#2869

Un susurrement et le crissement discret du stylet sur sa tablette : ce sont les murmures qui émanent du sieur Melchior comme, accaparant mon ordinateur, il travaille au bouclage du prochain « Bibliothèque dessinée ». Tout juste nous sommes-nous risqués au dehors ce midi, pour n’hélas trouver barrière judaïque qu’une large banderole humide se balançant mollement au-dessus d’une longue rue déserte — la bruine intermittente, le vent aigre et les passages nuageux auront donc eu raison du grand vide-grenier annuel.

#2868

Un détail et je réalise qu’il s’agit bien du passé : un train passe et l’on évoque son panache blanc ; un voyage en voiture et l’on se serre les couvertures sur les jambes… J’ai replongé ces dernières semaines dans un de mes (nombreux) péchés mignons, le polar anglais golden age. Après le délicieux vintage fifties des sœurs Bodin (les sept romans de Jean-Pierre Ferriere que je vais rééditer en deux gros volumes au Rayon Vert), je suis donc de retour à l’époque de la Seconde Guerre mondiale, dans le quotidien britannique, après avoir passé pas mal d’années un peu éloigné de ces fictions si british (trois ans que j’avais acheté les George Bellairs par exemple). Doux retour.

#2867

Dimanche laiteux, comme engourdi, sous un vent humide — et pas de livres à Saint-Michel en dehors d’un Pif de 1971, calamitas. À un moment, me relevant d’un lot de drouilles, je prend soudain en plein visage un éclatement de soleil et de lumière : du mobilier seventies, grosses fleurs de tournesol, laque orange, motifs de flammes… Riante décennie dont le design était si positif.

#2866

Ouate dominicale. Traverser les rues pavées de Sainte Croix, avec ses aimables boutiques de la dernière bienveillance branchée, jusqu’au parvis de Saint Michel croulant sous les étals de vieilles chaussures, lampes, assiettes, bouquins, masques africains, vases, clefs, jouets, fringues, nippes, disques, napperons, bibelots, tableaux, vélos… Siroter en terrasse un thé à la menthe avec un copain, dans le soleil fragile qui tourne autour de la flèche, puis rentrer par le cours vide, long et blond, et retrouver son bout de jardin, la petite chatte clignant des yeux sous le genêt, le rouge-gorge qui vient lancer quelques grincements aigus et les tourterelles qui roucoulent. Demain, il pleuvra.