Amusant: j’étais sorti en milieu d’après-midi, pour faire quelques petites courses dans le quartier. En revenant, je vois du coin de l’oeil quelqu’un sortir du bureau de tabac, je passe… et me retourne, en même temps que lui, ayant réalisé qui c’était: Jérôme Jouvray. Cet excellent dessinateur, dont j’aime beaucoup les oeuvres, enseigne maintenant à l’école en face de chez moi, Emile Cohl. Nous avons papoté un peu, et j’en ai profité pour lui dire que j’aimerai bien le voir un jour dans Fiction. C’est vrai: il n’y a pas des masses de bédéastes que j’adore au point que je tienne absolument à le voir dans la revue des Moutons électriques: maintenant que c’est fait pour Bézian et Avril, il y a en particulier (dans les Français) David De Thuin (qui nous prépare quelque chose…), Nylso et Jouvray. Tiens, d’ailleurs le nouveau Lincoln de ce dernier vient de sortir, faut que j’aille l’acheter.
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#1260
Deux lectures violentes. Je ne lis pas trop de livres noirs, durs, la plupart du temps. Je suis très fleur bleue, pour cela. Mais cette fois le hasard a réuni sur les deux mêmes jours deux ouvrages inspirés en partie par le tsunami thaïlandais, et c’est bouleversant: La Colère dans l’eau de David de Thuin, dernier opus en date de ce dessinateur auto-publié dont j’ai souvent parlé ici, et La Mémoire du vautour, récent roman de Fabrice Colin paru au Diable vauvert.
En peu de pages, de DDT est une série de coup bas, psychologiquement parlant, un véritable cauchemar — avec pourtant cette patte légère, ces dessins faussement simples et gentils, qui frappent d’autant plus. Traumatisant. Le Colin n’est pas très long et, comme dans la première partie de Dreamericana ou dans Kathleen, un rythme saisit tout de suite le lecteur, une scansion colinienne bien particulière qui sait étonnament rendre dans une belle langue française à la fois un lyrisme à la Fitzgerald et une tension à la beat generation. Mais cette fois, la comparaison qui me viendra le plus à l’esprit, ce sera David Lynch. J’avais déjà songé à « Mulholand Drive » pour la longue nouvelle (dramatique radio, en fait) que j’ai poublié dans le tome 5 de Fiction, et cette fois encore la logique lynchéenne semble imprégner ce roman où les personnages disparaissent brutalement l’un après l’autre, tandis que dans l’intrigue s’ouvrent continuellement ce que l’auteur a nommé des « portes de sortie », par lequel s’engouffre chaque fois un mystère supplémentaire (la salle de bain!). Que raconte ce roman? Du diable (vauvert) si je le sais. Je me suis laissé porter, guettant le point d’ancrage où fixer mon compréhension, comment faire sens, et rien n’est venu que des images, des images, des images, en une suite d’effacements. Visiblement agencée, devant certainement « dire » quelque chose, mais l’auteur a tellement gommé toute piste (à mes yeux, en tout cas) que j’en suis ressorti secoué, frissonnant, mais pas éclairé.
« There’s no such thing as an easy ride », chantait Marillion au moment où je finissais de lire La Mémoire du vautour. Colin préfère Radiohead. Pour moi c’est un peu préférer la copie à l’orginal, et un chanteur très médiocre à une pure voix, mais au-delà de cette différence d’appréciation sur laquelle il m’amuse de taquiner Fabrice, se niche une même ambiance, un même goût pour des morceaux vibrant de tristesse. C’est tout ce que j’ai réellement compris dans ce roman: une lecture purement émotionnelle. Et beaucoup de passages frappants. Est-ce assez? Pas pour l’auteur, apparemment, que se dit déçu de l’incompréhension générale. Pour moi c’est déjà pas mal: combien de livres apprécie-t-on avec la même frémissante attention non verbale qu’une musique?
#1259
Je comptais tout à l’heure combien il faut d’images différentes pour constituer l’iconographie d’un volume de la « bibliothèque rouge ». C’est pas rien: 307 dans le Bond, 307 dans le Maigret — tiens, la coïncidence est amusante —, 221 dans le Lupin, 406 dans le Poirot, 218 dans le Holmes et 253 dans le Fantômas. Du coup, je commence déjà à m’inquiéter de la manière dont je vais pouvoir illustrer les deux volumes de l’an prochain… Jack l’Éventreur, bien sûr, mais plus encore Conan: d’ordinaire j’utilise, en sus des repros de couv de toutes époques, des vieilles publicités du temps du personnage et des photographies des lieux de sa vie. Mais pour Conan, hein? ça va être difficile!
#1258
Je n’aime pas tellement cette (dé) fête de la musique. Je crois trop aimer la musique pour supporter tant de massacre, tant de bruits hideux. Remarquez, hier soir j’ai été écouter un peu le trio de mon ami Piway et c’était très bien, de la pop joliement troussée sur deux guitares acoustiques et une basse. Mais après j’ai du supporter, de chez moi, les vagissements affreusement faux d’un groupe sur la petite place. Beuh.
#1257
Conférence sur l’histoire de la fantasy, ce matin: devant un parterre de bibliothécaires (à la BM Part-Dieu, à côté de chez moi), pour leur formation continue. C’était agréable à faire, bien entendu. Je suis bien rôdé sur cette intervention, mais y prend toujours plaisir. Geste touchant: une des bibliothécaires devant prendra sa retraite très bientôt, une de ses collègues fila à la Fnac après la conf pour acheter le « Panorama » (qu’ils avaient, merveilleuse Mireille!), afin que je le lui dédicace.
Après un périple dans le labyrinthe de la BM (encore agravé par l’espèce de trompe de béton qu’ils lui ont récemment adjointe), je me retrouvai au début d’un cocktail donné en l’honneur dud épart en retraite de Marc Michalet, fameux conservateur des lieux. Il avait demandé à me voir, car c’est un grand collectionneur de SF. Très sympa, chaleureux. Physiquement il m’a fait penser à l’acteur qui incarne maintenant le personnage de John Rebus à la télé anglaise (je dois trop lire de Rankin). Au apssage, je glanai quelques détails de la vie intime du fandom lyonnais d’antan. Les discours subséquents me furent l’occasion d’une amusée observation de la faune bibliothécaires – surtout des dames d’âge mûr aux cheveux courts, le chignon n’est plus de mise mais la coupe au bol fréquente. Quelques visages revus, que j’avais quasiment oubliés: de mon époque à la librairie (je m’occupais des relations avec les bibliothèques). Curieux comme tant de visages s’effacent de ma mémoire, datant de cette période, des relations constantes et qui pourtant n’avaient aucune importance pour moi, aucun réel impact sur mon existence. Des visages de passage. Applaudissements polis, sourires un peu émus, rires de connivence: j’ai pensé à cet épisode de « Monk » ou le détective doit travailler dans une grande société comme agent infltré, et s’émerveille devant le « corporate humour ». L’ami Henri (le bibliothécaire qui m’avait invité) et moi-même nous éclipsâmes avant les petits fours, pour aller dans un bon restau de poisson.
Cet aprem, fin de la chronique graphique pour le prochain Fiction ; continuation du travail sur un article sur les mythes de Noël (je ne suis guère enthousiaste, n’aimant pas Noël – mais l’antho de Baudou est très très belle!). Mon stagiaire termine demain: snif.