#5032

(Week-end) Arrivé sous une bruine transperçante. Champignac maussade sous son habit de gris. Un chevreuil broutait paisiblement dans la prairie dépeignée. / Une main humide couvre la campagne et du ciel grisailleux flotte une bruine piquante. Foins coupés et bois mouillé parfument l’air. / Campagne frissonnante sous un ciel encore voilé. Les milans sifflent et les pigeons roucoulent. Un écureuil vient de passer sous les tilleuls. / Ne suis pas parvenu à prendre en photo les milans, qui tournaient très bas. Ils sont quatre, première fois que je les vois tous ensemble. Fini une vignette, simple prétexte à une scène d’ambiance, à la description de mes deux protagonistes — ce que je n’ai jamais tellement fait — et à l’évocation d’un tournant technologique de cet univers. 11 000 signes. D’une nouvelle supposée j’ai quantité de fragments épars, façon puzzle, et d’une autre seulement le début, façon esquisse. De quoi mâchonner tout l’été.

#5031

Aux confins du campus, tout d’abord un champs de macadam brisé puis, derrière un hôpital, tout un paysage d’abandon, serres brisées, château en ruine hanté d’un bestiaire étrange, terrains de foot retournés en prairie depuis la pandémie et équipements fichus post effondrement, sous les cous torves de longs pins dinosauriens.

#5030

Assis au jardin il y a un instant, j’ai eu une « impression de plage » – la chaleur, une brise, et le bruit de la marée produit par le long passage d’un convoi de marchandise dans la tranchée ferroviaire. Un instant, en fermant les yeux, j’ai repensé à mon excursion de l’autre jour avec mon fils direction le Pyla. Je vais si peu souvent en bord de mer, bête piéton que je suis, je le regrette. Un peu de tristesse tout de même : beaucoup des arbres alentour ne présentaient plus que moignons calcinés ou troncs noircis, et le sable se jonchait non pas de coquillages mais de fragments noirs.

#5028

Bel orage ce midi. Dans ma petite nouvelle de ce week-end, j’ai fait usage de l’orage observé le dimanche précédent comme je rentrais du Béarn…

« Durant plus d’une heure, le train entretint une course avec un orage. D’immenses nuées roulantes se présentaient de profil sur la lumière claire, presque abricot, de la fin du jour. Le train longeait ce mur de nuées, parfois rattrapé par la violence d’une averse, pluie et grêle. Des éclairs fendaient la masse géante, leur tonnerre couvert par les heurts du souffle d’océan métallique et sec du convoi ferroviaire et les halètements de la locomotive. À la frange extérieure de la montagne orageuse couraient des nuages longs à la chevelure frisée et au ventre sombre, et d’autres encore d’un bleu-gris, épais traits nerveux comme peints à la brosse. Ils ressemblaient à des animaux, lévriers et hippocampes caracolant à l’avant-garde du front orageux qui fondait vers la terre. Puis tout de même le rail distança la tempête, ils laissèrent ces tourments derrière eux, le soleil déclinant transforma le ciel en une coupole rose. »