Me fascine toujours cette synchronisité subjective qui fait que, lorsque je travaille sur un texte, qu’il s’agissait dans le temps d’un essai ou maintenant d’un roman, la moindre lecture l’alimente, telle saturation stylistique ici, tel rythme là, un point de vue, soudain tout converge, « tout fait ventre » pour mon imaginaire. Il y a deux jours, je commence à lire un roman australien et dois le reposer précipitamment car cette description d’une salle de cuisine, bon sang de bois mais c’est celle que je voulais écrire – vite, poser ce livre et ne surtout pas y penser, afin de ne pas risquer une involontaire inspiration. Et ce soir au contraire, cette scène déjà lue tant de fois chez Elizabeth Goudge et qui, racontée à ma façon et au service de mon récit, développée dans mon propre cadre, oh bon sang oui, pourra former l’amorce de ma deuxième partie. Éponge.
#2954
J’ai donc posté ou ups-é mes cadeaux de Noël à qui de droit, puisque émerger de mon ermitage ne semble plus au programme. Triste. Au-delà de la question des librairies, celle des commerces de proximité fermés au profit des seules grandes surfaces agite soudain ces mêmes maires qui depuis si longtemps invitent goulument en périphérie les supermarchés qui vident leurs centre-ville. Curieux. Et hier soir un froissement soudain dans l’entrée alerta les chattes : quelqu’un venait de glisser un paquet de bonbons par la fente postale, gentille attention certainement d’un Halloween confiné, las il s’agissait de confiserie industrielle à base de cochon mort, ce fut poubelle immédiate. Amusant. Je retourne lire.
#2953
La situation du livre en ce deuxième confinement est très différente de la première fois : diffusion et distribution demeurent au boulot ; une partie importante des librairies vont travailler en « clic et collecte » (commande en ligne et retrait en boutique) ; Fnac point com et Amazon sont ouverts. Les ventes de livres vont donc être compliquées et plus difficiles, mais ne sont pas interrompues cette fois. Achetez, lisez : que le confinement soit au moins profitable à vos lecture !
#2952
L’œil de la caméra et celui de l’homme ne distinguent pas les mêmes choses. Étant sorti dans le soleil luisant après une pluie d’orage, je vis tout au bout d’une rue une grande montagne blanche, qui dominaient les maisons blondes. Sur la photo, pourtant, il ne restait que de frêles nuages, alors qu’à mon œil continuaient de s’ériger de grandes épaules solides et neigeuses.
Des feuilles jaunes ou rouges jonchent les trottoirs noirs d’humidité, en des géométries automnales. En ville, les mêmes collines blanches dominent chaque échancrure de rue, sous un ciel d’un bleu innocent qui prétend tout ignorer des orages et des averses. Sur les quais d’en face, les arbres paraissent fumer des nuées grises, qui s’amassent en dôme au-dessus de l’autre rive.
#2951
Ivresses d’encre. Acheté ce matin un chef-d’œuvre de fantasy, Castelmaure de Trondheim & Alfred, et me suis enivré ce midi à la fois de sa puissante senteur d’encre fraiche, de sa beauté graphique et de la force d’un conte de fées post-moderne. Et puis, en début d’après-midi, un livreur m’a apporté sans prévenir à l’avance un colis des premiers exemplaires de Celtes !, le pavé splendide concocté par ma petite sœur Sara et mes frangins Mérédith et Melchior — oh le choc esthétique, je ne m’attendais pas à les recevoir et considérer soudain cette pile de beaux livres, dans leur écrin vert et or, quel bonheur ; et puis en ouvrir un et cette fois encore, humer le puissant arôme de l’encre fraîche… J’suis camé.
