#629

Allez, juste pour la frime: Delia Sherman a traduit en Anglais une de mes notes de lecture. Impression assez insolite, que de se lire dans une autre langue.

Just read: A Scholar of Magics by Caroline Stevermer.

Newly published, this is a sequel to one of my favorite novels of the past few years, A College of Magics (reader’s report in my Cartographie du merveilleux from Folio-SF, sold in the best bookstores!) Set several years later, it

takes us back to a Europe at the end of the 19th century, subtly shifted by the established existance of magic. This time, the action takes place not in Europe and the Norman college of magic for young girls, but in the United Kingdom and in the bosom of the triple university of Glasscastle, a kind of Oxford of magic, reserved for boys. Jane, who in the first novel was a student at Greenlaw, has become a professor of mathematics there, but journeys to Glasscastle where her brother Robert is one of the august teacher-searchers. The ostensible purpose for her visit is to see her family and to visit the famous English university. In truth, Jane is on a mission to contact Professor Fell, a local scholar who has recently discovered that he must become the new Warden of the West. (Jane’s protegee, the young duchess Faris, had become the Warden of the North at the end of A College of Magics.) But Fell obstinately refuses to yield to the pressure. He accepts that one day he’ll have to accept the mantle of Warden, but not before deciphering a mysterious mental message he has received ordering him to look to the clocks. Who has given him this mission, and to what end? As it happens, he knows the answer to the second: question, but not to the first—until the no less mysterious appearance of two cards stamped with the arms of the founder of Glasscastle, the great Professor Upton, gives him a clue. For the rest, this novel is a delightful chase between men in bowler hats, a megalomaniac professor, a weapon of mass destruction, and several university/government counterplots. Plus, at the center of all these intrigues, an American cow-boy, engaged for his skill at shooting, but fascinated by the scholarly world of the university. An automobile, church chants, cups of tea, old books, immense parks, ancient legends, old professors stuffed with pretention, sexist predjudices, humans transformed into animals, a wizard’s labyrinth, and enchanted dungeons: perfect happiness.

As always with Stevermer, the humor is light, the charms refined, the historical touches precise and archaic. From my point of view, this is the kind of fantasy which is the most powerful, the most captivating, the most attractive, perhaps even more so than the “urban fantasy” of which I speak so often. I found in this novel at the same time the fascination of James Stoddard’s diptyque on the High House, the playful preciosities of the book Stevermer has written with Wrede (the sequel to which will be out soon, that’s jolly good!) and the “fantasy of manners” of Ellen Kushner and Delia Sherman. In short: all my favorite things.

#628

Salade de liens

J’ai déjà plusieurs fois parlé ici du roman-événement Jonathan Strange & Mr Norell, et bien entendu, afin d’entretenir le buzz, Bloomsbury vient de monter un énorme site sur Susanna Clarke & son oeuvre. Avec même quelques vidéos, une fausse revue d’époque, ainsi qu’une nouvelle. Miam!

Et il y a déjà un (excellent) article, dans le New York Times.

Neil Gaiman pour sa part ne lésine pas sur les louanges:

« Jonathan Strange & Mr Norrell » is unquestionably the finest English novel of the fantastic written in the last seventy years.  It’s funny, moving, scary, otherworldly, practical and magical, a journey through light and shadow – a delight to read, both for the elegant and precise use of words, which Ms Clarke deploys as wisely and dangerously as Wellington once deployed his troops, and for the vast sweep of the story, as tangled and twisting as old London streets or dark English woods.  It is a huge book, filled with people it is a delight to meet, and incidents and places one wishes to revisit, which is, from beginning to end, a perfect pleasure. Closing « Jonathan Strange & Mr Norrell » after 800 pages my only regret was that it wasn’t twice the length.’ Neil Gaiman

Et en parlant de Gaiman… La base de la saga du Sandman était une mystérieuse épidémie d’insomnie — et voici qu’un article de la BBC nous révèle qu’il s’agissait bien d’une véritable épidémie, Encephalitis lethargica.

Trés gaimanien, un beau & fou projet web: la bibliothèque des livres invisibles, les livres qui n »existent pas mais sont cités dans d’autres livres. Ils vont avoir du travail, avec Susanna Clarke.

Graphisme: LOBO, un site plein de dessins animés surprenants, et TimBiskup, aux designs proches de Woodring & du Dr Seuss, très rigolo.

