#2894

Bibliothèques jour dix : une partie des essais et beaux livres autour de la bande dessinée (il y en a derrière, non visibles, aussi). Il faut bien avouer que je fus libraire de bédé dans une existence antérieure… et que ça a laissé des traces. Lire « sur » la BD me fascine à l’aune de mon intérêt non faiblissant pour ce ou ces domaines. Ne figurant pas sur ces photos, ma lecture la plus récente dans le genre est un recueil d’entretiens avec Lewis Trondheim.

#2893

À la recherche de la bibliothèque perdue, épisode 9. Le ghetto de la « littérature beige » : Jacques Réda, mon psychogéographe favori, ayant débordé du rayon poésie / psychogéo d’à côté, je finis par lui adjoindre pas mal de ces fragiles livres à la couverture en papier qui passent par chez nous pour la quintessence de l’art de l’édition. Et donc quelques favoris de ce genre le rejoignirent, les Robin, Salmon, Dabit, Carco, avec d’autres documents sur la vie urbaine d’antan (certains acquis lors de mes travaux autour d’Arsène Lupin).

#2892

Sous le ciel que soutient la haute muraille, ce minuscule jardin figure bien les « confins du banal et du magique » que célébrait Jacques Réda. Une paix bourdonnante d’insectes invisibles, couvée par les roucoulements des pigeons. Un morceau de temps confiné où frissonnent troènes, micocoulier, fuchsia, abutilon, lauriers et figuiers. L’océan si proche que l’on devine dans les courants d’air et sur le sable fin des façades impose sa lumière et ses humeurs, nuées fumeuses et azurs éclatants en succession rapide. Vers le soir, en ce début de printemps, le ciel s’ouvrira telle une fenêtre, éclatant et précis comme du verre. Un moment, une heure peut-être, tout sera plus net, une respiration dorée. Puis le bleu tombera, engourdissant la terrasse et but par le désordre végétal, jusqu’à ce que monte une grisaille de la terre, qui troublera d’ombre le jardin alors qu’au-dessus, le visage de la résidence prendra une dimension théâtrale, en angles roses d’une netteté d’autant plus frappante qu’au sol tout se nouera de noirceur. Après le passage à l’outremer, ce sera la nuit et cette lune piquante, si froide, qui aplanira tout d’argent.

#2891

Jour 8 de cette exploration de bibliothèques… Nouvelles encore : lu ou relu aussi Sylvia Townsend Warner. Autrice maintenant un rien désuète et cela fait partie de son charme discret, au parfum si anglais et si subtilement poignant. Peu traduite je crois. Sinon à l’autre extrémité de ce cliché, une autre grande dame, américaine pour sa part, James Tiptree Jr. Pas désuète elle, puissante science-fiction. Hasard de l’alphabet, juste à côté une autre femme qui écrivait sous un pseudo masculin, Julia Verlanger alias Gilles Thomas, écrivain populaire, pas relue depuis fort longtemps. Et un gay québécois, Michel Tremblay, pas relu non plus, depuis plus longtemps encore. Quel mélange que cet alphabet.

#2890

« L’épicerie-bazar tout en bois dépeint au carrefour d’où vont se perdre des rues à villas clôturées de ciment imitation branches d’arbre, l’odeur de la tambouille du soir près des hôtels pavoisés de serviettes-éponge qu’agite ce vent. […] En face, la forêt descend noire jusqu’au sable rapporté des plages ; le vent en soulève des rires doux comme des plumes d’oiseau. »

Je lis ces lignes dans L’Herbe des talus de Jacques Réda et aussitôt, aidé par le soleil qui coule si doux dans le salon, monte à mon souvenir le décor de Saint-Brévin-les-Pins, la bourgade balnéaire où ma famille avait des maisons lorsque j’étais enfant. Elle se nommait Tout-en-Un, l’épicerie-bazar du carrefour près de chez nous. Et la pension où descendait la mère de mon oncle Nérisson présentait bien l’aspect que rapporte le poète. Ah, je lis à la météo que la semaine prochaine il pleuvra peut-être de nouveau : il serait alors plus aisé de travailler, je crois.