Paysage sonore de neuf hectares de campagne à l’orée de la ville : à la fois le ronflement insistant de la départementale, accélérations d’automobiles, glapissements de motos, grondements de camions… et la légèreté d’une vie naturelle, discrète : claquements d’ailes dans le feuillage, scie des insectes, heurts d’un pivert du côté du mélèze, gazouillis et flûtes cadencées de petits oiseaux, pas de merles sous les arbustes, brève bruine de graines tombant sur les feuilles, murmure du vent, stridences lointaines d’un rapace haut dans le ciel…
#4010
Après un mois et demi de sotte maladie, enfin de retour à Champignac pour un week-end campagnard. J’ai raté les foins, les prairies sont maintenant courtes et verdoyantes de fraîcheur. Raté aussi les cerises, j’irai voir tout à l’heure s’il y a des mûres.
Il y a bien des mûres, et un prunier couvert de fruits encore. Des rouleaux de foin sous les haies et un bombardement de mottes de terre par les taupes au sein des prairies rases. Paysage moins ensauvagé que lors de mes précédents séjours, il a pris la sagesse de l’été, plein d’éclats de soleil même dans les recoins les plus frais.
#4009
Vers 2 heures du matin, réveillé par un cauchemar de ma vieille Jabule ; câlin, la chatte se rendort mais moi pas. Les petites cellules grises se mettent à s’agiter et, allant chercher l’iPhone, je note deux bouts de scènes, l’une brève pour la nouvelle en cours, l’autre assez longue pour la novella itou ; les deux ajoutant un détail encore manquant dans le cycle, les clubs anglais. Satisfait du minuscule labeur accompli, je replonge entre les bras de Morphée.
#4008
On prend les petites victoires que l’on a : parvenu ce matin à un peu avancer ma nouvelle, Viat vient enfin de traverser le pont pour sa soirée à Chelsea. La nausée arrive vite et un soupçon de vertige. Mais c’est que dans ma tête j’ai beaucoup avancé sur la construction de cette petite histoire, au point d’en entrevoir la conclusion, et qu’il ne faudrait pas que j’oublie les bonnes idées qui me viennent le soir.
#4007
Descendu tout à l’heure au bas de la rue pour poster un peu de courrier, je fis un menu crochet vers la boîte à livres et… sapristi ! Quatre encyclopédies Quillet de 1965, je ne pouvais tout de même pas laisser ces beautés languir ainsi. Vous me direz, est-ce bien raisonnable, avec tous les livres que j’ai déjà ? Mais on n’a jamais « trop » de livres, et j’avoue un faible particulier pour les vieilles encyclopédies – tout ce savoir sérieux et un peu obsolète, les reliures robustes, les illustrations ou photos en noir (ou en couleurs éteintes, pour ce qui est de la collection Time-Life que je possède depuis mon adolescence)… Et mine de rien, je mets ces sommes à contribution dans mes travaux : outre des scans pour l’iconographie de tel ou tel beau-livre ovin, cela m’est également utile pour écrire mes Bodichiev. S’agissant d’une uchronie, j’aime me référer à de vieux bouquins sur Londres afin d’y glaner des détails (genre les bureaux de police), par exemple, et lorsque tout récemment j’ai écrit une nouvelle située à Raguse (Dubrovnik), « Sous le vent dalmate », j’ai, outre l’indispensable Google Earth sans lequel je n’aurai pas osé tenter un Bodichiev dans un endroit que je ne connais pas en vrai, consulté mes recueils de savoir dépassé, pour y glaner les anecdotes et détails nécessaires afin de donner une certaine épaisseur à un lieu.