A geek’s life: 4h du mat’ dans la rue polaire, l’éditeur des Moutons électriques tire son ordi tout réparé dans une valise à roulettes, précédé par les virevoltes de son jeune ami à roulettes aussi, éditeur aussi. Enfin, ouf: mon pôv’ ordi semble remis en état de marche, ça devenait très nécessaire: trois bouquins à boucler dans les 15 prochains jours!
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#728
>> Pelote de liens
« Architecture of density » est une expo de superbes photos, de Michael Wolf, liant intimité et motifs abstraits à travers des vues de facades de grattes-ciel à Hong Kong. Impressionnant. [via Homme qui marche]
MoCo Loco est un zine d’informations sur l’actualité de l’architecture contemporaine et du design, sans prétention, sur un ton agréable loin des habituels « branchouilles » du genre.
Ce site est d’ailleurs terrible: heureusement que je suis fauché (!), sinon je craquerai trop facilement sur quantité de bouquins qu’ils conseillent, et même des objets pas trop chers, à la Red Hot Shop de chez Target…
Ils pointent aussi, par exemple, sur un architecte qui a l’air bien intéressant dans l’héritage de Frank Lloyd Wright, David Hovey: cf. par exemple sa réalisation pour Saguaro Forest at Desert mountain.
Et dans le même esprit, un blog de designers: Design Observer.
#727
Lu: King of the City de Michael Moorcock.
Autant le déclarer d’emblée: en fait de « suite » à Mother London, il me semble que Michael moorcock n’a livré avec ce roman qu’une sorte de pavé en roue libre où la trace de son précédent opus ne se lit guère, ni dans les protagonistes ni dans les situations, et où même la ville de Londres, censée être l’héroïne principale de ces deux volumes, n’a pas une présence particulièrement prégnante. En fait, à avancer dans ce texte dense et excentrique, j’ai plutôt eu l’impression d’avoir afaire à la version Moorcock d’une certaine littérature britannique contemporaine que l’auteur admire particulièrement: il y a là dedans énormément de Iain Sinclair et sans doute aussi une louche ou deux de Steven Aylett.
Le résultat? Une logorrhée torrentueuse, un fleuve de mots qui ne font sens qu’au bout d’un certain temps d’immersion dans cette prose particulière (j’ai songé à l’effet lexicale d’un Samuel Delany, aussi), et qui ne parleront sans doute qu’au lecteur particulièrement familier d’une certaine culture anglaise populaire des années 60/70: depuis le space-rock à la Hawkwind (car ce roman est largement autobiographique et l’auteur/narrateur nous raconte donc moult péripéties du groupe Deep Fix et de ses petits camarades, des musiciens aussi obscurs que Simon House, par exemple) jusqu’à la presse tabloïde, en passant par la presse rock, New World, des tonnes d’artistes branchouilles à la célébrité toute relative, des quintaux de références britanico-britanniques, et le tout généralement crypté sous forme d’abréviations, surnoms et quolibets divers. Ce qui vaut pour les personnages croisés valant d’ailleurs aussi pour les références géographiques, historiques ou même pour des bouts de phrases (genre « Life goes on. Obladi. Oblada. »)
L’histoire, Oh oui, il y a bien une histoire – plus ou moins. Celle d’une famille compliquée, incarnant visiblement le destin dérisoire du peuple londonien depuis les sixties: le narrateur, quoique empruntant largement à Moorcock himself, est ici un photographe de presse (qui selon les époques et sous divers pseudo a tout fait, des zines undergrounds aux journaux à scandale, en passant par les photos de célébrités rock et la photographie de guerre pour de grands supports) doublé d’un guitariste de rock (très peu connu mais ayant gratouillé avec Deep Fix et croisé plein de célébrités). Il est amoureux de sa cousine, avec qui il a fait autrefois les cent coups, a beaucoup fait l’amour, et qui aujroud’hui ne veut plus trop le voir, préférent bosser pour des ONG. Son cousin Johnny Begg alias Lord Barbicane était un gamin genre premier de la classe, coincé et ennuyeux, qui se fit adopter par une des plus grosses fortunes de la planète, et hérita du titre à la mort de son bienfaiteur, avant de devenir une sorte de super-Bill Gates encore plus friqué et verreux.
Barbicane est censé être mort, noyé, mais en fait il a organisé sa propre disparition en s’envoit en l’air en cachette avec les grands de ce monde — ce que découvre le narrateur dans l’épique scène d’ouverture du roman, d’un kitsch digne de James Bond ou de… Jerry Cornélius. Le photographe mitraille donc son cousin en train de copuler avec une riche douairière, mais à son retour à Londres gros problèmes: primo Lady Di vient de s’enrouler sous le pont de l’Alma, ce qui jette un discrédit bref mais violent sur les paparazzi, et secundo personne ne le croit!
