#2624

Cosmopolitisme de quartier. Trouvé dans la boîte à lire de la barrière de Bègles un vieux bouquin en anglais sur Londres, qui ira rejoindre my ever growing collection de livres sur Londres et l’Angleterre. Remontant la rue de Bègles avec ma baguette sous le bras, en bon Français, je croise une jeune femme qui parle dans son portable, en américain. Sur le trottoir d’en face, un jeune homme fait les cent pas en parlant fort dans son portable, avec un très net accent belge.

#2623

Jour de balade. Un joli pot en verre seventies à la brocante. Un thé dans une librairie. Un déjeuner avec un ami éditeur. Une expo de livres tchèques des années 10-30 aux Arts décos (où tout le reste relève du musée des horreurs, soit dit t’en passant, genre tombe passée à l’encaustique et perruques poudrées). Un achat de thés. Un grand papotage dans une autre librairie. Du soleil au départ, du soleil au retour, une bonne averse entre les deux, la ville brillait sous le ciel froid, luisante et lumineuse.

#2622

Le savez-vous ? Quelque chose de neuf et d’important est en train de naître : un nouveau label en imaginaire, les Saisons de l’étrange.

En tant que lecteur, il se trouve que depuis quelques années je fais une forte consommation de ce nouveau surnaturel qui est si florissant, toutes ces histoires de détectives de l’étrange, tous ces mélanges de polar, de thriller ou d’espionnage avec de l’uchronie, des fantômes ou de la magie ; tenez par exemple les Daniel O’Malley (en français chez Pocket), ou bien ceux que je viens juste de finir, des romans de George Mann, Lisa Tuttle et Vivian Shaw. En tant que consommateur culturel, je suis également fan de séries, forcément, et gros lecteurs de comics, aussi. Mais en tant qu’éditeur, c’est plutôt la création francophone qui m’anime, qui me passionne. Alors des idées sont nées, tout d’abord au sein de l’équipe des Moutons électriques, et puis par un effet inédit tout un projet a fait tache d’huile… les Saisons de l’étrange sont nées !

Un financement participatif (« crowdfunding ») a été lancé sur Ulule qui vise à la création de cette collection, qui va être co-éditée par les Moutons électriques. « Les Saisons de l’étrange » est un label co-dirigé par notre graphiste Melchior Ascaride, notre secrétaire, Vivian Amalric, et un bibliothécaire, Arthur Plissecamps, avec le soutien complet des Moutons électriques qui en avaient initié la mouvement. En clair, le financement de la « première saison » est déjà assuré maintenant, plus en bonus la livraison aux donateurs d’un étui où ranger les 6 premiers volumes et d’un petit recueil de couvertures alternatives. Le palier suivant est particulièrement alléchant : un recueil exclusif de nouvelles inédites mettant en scène les héros présents et à venir de la collection.

Financer cette campagne, c’est donc vous assurer de recevoir tout cela, pas mal quoi, mais aussi (surtout), l’important c’est d’assurer la pérennité d’une telle entreprise : contrairement à la plupart des « crowdfundings », il ne s’agit pas en effet juste d’assurer l’existence d’un ouvrage ponctuel, mais bien de lancer tout un projet de longue haleine, très ambitieux et qui, très franchement, nous tiens tous énormément à cœur. Car au-delà de cette première saison, qui verra paraître de courts romans de Lazare Guillemot, Roland C. Wagner, François Peneaud, Olav Koulikov, Paul Féval et Cédric Ferrand, on a vu loin, avec se bousculant pour les saisons suivantes des auteurs comme Jean-Philippe Depotte, Julien Heylbroeck, Nelly Chadour, Nicolas Le Breton, Brian Stableford, Sylvie Denis, Christine Luce, Irène Maubreuil, Brice Tarvel, Alex Nikolavitch, etc. Eh oui, ça rigole pas ! Ou plutôt si, justement, ça rigole : ce projet est fun, pulp, enthousiaste, et totalement dans l’air du temps… le surnaturel fait son grand retour, la sérialité est devenue une évidence, la forme courte aussi – la rapidité, les héros, les mystères, les monstres, les savants fous, les complots, les fantômes, les druides, les uchronies, le steampunk, le thriller fantastique… c’est tout ça qui est brassé dans ce projet fou.

