#2552

Ce petit séjour en Touraine m’aura permis de me rendre compte à quel point je me sens… réconcilié ? complet ? Je ne sais comment le dire, mais du temps de Lyon partir de cette campagne familière était une cassure, une rupture : regagner la grande ville sèche, le trop de monde, l’enfermement d’un appartement. Alors qu’il s’agit maintenant d’un même mouvement, le glissement naturel d’un lieu où l’on respire à un autre lieu de respiration, du même versant du pays, du même confort.

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#2551

Eh bien, j’ai encore lu un bien mauvais roman. C’est de ma faute : le principe du polar régionaliste me séduit assez et j’étais donc curieux d’en lire un se passant à Chinon (la petite ville tourangelle d’où vient ma famille). Las, si le style était fort correct, les constructions adroites et les phrases plutôt soutenues, et que l’intrigue se tient bien, la psychologie est élémentaire, l’atmosphère absente et la construction fait téléfilm. Quant aux descriptions, zéro, seule ma connaissance des lieux me permettait de « voir ». Bref, niveau manuscrit que je refuserai — un (bon) polar a besoin de corps, de caractère, d’atmosphère…

#2550

Mode « grmbl » on. Mes lectures récentes furent fort insatisfaisantes.

Le roman finlandais traduit en américain, The Rabbit Back Litterature Society de Pasi Ilmari Jääskeläinen, c’est finalement révélé long et filandreux pour pas grand-chose, l’auteur passant selon moi quasiment à coté de son sujet (une belle intrigue de fantasy) pour se perdre dans de oiseuses et idéalistes considérations sur l’écrivain et son inspiration, c’est ridicule et prétentieux, typiquement de la fantasy version « mémés qui ne lisent que de la blanche », quelle misère…

The Eterna Files de Leanna Renee Hieber, steapunk a priori sympa mais le bouquin ne semble pas réellement fini, c’est trop court, tout est précipité/concentré exagérément, les ellipses sont brutales et mal conduites, quelle misère…

A Darker Shade of Magic de VE Schwab, au blurb laudateur de Delia Sherman sur la foi de laquelle je l’ai acheté (et sur la couverture superbe, aussi), est terriblement sans goût ni coisse (expression tourangelle), du sous-Moorcock sans zeste, sans style, aux personnages immatures et dénués d’épaisseur (on voit que l’auteur vient du young adult bien commercial), l’univers présenté pourrait avoir la richesse d’un Zelazny (échos d’Ambre) mais non, c’est plat au possible, quelle misère…

Et puis le pastiche de Holmes et Watson situé en 1420 par Jean d’Aillon, chez 10/18, alors? Lamentable: les personnages ne conservent que le patronyme de leur inspiration, ils ne possèdent absolument rien de la psychologie des originaux donc quel intérêt? Et l’écriture me semble très contestable: de la documentation historique fourrée grossièrement à chaque paragraphe, des notes de bas de page historiques pour en rajouter encore, des descriptions pesantes, des apartés historiques qui soulignent seulement le côté mal fichu de la mise en contexte, une foultitude de salauds sanguinaires qui encombrent les pages sous prétexte qu’ils sont royalement historiques, ah et vous ai-je dit que c’est du polar historique, enfin, moins polar qu’historique? Quelle misère…

Ensuite j’ai mis le nez dans une fantasy française que je ne citerai pas, pleine de fautes de grammaire et de verbes « être » à chaque ligne, quelle misère…

Et pour finir dans les calamités, le Spirou « one shot » nouveau, dessin plat, scénario plat, couleurs moches, persos grossièrement hétéros, une seule planche m’a réellement fait rire, les scénaristes s’imaginent qu’en gavant leur intrigue zigzagante de citations franquinesques ils font une bonne histoire? Ben non, quelle misère…

Bref je suis un tantinet de mauvais poil. Heureusement qu’entre chaque (mauvais) roman je continue à savourer des nouvelles de Sylvia Townsend Warner, si belles, si calmes, cette grâce modeste, cette délicatesse presque intangible, c’est du bonheur.

#2549

Ce matin, alors que je sortais de l’antre de perdition par excellence, la librairie M. (mon dealer), je m’apprêtais à traverser la place Gambetta lorsque mon regard fut attiré par une curieuse statue — oups, mais non, sapristi! Il s’agissait bel et bien d’un véritable héron, et immense, le volatile, très beau avec ses ailes grises et son jabot blanc. Au milieu du trafic, en plein centre de la ville, avec les bus et les voitures partout, et les piétons, tranquille le grand animal se tenait dans la petite mare centrale, observant avec une sérénité statuaire l’agitation humaine. Un instant il déploya sa considérable voilure, juste pour sauter sur un petit rocher puis, de nouveau figé, rester là comme un îlot de stabilité au milieu de brouhaha urbain.IMG_2495

#2548

Ce week-end, mon ami Jean-Paul m’a fait un très beau cadeau : un plan de Londres en parfait état, datant de… de quand, en fait ? Eh bien, il n’y apparaît que sept lignes et demi du métro, donc cela date d’avant 1969, ouverture de la Victoria Line. Il s’agit donc d’un plan des années 1960, visiblement — et c’est très amusant à explorer, par exemple les stations Strand et Aldwych du métro existent encore (sur le plan encore signé nommément par H. C. Beck). Oui je sais, un rien m’amuse — il faut dire que je collectionne les livres et cartes sur Londres, j’en ai une dizaine d’étagères pleines à craquer…

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