Notre photographe maudit nous raconte alors toute sa vie et celle de sa famille, issue du quartier pauvre de Brookgate. Et le roman de se complaire dans l’exposition en cinq longs paragraphes de ce qui pourrait tenir en un seul, et de suivre les errances un peu pathétique de son narrateur dans une société considérée avec un regard si bigrement seventies qu’avec les nombreux flash-backs, on se demande parfois de quelle époque il parle… C’est plein de losers attachants, de pédés vieillissants, d’ex rockeurs névrosés, de junkies flamboyants, de souvenirs d’autres déjà morts, de méchancetés sur Tolkien et sur Thatcher, etc etc. Bref: amusant, intelligent, souvent brillant, ça brasse, ça brasse, mais… Si le succès de ce roman est parfaitement compréhensible dans un cadre strictement britannique, sa nature pico-culturelle, si j’ose écrire, le rend aussi peu universel que si un Parisien s’amusait à rédiger un roman-fleuve sur les vertes années et les flétrissures d’un certain milieu germano-pratin.
#726
>> Paris Sibérie (8 et fin)
Emprunter la ligne 14 du métro parisien, c’est embarquer pour un voyage de pure science-fiction, un trajet à bord de l’incarnation des rêves technophiles de 2001, l’odyssée de l’espace.
D’abord, il y a ce tube qui se précipite dans un souffle et les doubles portes qui s’ouvrent avec l’automatisme et la brutalité mécanique d’un sas. On passe de plain-pied, sans la moindre marche, à l’intérieur de l’engin, qui dans un même souffle repart à grande vitesse mais sans secousse, fluidement.
La lumière électrique, blanche et crue, illumine un boyau sans fin de plastique moulé et de métal lisse, au design neutre et répétitif. Les stations passent, salles d’attente streamlinées seulement éclairées par l’éclat des grands panneaux publicitaires. À l’arrivée à la Gare de Lyon, une voix robotique prévient du sens de sortie, tandis que derrière les vitres surgit soudain une jungle souterraine. De cet espace de nature sous cloche, s’échappent des coassements pré-enregistrés: l’impression de station spatiale n’en est qu’en accentuée.
Enfin, l’on grimpe hors de cet univers hautement sci-fi par des ecaliers roulants transparents, sous une longue rampe électrique aux allures de blatte de métal brossé, géante, dont l’éclat se reflète dans les parois d’inox. Un seul bémol, fâcheux, au sein de tant de technologie froide et ostantatoire: l’infecte odeur du métro parisien, jamais aussi prégnante-écoeurante que les couloirs du 14. Comme une revanche des contingences du présent.
#725
>> Paris Sibérie (7)
Il sera dit que je n’aurai encore vu la Maison de la Radio que de nuit — mais le décor s’y prête, les grands immeubles pixelisés de fenêtres lumineuses, de l’autre côté de la Seine, conférant à ce coin de Paris une splendeur nocturne ultra-moderne.
Auprès de la Maison de la Radio, cet imposant camembert de verre, le café « les Ondes » accueille à toutes heures la crème radiophonique. Je m’amuse à admirer la belle barbe blanche et les longs cheveux intellectuels de quelques habitués de l’endroit — sans doute des messieurs fort connus, mais n’étant ni très porté sur la culture Radio France, ni très « people », je ne saurai les identifier. Un moment, trois jeunes garçons, en âge de lycée, viennent s’asseoir non loin du groupe dont je fais partie: ah, la jeunesse dorée! Déjà l’autre jour, en sortant de Marmottan, m’étais-je amusé d’un groupe de jeunes gens bien mis, à la désinvolture chic — tous des BHL en herbe. Ceux-ci sont idem, cheveux mi-longs coiffés à l’anglaise, pardessus bien repassé, poses artistiques rendues attendrissantes par la jeunesse des protagonistes et leur conformité finalement naïve aux clichés de la bohême ultra bourgeoise. Pendant ce temps, mes copains et relations de l’émission arrivent peu à peu, nous discutons plaisamment, le garçon d’un certain âge prend les commandes avec nonchalance et en souriant sous ses bacchantes brunes, très Années Folles — voilà un parfait archétype parisien incarné. Passons sur l’émission, fluidement guidée, très agréable et érudite (mon co-invité, Xavier Mauméjean, m’étourdit par la brillance de ses propos), « Mauvais genres » n’a finalement qu’un seul défaut: de ne durer qu’une heure! Ainsi que le dit Angelier, l’exercice consiste à faire entrer un litre et demi dans une bouteille d’un litre. Mais lui et son équipe (que vient de rejoindre la toujours lumineuse Joëlle Wintrebert) y parviennent sans anicroches audibles.
Retour ensuite aux « Ondes », pour un dîner léger et bavard. Je termine cette agréable soirée chez l’ami Jo, non loin de chez mon oncle ce qui me permet de rentrer à pied. Etonnement: Clignacourt à 3h du matin n’est pas moins animé qu’à minuit, des gens passent dans la rue, le quartier ne semble ni désert ni spécialement mal famé (en dehors de quelques putes et maquereaux noirs, en arrivant à l’angle de chez Jean). Le froid brûlant de la journée a cédé la place à une relative douceur, la mairie du 18e rutile dans la lumière fauve des lampadaires, les arbres dessinent des motifs abstraits de leurs branches nues, sur le ciel entre bleu profond et nimbe rosé.