Et si les donateurs savent déjà être certains d’obtenir la première saison, les libraires sont également assurés ainsi du lancement de cette nouvelle collection commercialement pertinente, porteuse, avec un investissement énorme : tournée de dédicace des auteurs, campagne de pub et de com (via l’agence Perfecto), articles dans la presse et sur les blogs, présentoir en carton pour les librairies, plaquette de présentation, affichettes et marque-pages… Jamais les Moutons électriques n’auront investi autant dans un lancement, soyons clair. Dire qu’on y croit serait l’euphémisme du siècle : c’est le projet qui nous… électrise le plus, en fait, une vraie source de bonheur éditorial. Alors allez-y, foncez, n’hésitez pas : soutenez !

#2620

Je confiais il y a peu à ma copine Sylvie Denis que lors de la sortie de son recueil en Folio-SF, Jardins virtuels, il y a maintenant pas mal d’années, j’avais été presque aussi heureux/fier que s’il s’était agit d’un de mes propres bouquins. Je suis ainsi avec les livres, parce que mon entourage est notablement constitué d’écrivains, certaines parutions me « touchent » presque intimement. Un nouveau Calvo, par exemple — je viens juste d’acheter Toxoplama et ai hâte de le lire. Ou bien cette bio de Philip K. Dick en bédé, que viens juste de sortir mon excellent camarade Laurent Queyssi et qu’il m’avait fait lire en avant-première sur mon iPad. Ou ainsi encore d’un nouveau Xavier Mauméjean, par exemple.

Eh bien, c’est que c’est un ami, mais plus encore, j’ai écrit plusieurs essais avec lui — les bio de Holmes et de Poirot, que la collection de poche « Hélios » vient de juste rééditer avec ma bio solo de Lupin. Et lorsque Mauméjean, mon excellent camarade Xavier, sort un nouveau roman (dernier en date : La Société des faux visages) je suis curieux, très curieux. Curieux de savoir quelle « machine » il a fabriqué et de voir comment elle fonctionne. D’autant que la veine qu’il explore depuis maintenant trois romans n’est guère éloignée de ce qui motiva nos biographies. Les commentateurs germano-pratins, jamais à cours d’inculture, ont récemment forgé l’étiquette d’exofiction pour les plus ou moins bio romancées, les vies réinventées, ce genre de choses — pour la fiction, quoi ! Alors avançons que Mauméjean est le roi de l’exofiction, et pas depuis peu. Avec Alma il semble avoir de plus trouvé son éditeur idéal, des petits formats élégants, sobres à la française, et cette fois il propose un titre fort mystérieux, une énigme très étrange, une histoire bien folle. C’est étonnant combien ces « exofictions » mauméjeanesques fonctionnent bien pour moi, alors qu’elles se situent en dehors de mes propres sentiers lus et battus. Je ne saurai dire exactement pourquoi, je ne me prétend pas « critique », il y a cette documentation subtilement glissée (touchant du doigt presque son versant essayiste), il y a cette sécheresse de style (moi qui aime le lyrisme), il y a cet étonnant intellectualisme de concept allié à une tendresse pour ses protagonistes (cette fois Houdini, Freud et Jung), cet imaginaire de l’étrange, du freak, du tordu, curieusement plus souvent chaud que sombre. Drôle de type, Mauméjean. Je l’aime bien. Et idéal, cet éditeur l’est vraiment pour lui : rouge, brun, violet, voici déjà trois jolis petits volumes qu’il aura aligné chez eux, on a envie d’en avoir d’autres. Le brun, c’était son précédent, ce Kafka à Paris si léger et étonnant, comme une sorte d’aventure de Spirou (Franz Kafka) et Fantasio (Max Brod) dans le Paris de la fin d’été 1911. Avec beaucoup d’humour, fait d’absurde et de tendre ironie. Avec une belle langue charnue. Avec de jolies tranches de psychogéographie (il n’y a pas pour rien, en tête de roman, une citation de Walter Benjamin). Avec de nombreuses rencontres et un usage formidablement vivant de la documentation historique.

Et le rouge c’était son premier, American Gothic, oserai-je le qualifier de majeur ? Cela demeure mon impression, en tout cas : un roman qui parvient à dédoubler la légende d’Henry Darger en la teintant de Oz, qui accumule les simples (?) documents tout en parvenant à créer un puissant effet de suspense. Pour moi, une fiction virtuose, un merveilleux vertigineux, dupliquant à sa manière la froide jubilation d’un Steven Millhauser et la brûlure d’un Jonathan Carroll…

Bon, la suite monsieur Mauméjean ?