Plaisirs minuscules que de constater, au soir las, que poussent les premières figues et premières tomates de mon jardinet.
#5058
Dans mes lectures du moment (j’avais écrit « actuelles », mais justement elles ne le sont guère), surtout constituées de romans et documents du Paris d’entre-deux-guerres et jusqu’aux années cinquante, Salmon, Fargue, Beucler, MacOrlan, Colette, Hardellet… ce qui me frappe le plus en définitive c’est cet espace urbain plus libre : une guinguette abandonnée, une ancienne carrière, des jardins, des « terrains vagues » (j’adore ce terme), la ville est encore respirante, évidée de lieux creux, de recoins désaffectés, tandis que les rares fois où je me rends encore à Paris de nos jours je suis effaré par sa concentration, le moindre lopin occupé, entassé, sur-construit.#5057
À la faveur (?) d’une insomnie avant-hier, j’ai encore redigé sur téléphone un chapitre de mon roman, un passage souterrain de 4000 signes. C’est égal, il ne me parait pas banal d’écrire une telle proportion d’un roman sur le bloc-notes d’un iPhone – mais je saisi les opportunités et inspirations lorsqu’elles se présentent. Le caractère « choral » et donc assez morcelé d’un tel projet s’y prête fort heureusement : je viens de débuter un tableur des chapitres pour ne pas m’y perdre.
#5056
« Des trains qui ont des longueurs d’instants de cafard »… Je lis ou relis beaucoup de Léon Paul Fargue en ce moment, l’un de mes poètes favoris. Il ne cesse de me renverser par ses comparaisons et métaphores lunaires, inattendues, souvent cocasses, cette langue d’une admirable souplesse. Et je m’amuse de son obsession pour les trains, les gares, les rails, qui rejoint si bien mon quotidien, même si ce soir pour une fois j’ai choisi de faire sonner une galette de musique mélancolique plutôt que de me contenter du chant de la voie ferrée. « Un quartier de locomotives et de poètes », souhaitait Fargue. « Jaillis des rails luisants comme un halage de larmes. »
#5055
La mémoire. À travers la fenêtre de l’auto, filant comme un film un peu romantique, recevoir les coups des pins à perte de vue, puis des sous-bois d’aiguilles et d’arbousiers, au retour ceux du fleuve qui brasse, et entre les deux l’argenterie bleutée de l’océan, les verticales noires plantées dans les vagues, les bandes brillantes des eaux entre les bancs de sable, le goût salé des salicornes, les étoiles vertes de la soude ligneuses, le phare pointant rouge au-dessus des pins, les rubans d’algues au ras des vaguelettes, au loin le long éclat doré de la dune du Pilat qui semble exsuder son propre soleil sous le temps gris… Tout l’alphabet du littoral, que je connais si peu en fait. Laisser faire la percolation de tout cela, avec le ciel du jeudi soir au-dessus de la Meca et le jardin de mon parrain qui hier soir fondait dans un bleu frileux et rêche.