#2457

J’ai lu le Spirou de Frank Pé et Zidrou. Graphiquement, ça se cherche un peu trop, aucune synthèse n’est faite entre un Spirou super mignon, d’autres perso qui hésitent tout le temps entre réalisme et caricature, et même certains (les journalistes sur l’écran) qui retrouvent l’anguleux des débuts de l’auteur, qui a vraiment perdu la grâce de ses premiers Broussaille. Le résultat est d’une esthétique passablement bancale, pas aboutie. D’autant que le scénario ne semble pas fini non plus, brouillon pour ne pas dire bâclé : c’est quoi ce plan avec les champignons noirs, développé puis abandonné sans explication ?

Et bien entendu, les auteurs cherchent à caler ce pauvre Spirou avec une fille à la fin de l’histoire, ça devient vraiment une rengaine, ça — bon sang que j’en ai ras-le-bol de tous ces bédéastes hétéros bornés qui se croient absolument obligés d’ajouter un rapport amoureux à la femme. Il y a pourtant quelques jolis efforts ici, quelques allusions sympas, comme les conseils de Champignac au couple Fantasio – Spirou, ou la gamine qui voyant Fantasio demande à Spirou si c’est son mari — mais les auteurs ont cru nécessaire d’ajouter un Spip hilare à l’idée que Fantasio soit traité de « mari », eh bien quoi, c’est une insulte, « mari » ? Sans cette demi-case insultante le propos aurait été pour une fois un peu ouvert, mais non, on retombe toujours dans des ricanements homophobes. Bref, un album dont le dessinateur n’est à l’aise ni dans son style ni dans son propos.  Un album de trop ?

#2456

J’ai le cœur gros. C’était un lieu fou, presque inquiétant dans son entassement, dans son étouffement. Magique aussi, car l’on ne pouvait guère y acheter que par sérendipité : le hasard heureux des découvertes, au gré de piles branlantes et toujours plus nombreuses. Monsieur Jacques Noël de chez Un Regard Moderne à Paris, vrai grand libraire, authentique dingue de livres, vient de disparaître. Je ne regrette pas d’avoir trop dépensé chez lui. J’aurai aimé pouvoir le faire bien plus souvent.

#2399

Encore une tristesse. Le révérend Dionnet vient de relayer le fait que Didier Savard vient de mourir, à seulement 65 ans. Tristesse réelle, oui, car ce fut longtemps l’un de mes bédéastes favoris. Son trait à la croisée des lignes claires hergéennes et franquinesques, faussement simple, suprêmement élégant, me ravissait. Ses deux albums sur scénar de Forest, hélas massacrés par la mise en couleur, étaient proprement géniaux, hilarants, et sa série des Dick Hérisson, un émule provençal de Harry Dickson, m’enchantait. Savard s’inscrivait toujours dans une tradition de littérature populaire, bien à mon goût. Je suivais en fait la carrière de Savard depuis ses tous débuts, en fan et abonné que j’étais autrefois d’un fanzine marseillais très à gauche Méfi ! (qui s’interrompit brutalement suite à un attentat contre ses locaux). Après donc, Savard fit les Dick Hérisson chez Dargaud ; je l’avais reçu en dédicace dans la librairie où je bossais, souvenir aigre-doux car absolument personne ne vint, un bide épouvantable, mais j’avais du coup discuté toute la journée avec l’auteur. Il avait cessé de publier depuis longtemps, je suppose qu’il était malade car son dernier album était d’un trait maladroit, tremblotant, marqué m’avait-il semblé par un Parkinson ou une horreur comme cela.