#2853

Faut-il donc l’avouer ? Le goût sucré de Bordeaux pour moi, de manière intime, ce n’est pas le cannelé : peut-être n’était-il pas encore si présent, dans le mitan des années quatre-vingt qui me vit effectuer mes études ? La pieuvre Baillardran n’avait-elle pas alors encore poussé tous ses tentacules ? Ou bien, plus sûrement, mes finances d’étudiant crevard me firent-elles éviter sans même y songer friandise si coûteuse ? Toujours est-il que je ne découvris le charme du cannelé qu’un peu plus tard et que, dans mes souvenirs, c’est une viennoiserie bien plus ordinaire — non pas cette chocolatine dont je découvris avec ébahissement que ces sauvages de Lyonnais la nommaient « pain au chocolat » —, juste le pain au raisin, vous savez, cet escargot, qui fit durant trois années mon alimentation principale et dont pourtant je ne me suis pas écœuré, une dame dans le hall minable de l’IUT en vendait d’énormes pour vil prix, et ce goût m’est resté, délice encore, souvenir et gourmandise.

#2852

Bonheur tout neuf : la couverture par Melchior Ascaride de mon prochain roman. Chez Moltinus, collection « Les Saisons de l’étrange », comme les précédents, mais cette fois il s’agit d’un roman — écrit l’été dernier d’après deux synopsis et un début… fort anciens —, pas d’un recueil de nouvelles. L’aboutissement de pas mal de choses dans mon imaginaire personnel. Arcologie, aérotrain, morts étranges… et une Menace sur l’Empire.

#2851

Ces dernières matinées, si j’ouvre la porte sur la rue et fais quelques pas dans mon fond d’impasse, afin de rapporter par exemple ma poubelle et celle de ma vieille voisine, mademoiselle Rose, sur le gris du trottoir se dessine une dentelle noire qui zigzague tout au long des façades : le dessin laqué de la fonte des brefs stalactites de givre formés à la faveur de ces quelques nuits flirtant avec le zéro. Le jardin ne s’en ressent guère et, sous le ciel si peu lumineux, en capuche grise, la masse indisciplinée des capucines, près de la fenêtre, comme celle du grand fuchsia, au-dessus de l’herbe hirsute, forment toujours leurs îlots de verdure têtue. Les feuilles d’acanthe se vernissent d’humidité tandis que, dans la rue, la buée sur les carrosseries confèrent aux voitures noires un effet mat, comme un surcroît de réel. Dans la froidure humide flotte une odeur de fumée.

#2850

Qu’ai-je lu, cette année ? La question peut surprendre, mais c’est que je lis tant et tant que, tout à l’heure, le fier bilan d’une blogueuse m’a fait rire : quarante bouquins, eh bien, comment dire ? Il doit s’agir de mes lectures en un trimestre, dirai-je. Non que je compte, d’ailleurs, ni que je me souvienne exactement : je dévore ou je picore, les livres succèdent aux livres et, sans qu’ils s’effacent, ma mémoire immédiate ne laisse surnager que quelques titres… Ainsi et en désordre, je me souviens du dernier Modiano, Encre sympathique, toujours aussi empli de nostalgie ; des puissantes nouvelles de Ian R. MacLeod dans Red Snow ; de la relecture de deux Pierre Véry pour la jeunesse ; de celle des quatre utopies, dont il se trouve par un certain bonheur que je vais bien en être l’éditeur un jour ou l’autre ; des mémoires d’Armistead Maupin, touchantes ; d’une soixantaine de Maigret relus l’été dernier ; du dernier Fantômette que je n’avais pas encore lu ; de pas mal de Dylan Dog et d’un monceau de Batman ; de belles SF récentes par Paul McAuley et par Adam Roberts, teintées de polar ; d’un David Mitchell renversant, Slade House ; de quelques Harry Dickson de Jean Ray, parce qu’il faut y revenir régulièrement ; dans ce sujet, des deux albums étranges de David B. ; de Rain de Melissa Harrison, deuxième lecture de ces trois promenades sous la pluie anglaise ; du formidable et tout récent Tif & Tondu par Blutch et son frangin ; des douloureuses nouvelles de Ben Okri dans Prayer for the Living… Pour ne rien dire des lectures « pro », également nombreuses (plus que jamais, en fait, avec le flot de polars fantastiques de Maurice Limat réédités chez Rayon Vert) et souvent excitantes (je sors par exemple du prochain Nikolavitch et j’alterne entre le troisième Texier et un vieux Limat de derrière les fagots) ; ni des séries, lectures de type feuilleton auxquelles l’on revient donc régulièrement (Benedict Jacka, Christopher Fowler, Genevieve Cogman, Theodora Goss, Eric Brown, Ian Rankin…). Et après on s’étonne que je ne prends pas le temps de regarder des images qui bougent, m’enfin quoi.

#2849

Je ne suis jamais parvenu à rédiger un texte complet sur l’anniversaire campagnard des Moutons électriques, en septembre dernier — ce fut quelques jours tellement intenses, adorables, tendres, drôles, j’en conserve tant d’émotions et de couleurs, que coucher tout cela sur le papier, fut-il virtuel, demanderait trop d’efforts… Tout juste ai-je gardé cette introduction :

La maison toute de brique parée ressemble à celle d’un garde-barrière et même les quelques granges pourraient constituer autant de hangars ferroviaires mais le train se trouve bien plus loin, on l’entend passer, seul son souffle s’approche. La maison s’élève en bordure d’un bois, au centre d’un terrain verdoyant, gonflé d’une humidité d’autant plus rafraîchissante que le pays blondi encore des effets de la canicule estivale. Il y a des étangs non loin, et de l’autre côté de la route quelques vaches qui broutent l’herbe si verte et si drue. La maison possède également quelque chose d’un Tardis, passée la petite cuisine elle s’avère tellement plus grande que vue de l’extérieur.

Quoiqu’il en soit : un souvenir doré. Ce fut beau et chouette, ces 15 ans, tous ces ami.e.s, mon fils, ma cousine, les chats, le feu de bois, les bons plats, le feu d’artifice, la nuit sous la tente, le chemin de petites lumières, le 15 doré tournoyant dans l’arbre…