Flâner en ville entre deux rendez-vous, croiser quelques fantômes de mes années estudiantines, respirer.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#5035
C’était il y a très, très longtemps, j’avais fait un séjour de trois semaines à San Francisco. On voit ici mon jeune moi penché sur un bottin téléphonique, dans le métro, en train de noter des adresses de librairies. Sur place, j’avais tenu un journal assez copieux, c’était la première fois que je le faisais, amorce de blog. En revenant, j’avais écrit une nouvelle, « Un ange sur le banc ». Elle fut publiée dans mon petit recueil chez la Clef d’Argent, Le Garçon doré. Et je viens de la rouvrir, d’un peu la retoucher (mais fort peu) pour une anthologie de fantastique que concocte Christian Robin. J’attendais l’été pour la relire.
#5034
(Week-end) Les buses criaillent au-dessus des chênes, les moineaux se chamaillent, les pigeons roucoulent, les bractées du tilleul pleuvent en crissant, un merle s’égosille : tel se dessine le paysage sonore d’un recoin de verdure en bord de rocade. Les pâquerettes et crépides sèment l’herbe rase de flaques d’étincelles minuscules. Dans une allée, une grosse racine fait le dos rond comme un animal endormi. Abeilles et papillons tournent dans l’ibiscus, un merle gratte sous le mimosa.
#5033
#5032
(Week-end) Arrivé sous une bruine transperçante. Champignac maussade sous son habit de gris. Un chevreuil broutait paisiblement dans la prairie dépeignée. / Une main humide couvre la campagne et du ciel grisailleux flotte une bruine piquante. Foins coupés et bois mouillé parfument l’air. / Campagne frissonnante sous un ciel encore voilé. Les milans sifflent et les pigeons roucoulent. Un écureuil vient de passer sous les tilleuls. / Ne suis pas parvenu à prendre en photo les milans, qui tournaient très bas. Ils sont quatre, première fois que je les vois tous ensemble. Fini une vignette, simple prétexte à une scène d’ambiance, à la description de mes deux protagonistes — ce que je n’ai jamais tellement fait — et à l’évocation d’un tournant technologique de cet univers. 11 000 signes. D’une nouvelle supposée j’ai quantité de fragments épars, façon puzzle, et d’une autre seulement le début, façon esquisse. De quoi mâchonner tout l’été.

