#674

Cette nuit, j’ai pris un coup de jeune. En effet, j’ai rêvé que j’étais toujours au collège. Il s ‘agissait d’un bâtiment blanc et bas, logé au sein d’une petite ville sous les pins. Les blocs d’immeubles bas, aux façades couvertes de bardeaux en bois sombre, semblaient semés un peu au hasard sur les ondulations d’un terrain littoral, au sol de sable que jonchaient les aiguilels de pins. Les arbres, bien plus hauts que les immeubles, couvraient presque complètelment le ciel de leurs frondaisons sèches et sombres.

Nosu revenions d’un voyage en car, c’était la fin d ‘année. J’étais passablement amoureux du p’tit nouveau de la classe, un prénommé Yoann, au visage mince et aux yeux timides sous une tignasse brune ébourriffée. Dommage que nous soyons à l’orée des grandes vacances car je n’allais plus le revoir avant longtemps, regrettai-je. D’autres de nos camarades décidaient d’improviser un concert de fin d’année, avec Johan Heliot qui se débrouillait drôlement bien à la guitare électrique et plutôt pas mal au chant, un autre copain avait une clarinette, mais par contre le jeune Yoann n’était pas très bon flûtiste. Notre prof principale n’était autre que ma copine Mireille. La musique enflait, montait, répétitive comme un morceau à la Mike Oldfield.

Je logeais dans une vaste demeure, ancienne, que je savais être la maison du bief. Mais je ne me souvenais pas réellement de ce qu’est un bief. C’était chez Mireille, aussi, et la maison historique servait également de musée, puisque je voyais par la porte entr’ouverte du salon un groupe scolaire en visite. Certains des mômes faisaient des glissades sur le parquet brillant, vite admonestés par leurs accompagnateurs. Au-dehors, un canal coulait à la place du macadam, mais des maisons s’alignaient le long des trottoirs, comme dans une rue ordinaire. Il y avait même une palissade de terrain vague, derrière laquelle se levait le soleil, dans un ciel très bleu. De la neige brillait sur le dessus des lampadaires, et je me demandais à quoi pouvait ressembler une plage enneigée.

#673

Pour citer mon petit camarade Gino: « J’ai parlé avec Moorcock une minute et c’était une très bonne minute… »

Moi aussi, j’ai parlé avec Michael Moorcock (même que je lui ai donné le Panorama de la main à la main, n’ayant pas pu le lui envoyer puisqu’il est en vadrouille à travers l’Europe), et avec Paul Di Filippo, et avec Henrik Loyche… Quant aux Français, hem, impossible de citer tout le monde…

C’est du festival Utopiales, que je aprle. Quis e déroulait à Nantes le week-end dernier. Sur quatre jours, même — et c’est long! Très agréable, amusant, très fructueux aussi, mais passablement épuisant. Au point qu’à y songer quelques jours après, mon impression principale semble être celle d’une longue pièce au sol et aux murs sombres, qu’emplissaient des grandes quantités de gens et une quantité sans doute encore plus grande de fumée et de brouhaha. Il s’agissait du bar du festival, que des panneaux de bois séparaient du principal de l’activité (ou du moins, du vaste hall où s’agitait le public et résonnaient les tables rondes), et dont les fenêtres s’ouvraient tels les hublots de l’Enterprise sur un spectacle d’étoiles, dès que le jour tombait (la grande rotonde du palais des congrès se perle d’un poiintillé de lumières). Dans cet espace privilégié, ou bien deux étages plus haut, autour des vastes tables rondes du « mess », c’est toute la « Starfleet » du milieu SF et fantasy qui bourdonne, rit, bavarde amicalement, discute sérieusement, se retrouve ou se découvre. Un brassage d’ampleur bien plus grande que nos bonnes vieilles conventions en rétrécissement constant; un intéressant melting-pot de pros et de fans, de vieux et de jeunes — sans doute est-ce un signe supplémentaire de l’âge qui me vient, mais des jeunes, il y en a de plus en plus, d’ailleurs. Et je ne saurais m’en plaindre, bien au contraire, si ce n’est que mon manque de physionomie ne me permet pas toujours de reconnaître chacun dès la première rencontre…