#627

Par cette atroce chaleur, je ne suis plus bon à grand-chose… Calfeutré dans un appartement surchauffé, je parviens tout juste à me traîner jusqu’à l’énorme roman que j’ai en cours de lecture (Jonathan Strange & Mr Norrel de Susanna Clarke, l’événement d’octobre — que je suis heureux et fier d’avoir sous forme d’épreuves), qui trône sur la table de la cuisine — pas certain que cette pièce soit plus fraîche, mais j’en ai vaguement l’impression.

Ou bien alors je lis ou relis les Concrete de Paul Chadwick. J’avais acheté l’intégrale de ces BD il y a quelques années (well, je croyais qu’il s’agissait de l’intégrale — mais où ai-je donc fourré le deuxième recueil d’histories courtes, alors?), mais était loin d’avoir tout lu.

Infiniment touchante, et pourtant souvent marrante, que cette histoire d’un homme soudain emprisonné dans un corps de béton, une sorte de structure cyborg en caillasse. Ce pourrait être du super-héros, mais au lieu de cela, Chadwick a livré une tendre saga de la vie ordinaire d’un homme extraordinaire, coupé de la vie « normale », du touché, du goût, du sexe, de la plupart des sensualités… comme tant d’autres en ce monde, mais avec un physique de monstre en plus. Sans pathos, sans violence, une fresque intimiste & élégante (je crois que ça sort en français bientôt, au fait).

Oh, bien sûr, je travaille, aussi. Autant que possible (j’ai entré toutes les corrections des épreuves du Panorama qui me sont déjà parvenues, par exemple). Mais essentiellement, le matin. Ensuite, la température monte et il devient difficile de demeurer rivé devant l’écran de l’ordinateur. Cuisson à l’étouffée & pénombre brûlante — ah, comme j’aaaime l’été…

#626

Sans doute à la faveur de la chaleur estivale, si ce n’est à celle de mon absence, un extraterrestre a poussé dans le salon.

Ce petit homme vert développe deux longs tentacules de la même teinte au-dessus du téléviseur, qui crochent l’air immobile de l’appartement. Et sur ces deux membres tendus, d’autres petits bras s’étagent régulièrement, d’abord enroulés serrés puis s’ouvrant comme dans un geste d’impuissance.

C’est au centre d’une sorte de palmier, acheté chez Ikéa, que naissent ces étonnantes excroissances. Je m’interrogeais justement sur la survie de la plante, me voilà rassuré: il doit s’agir d’une forme de floraison, supposè-je. Deux hampes telles des fougères, incongrues et ondulantes.

#625

The Crow Road

Pourtant, d’habitude je n’apprécie guère les bouquins de Iain (M.) Banks, mais là… Sans l’initiale « M. » qui désigne chez lui sa production science-fictive, The Crow Road est un de ses romans de « littgen », déjà un peu ancien. Je m’y suis plongé. Et n’en suis pas ressorti indemne.

Les McHoan, famille écossaise aisée du petit village de Gallanach, a une tradition d’excentricité. Si de père en fils la famille connaît ce que Margot, vieille dame indigne et pilier familial, nomme le « pivot », c’est-à-dire l’homme qui dirige la famille ainsi que l’usine de verre locale, les autres enfants McHoan se trouvent tous des vocations plutôt intellectuelles et originales: l’oncle Rory est devenu travel-writer suite au succès de son journal de voyage en Inde, du temps des hippies; son frère Kenneth est devenu écrivain pour la jeunesse, en rédigeant les multiples contes qu’il inventait pour les enfants de la famille et du voisinage (qu’en ancien instit il aimait amuser et occuper); l’oncle Hamish a mis au point une hérésie chrétienne basée sur de fumeux concepts de balance et rétribution des péchés; quant au jeune Lewis, il devient comédien, humoriste, passe dans des salles pour son one man show.

Prentice en revanche ne sait pas trop ce qu’il veut faire de sa vie: narrateur-pivot de l’intrigue de The Crow Road, il est étudiant en lettres classiques mais va rater son annéer universitaire par manque de motivation. Revenu dans son village natal pour les funérailles de la matriarche Margot, qui vient de se tuer en passant à travers la varrière du solarium, parce qu’elle était monté sur une échelle afin de nettoyer les goutières, Prentice ne parle plus à son père depuis une brouille sur des questions d’ethique (Kenneth est un athée forcené, tandis que prentice voulait tout simplement la liberté de douter). Il retrouve en revanche sa belle cousine Verity (sur laquelle il craque depuis des années), l’oncle par alliance Fergus Urvill, seigneur du château de Lochgair, sa copine d’enfance Ashely Watts et son frère Dean, plus toute la ribambelle d’oncles et de tantes… « It was the day my grandmother exploded », commence le roman: l’ambiance est posée, mi-chronique sociale mi-humour noir, dans une sorte de Six Feet Under ou d’Anif Kureshi écossais. L’explosion en question étant celle du peacemaker de la grand-mère, qui détonne lors de l’incinération.

