretient l’homme avec elle, il découle qu’elle s’incarne en une multitude de manifestations.
C’est notamment ce que nous enseigne le folklore (légendes, mythologies et superstitions), en tout cas, qui partout dans le monde et quelques soit la diversité des cultures humaines, illustre la croyance en d’innombrables présences autres.
Des présences que l’on parvient parfois à discerner du coin de l’œil, ou bien qui se trahissent par un mouvement furtif au sein d’un buisson, par une trace sur le sable, ou par un cri dans la nuit. Ces autres, ce ne sont assurément pas seulement les animaux — ce sont également des présences intelligentes, des peuples mystérieux avec lesquels l’homme aimerait peut-être entamer un dialogue mais dont il se méfie au moins autant que l’autre peut se défier de lui. Vivant au sein de la Nature, en harmonie avec elle, ils en sont au moins les ambassadeurs, souvent même les fruits.
Ces autres (nommons-les les fées, par souci de simplification), quelle que soit leur forme, ne sont généralement pas particulièrement bien intentionnés vis-à-vis de la race humaine, qu’ils jugent durement en raison des multiples transgressions et agressions que ne cesse de commettre notre race.
Car si elle est une mère pour les hommes aussi, la Nature ne cesse d’être abusée. Ceux de ses enfants (les fées) qui n’ont pas quitté son giron (ou qui en sont l’extension parfaite) ressentent donc l’attitude humaine. Et la Nature de devenir donc abusive à son tour.
Pourquoi les hommes ne peuvent-ils pas s’empêcher de violer la Nature ? Chacun a déjà ressentit l’ivresse de se trouver en harmonie avec son environnement, l’émotion d’embrasser la vie avec laquelle on se trouve en contact. Pourtant, l’instinct de l’homme semble toujours lui dicter une nécessité d’outrage.
Le philosophe Gaston Bachelard prend pour exemple le cas des sources : « L’eau pure et claire est […] pour l’inconscient, un appel aux pollutions. Que de fontaines souillées dans nos campagnes ! Il ne s’agit pas toujours d’une méchanceté bien définie qui jouit par avance de la déconvenue des promeneurs. Le « crime » vise plus haut que la faute contre les hommes. Il a, dans certains de ses caractères, le ton du sacrilège. C’est un outrage à la nature-mère. »[2]
Ces poussées sacrilèges travaillent le réflexe humain, qui en ressent en même temps le côté injuste. Et par conséquent, l’homme d’aussitôt peupler la Nature d’esprits qui seraient là pour la protéger ! Sous la forme de fées ne manquant pas d’imagination ni de pouvoir lorsqu’il s’agit de punir le transgresseur…
Citons en exemple ce dialogue attribué à des nymphes de Basse-Normandie, en conciliabule après avoir surpris « un malotru qui a pollué leur fontaine […] : « À celui qui a troublé notre eau , que souhaitez-vous, ma sœur? – Qu’il devienne bègue et ne puisse articuler un mot. – Et vous, ma sœur? – Qu’il marche toujours la bouche ouverte, et gobe les mouches au passage. – Et vous, ma sœur? – Qu’il ne puisse faire un pas sans, respect de vous, tirer un coup de canon. »[3]
Une tension perpétuelle existe, entre le respect de la grande beauté naturelle et l’affirmation de l’identité de l’homme. Un paradoxal va-et-vient entre l’homme qui souille la rivière par les égouts et les usines, et le même homme qui sympathise avec tristesse au drame de l’impureté de l’eau. À l’image de Huysmans qui a joué avec cette répugnance et ce sentiment de culpabilité dans son portrait de la Bièvre « cette rivière en guenilles () exutoire de toutes les crasses, [qui] remue sa suie coulante […]. »[4].
Un conflit : voilà ce qu’est depuis toujours le rapport de l’homme et de la Nature. Et quelle littérature saurait mieux illustrer ce conflit que la fantasy ?
Une littérature qui trouve sa source dans le folklore et qui illustre de belle manière le besoin dans lequel se trouve l’esprit humain de faire usage du filtre du merveilleux pour mieux appréhender la réalité.
Oui : du conflit homme/Nature, la fantasy ne cesse de nous parler encore et encore. Parce que le merveilleux est toujours une métaphore, un moyen de distanciation autorisant le recul nécessaire afin de maîtriser le chaos de la réalité.
Et qu’il s’agisse de l’avènement de l’ère industrielle (dans les récits de type « steampunk »), de la maîtrise des pulsions animales (dans les histoire de « garous »), de la sauvegarde des dernières poches de vie sauvage (par le biais de contacts avec des peuplades féeriques survivantes au monde moderne) ou de l’interrogation sur la pertinence de la vie urbaine (au même titre que la mauvaise herbe ou que les merles moqueurs, les fées sont toujours présentes, même au sein de nos banlieues), tout le spectre de ce conflit trouve à s’illustrer en fantasy.
Vision de l’homme contre magie verte : une tension narrative exemplaire s’est faite jour à partir d’une donnée essentielle de la condition humaine.
[1] Antoine Waechter, Dessine-moi une planète.
[2] Gaston Bachelard, L’Eau et les Rêves.
[3] Paul Sébillot, Les Eaux douces.
[4] J.K. Huysmans, A Vau l’Eau.