Épisode 12. En revenant à Bordeaux, j’avais sciemment décidé de devenir chauvin. La découverte ou l’ignorance, tout ça tout ça. Mais en vérité, même pendant mon long exil lyonnais je possédais déjà un bon petit rayonnage d’ouvrages bordelais, et notamment pas mal de livres signés Michel Suffran, mon idole de longue date et si regrettée maintenant. Enfin, ma collection s’est encore étoffée, et puis le docteur Suffran m’a offert de belles dédicaces, peu de temps avant sa disparition. Et oui, il s’agit bien d’une boîte de bordeaux en guise de bibliothèque, soyons logique.
#2895
The eleventh day et une autre collection datant principalement de mes jours de recherches autour d’Arsène Lupin : au milieu du mur de polar, les mémoires policières. Souvenirs de grand flics ou de cambrioleurs, œuvres d’Edmond Locard, biographies et traités criminels. Double rangée. Et un essai que lit Nero Wolfe dans The Doorbell Rang. Le gros flingue en plastique date d’une fiesta donnée par mon fils quand il avait 19 ou 20 ans et qu’il était en fac de droit (e).
#2894
Bibliothèques jour dix : une partie des essais et beaux livres autour de la bande dessinée (il y en a derrière, non visibles, aussi). Il faut bien avouer que je fus libraire de bédé dans une existence antérieure… et que ça a laissé des traces. Lire « sur » la BD me fascine à l’aune de mon intérêt non faiblissant pour ce ou ces domaines. Ne figurant pas sur ces photos, ma lecture la plus récente dans le genre est un recueil d’entretiens avec Lewis Trondheim.
#2893
À la recherche de la bibliothèque perdue, épisode 9. Le ghetto de la « littérature beige » : Jacques Réda, mon psychogéographe favori, ayant débordé du rayon poésie / psychogéo d’à côté, je finis par lui adjoindre pas mal de ces fragiles livres à la couverture en papier qui passent par chez nous pour la quintessence de l’art de l’édition. Et donc quelques favoris de ce genre le rejoignirent, les Robin, Salmon, Dabit, Carco, avec d’autres documents sur la vie urbaine d’antan (certains acquis lors de mes travaux autour d’Arsène Lupin).
#2892
Sous le ciel que soutient la haute muraille, ce minuscule jardin figure bien les « confins du banal et du magique » que célébrait Jacques Réda. Une paix bourdonnante d’insectes invisibles, couvée par les roucoulements des pigeons. Un morceau de temps confiné où frissonnent troènes, micocoulier, fuchsia, abutilon, lauriers et figuiers. L’océan si proche que l’on devine dans les courants d’air et sur le sable fin des façades impose sa lumière et ses humeurs, nuées fumeuses et azurs éclatants en succession rapide. Vers le soir, en ce début de printemps, le ciel s’ouvrira telle une fenêtre, éclatant et précis comme du verre. Un moment, une heure peut-être, tout sera plus net, une respiration dorée. Puis le bleu tombera, engourdissant la terrasse et but par le désordre végétal, jusqu’à ce que monte une grisaille de la terre, qui troublera d’ombre le jardin alors qu’au-dessus, le visage de la résidence prendra une dimension théâtrale, en angles roses d’une netteté d’autant plus frappante qu’au sol tout se nouera de noirceur. Après le passage à l’outremer, ce sera la nuit et cette lune piquante, si froide, qui aplanira tout d’argent.




