L’orage m’a réveillé cette nuit, vers 4h je crois, fort et grondant, puis des cataractes, ce ne fut pas très long mais bien que tiré de mon sommeil j’ai trouvé ça agréable, appréciant le vent frais et le grand souffle de l’eau. Et puis, chaque fois qu’il pleut je me dis que c’est bien pour le jardin. Pas que Bordeaux soit avare de pluie, en général, mais je constate que j’aime assez cela, même en dehors des canicules. J’ai donc continué à relire un Maigret et bien sûr il y pleuvait, de cette « pluie longue et froide qui met des hachures claires dans la nuit »… Simenon lui aussi devait aimer la pluie, c’est sûr. J’ai repris mes travaux romanesques et comme de juste il y pleut beaucoup, dans ce texte.
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#2799
Une fois encore je repensais à San Francisco, tout à l’heure en arrosant l’énorme bosquet de fuchsia qui occupe la moitié de ma minuscule parcelle de jardin : San Francisco. Une ville où j’ai passé trois belles semaines il y a une éternité de cela, et où il ne paraît que peu évident que je retourne un jour. San Francisco, le décor étonnant de cette série de romans et maintenant feuilleton tv que sont les Tales of the City d’Armistead Maupin. Mais pourquoi les fuchsias me direz-vous? Eh bien parce qu’avec Patrick, un jour, nous perdîmes notre chemin. Et que ce hasard demeure l’un de mes meilleurs souvenirs. Nous voulions nous rendre sur les Twin Peaks et, lisant mal la carte, arrivâmes au pied d’une autre colline, voisine – mais une colline dont les guides ne parlent pas du tout. Le genre de secret bien gardé comme une ville en a souvent, et qu’il fut une belle chance de découvrir. Il s’agissait du mont Davidson et nous l’avons grimpé, par un sentier de sous-bois : c’est là que l’on revient aux fuchsias, car sous les eucalyptus dont les feuilles jonchaient le sol comme des lanières de cuir, tout l’espace était solidement bouché par des buissons de fuchsias sauvages, formant une muraille végétale impénétrable. Jusqu’à la libération, au sommet : l’espace libre, le grand ciel, les pentes herbeuses et une vue miraculeuse sur la ville, avec un bus scolaire jaune serpentant dans les rues résidentielles un peu plus bas, et au loin le miroitement des voitures vers le pont, et tout le fatras charmant et chaotique de cette cité sur des bosses et des creux… San Francisco, que je n’oublie jamais, souvenir puissant et souvent ravivé, que cela soit par les œuvres de Maupin ou par mes propres fuchsias – une cité devenue part de mon paysage mental.
#2797
« Parfois un incident insignifiant, une odeur à peine perçue le plus souvent, nous rappelle, l’espace d’un éclair, un moment de notre vie. C’est si aigu que nous sommes saisis, que nous voudrions nous raccrocher à ce souvenir vivant et, l’instant d’après, il ne nous en reste rien, nous ne sommes plus capables de dire à quoi nous venons de penser. Nous cherchons en vain et nous finissons par nous demander, faute de trouver réponse à nos questions, si ce n’était pas une réminiscence de rêve ou, qui sait, de quelque vie antérieure ? » (Georges Simenon, L’Inspecteur Cadavre)
#2796
Le fanal rouge marquant le début de la zone piéton vibre et tire un filet vermillon jusqu’au bout de la rue sur les pavés vernis de bruine, tandis que la flèche de l’église se gomme dans l’ouate brumeuse. Après ces jours caniculaires on savoure un air gris, tendrement humide, sous le sifflement des martinets. Cours de l’Yser passe en vélo un sosie de Bernie Saunders, suivi par un joli brun boudeur. Des livres ? Oui j’en ai trouvé, car triste serait un week-end sans trouvailles de papier.
#2788
Des ponts sur le temps : hier je rappelais à Michel une conversation que nous avions eu en 1994 ou 95, et aujourd’hui je commence à relire un roman (A Million Open Doors de John Barnes) que j’avais lu à Bordeaux lors d’un séjour chez Patrick, vers la même époque je pense. Down memory lane et toutes ces sortes de choses.