#2815

Attendant un bus, tout à l’heure, je me suis mis à penser à l’océan. Il y avait du vent, de cette bousculade fraîche qui balaye souvent Bordeaux et qui, avec la pluie, la sauve encore de l’irrespirable. Je me suis souvenu qu’à Lyon, l’été, les fois trop rares où il y avait une telle brise je pensais à l’océan : souvenirs et impressions d’enfance, quand nous allions passer la période estivale à Saint-Brévin, sur l’estuaire de la Loire, et que bien souvent le vent marin nous empêchait d’aller à la plage. Et puis levant le regard, J’ai réalisé qu’un élément supplémentaire m’avait amené l’esprit à la grande eau : remplaçant la toiture d’une des maisons basses, en réfection, l’on avait installé de grandes bâches, qui claquaient et faseyaient comme une voile.

#2814

Sans doute cela me manquait-il le plus, lorsque je vivais à Lyon : la vision du ciel, car là-bas les rues sont de profonds canyons et l’on ne lève guère le nez vers le paysage nuageux ; d’ailleurs il y pleut assez peu, ai-je toujours trouvé. Je m’asseyais souvent à la fenêtre de la cuisine, pour malgré tout saisir un peu de ciel, comme une respiration. À Bordeaux, ville basse, j’ai retrouvé enfin ce lien constant avec le grand spectacle de la météo, et parfois, de mon jardinet, je me surprends à contempler les nuées comme on le ferait d’un tableau, admirant le touché du pinceau et la nuance des tons, je bade au firmament, béat de ce qu’ici il fasse beau… plusieurs fois par jour, si j’ose dire.

#2813

C’est l’heure où la cheminée se détache en rose-doré sur l’azur pâlissant, où ce dernier semble poudreux, où l’ombre monte de sous les buissons, où les arbres murmurent, où une brise caresse, où s’agitent les longs bras du micocoulier, où le figuier frotte ses mains, où la maison s’emplit de pénombre et le grand ciel de clarté.

#2812

Des manuscrits, des manuscrits, des manuscrits : c’est finalement une bonne part de mon existence. Des livres en devenir, ou qui le pourraient. Manuscrit de mon propre roman que je vais sans doute finir vendredi. Manuscrit perso de Yacoub dont je dois faire la mise en page. Manuscrit de mon vieil ami Francis que suis en train de transformer en (beau) livre. Manuscrit d’un autre vieux copain dont je viens de lire 50% ; pas pour les Moutons, c’est du polar, juste pour lui donner mon avis (et ça me semble fort bon). Manuscrit d’une amicale relation, pour les Moutons celui-ci, et pour le moment, fingers crossed, ça me semble très bien. Manuscrit très chouette d’une toute jeune autrice, apporté par Julien et bon sang que j’y crois. On ne les arrose pas mais ça pousse quand même, eh.

#2811

Lorsque je me tiens au fond du jardin, dans le seul espace qui demeure au sein de la mini jungle, et que le hasard du vent ou de la pression atmosphérique porte fortement le bruit du passage d’un train, sous le lent mouvement des nuages, l’impression de voyage immobile est presque saisissante.