Si le récit de Pretince se fait en « je », il n’est pas le seul, puisque s’accumulent les chapitres (courts) qui mènent le lecteur dans une mosaïque d’époques différentes, mettant en scène soit grand-mère Margot dans ses derneirs temps, soit Margot mariée avec son époux, soit les enfants de Margot (Kenneth et Rory) dans leur jeunesse, ou Kenneth et Rory dans leur maturité (Kenneth racontant des trcus amsuants et éducatifs aux enfants, Rory de retour d’Indes), ou encore Lewis et Prentice enfants. Et, plus étranges, quelques chapitres rédigés en italiques, mettant en scène l’oncle Fergus Urvill et son entourage, avec Rory.

Et loin d’embrouiller le lecteur, cette conception non-linéaire de l’histoire, une marche du temps considérée non pas comme un fil mais comme des relations complexes de cause à effet (à la manière dont on construirait une étude littéraire non pas de la manière biographiste mais thématique), brosse avec un dynamisme remarquable passé et présent de la famille. Attachante et passionnant famille, avec ses drames et ces fêtes – car nombreuses sont les réunions familiales mises en scène, bien sûr, où les castings aux générations mouvantes fêtent des Noëls, des unions ou des anniversaires. Ou quelquesfunérailles, car cette famille semble connaître un certain nombre de drames au cours des années. La prose de Banks est vive, lumineuse, tendre, amusée. Sophistiquée mais pourtant si accessible. Les personnages prennent chair avec un réalisme chaleureux, on s’attache à chacun d’eux. Et petit à petit se met en place une tension, un mystère: qu’est devenu Rory, et pourquoi a-t-il disparu? Prentice se met à vouloir retrouver l’oncle manquant, que son père Kenneth semble persuadé d’être toujours en vie. Papiers retrouvés en eprdus, bribes de récits et de poèmes, agendas rédigés en notes abrégées, bout de pochettes d’allumettes venues du monde enteir, journaliste ayant peut-être croisé Rory, quelques pistes se font ainsi jour, furtives, difficiles à suivre et même à saisir.

Pour faire 500 pages, ce roman n’apparaît pas spécialement long: au contraire, on en redemanderai presque – je regrette par exemple que rares soient les chapitres consacrés à l’indomptable Margot, ou ceux sur au jeune artiste Darren, mort prématurément dans un accident de moto. D’une diabolique intelliegence, Iain Banks mène sa narration en distillant à plaisir indices et moments de tension, noirceurs et lumières. A la fois bouleversant et très drôle, le genre de bouquin qui aprvient à vous arracher des larmes de rire tout en vous tordant les tripes, The Row Road s’achève sur deux derniers drames, et sans que l’on sache exactement qui était le tueur, si tueur il y avait, l’intrigue se résout. Le mystère Rory est bouclé, et la vie sentimentale de Prentice connaît une ouverture.

Ce roman est extraordinaire, il y avait longtemps qu’une oeuvre littéraire m’avait autant parlé, autant captivé. Remué, vraiment. La structure familiale, les aspirations intellectuelles, la tradition de merveilleux enfantin, les troubles sexuels… J’y reconnaîs tout, cette familel me aprle, ses rituels, ses dérives, les interrogations de Prentice… L’ensemble acquiert une pertinence brillante. Comme dans un roman de Nigel Williams – mais en moins léger -, comme dans un Ishiguro – mais avec un humour piquant – et comme dans une saga familiale d’Anif Kureishi – mais en moins gentil. De la pure littérature britannique actuelle, donc, clanique, sarcastique, tordue, et avec les idiosyncrétismes typiques de l’auteur: les accents des personnages sont rendus dans l’orthographe (et dieu sait qu’il sont un épais accent, ces Écossais!) De même qu’une série comme Queer as Folk tend à vous donner l’accent de Manchester, on ressort de The Crow Road en ayant pris le rythme des « och » et « aye ». Il y a également moult abréviations et passages phonétiques, jamais gratuits mais bel et bien au service du texte. Quant au style, il est superbe, d’une finesse admirable.

Un grand, un très grand roman.