Ne faisons pas trop mondain: je ne veux ni ne peux décrire chaque rencontre, citer chacun. De fait, si je ferme les yeux je me souviens surtout de cette longue salle au plafond bas, d’un éclairage incertain, tamisé en rouge-jaune, les volutes bleutés de la fumée, la foule tout le long du bar, au fond, le monde qui va et vient, des visages familiers émergeants, les groupes se faisant et défaisant, en cette valse des contacts, discussions et séparations bien particulirèe à ce genre de réunions. Des sourcils bruns (y aurait-il pénurie de blonds dans la SF?), un nombre accru de crânes chauves (ah ben oui, les blonds se rasent, en ce moment!), des sourires amicaux, des mains qui se posent sur mes épaules (Ugo), une main qui se glisse dans la mienne alors qu’affalé sur un sofa j’ai un coup de barre (Sara), une bise, d’autres… (beaucoup de tendresse, dans ce milieu) trop de fumée, mauvaise pour mon asthme, mais sinon, ah le plaisir de rencontrer des correspondants virtuels de l’internet, et de revoir tant de monde, de discuter avec des copains et copines, de remettre au point des projets éditoriaux, d’en laisser germer d’autres, conclure des accords, d’échanger sur des bouquins, de boire jusqu’à tard dans la nuit, de parler et parler encore de même. Et puis, tiens, j’ai resongé à une remarque d’une amie de l’Oxymore: les nombreuses conversations sur la musique! Amusement de parler de Steven Wilson avec Comballot ou de Nick Drake avec Heliot.

Les côtés négatifs? Bah, guère: même attaqué dans une diatribe publique passablement déplacée et ridicule, je ne me suis pas senti touché. L’absurdité d’une telle attaque, le ton ésotérique et la personnalité de l’orateur ne prêtaient qu’au sourire moqueur. Quant aux aspects hautains, au sens de la hiérarchie et aux hotesses-potiches qui m’avaient tant irrités une précédente fois, tout cela semble s’être estompé, avoir même disparu dans le dernier cas.

Enfin, grâce à mon cher Ugo, une aventure parallèle extrêmement plaisante: une intervention scolaire, en collège, à St Nazaire. Justement j’avais envie, ces derniers temps, de me livrer à une telle expérience — et en fus frustré par la sottise de certaines profs, apparemment incapables de s’organiser un tantinet. Bref donc, nous animâmes un petit cours auprès d’élèves de 4e que leur prof nous avait présenté comme « turbulents » mais qui s’avérèrent, avec nous, sympas et intéressés. Et sans avoir de grandes vélléités professorales, ma foi, la vitalité et l’intérêt de ces échanges furent si bien conformes à mes e,nvies — et je récidiverai volontiers, à l’occasion.

L’escapade se poursuivit de manière tout aussi fidèle à mes goûts: une petite balade post-industrielle dans la zone portuaire, puis un pélerinage éouvcant à St-Marc-sur-Mer — Les vacances de monsieur Hulot! Avec l’Hôtel de la plage, incroyablement inchangé, et une statue de Tati. Que du bon temps.

#672

>> Le mot chat ne miaule pas

Un peu la course, avant de partir une vingtaine de jours. Bah, je bloguerais en route, certainement.

La bonne surprise juste arrivée, à emporter en vacances: The Blue Girl, le nouveau Charles de Lint. Miam!

Pas d’espoir dans les urnes, mais un peu en librairies: après le bonheur de redécouvrir André Dhôtel, c’est au tour de Christiane Rochefort de refaire un tour dans les devantures. Celle qui préfèrait se faire appeler « écrevisse » plutôt qu’écrivaine ou autrice, celle qui osait tous les tabous (femmes libres, irrévérence, science-fiction, homosexualité, utopie, merveilleux, inceste), celle qui riait tant et savait si bien glisser les phrases-de-tous-les-jours au sein du dimanche du style — celle-là mérite amplement d’être encore et toujours lue.

J’aime que, dans son survol biographique en fin de volume, les morts de ses chats soient aussi importantes que le reste.

#671

Ces derniers temps, la Poste se gargarise du mot « confiance », dans ses pubs télévisées comme sur ses placards.

Certainement se sont-ils rendu compte qu’il y avait justement un net déficit de confiance de leurs clients… Eh bien, ils ont encore beaucoup de travail!

J’ai envoyé le mois dernier plus de 120 colissimo — le « colis confiance », selon leur publicité. Sur cette quantité, 6 ou 7 clients m’ont dit avoir reçu leur paquet le samedi au lieu du vendredi garanti par ma date d’envoi. Je me suis donc rendu à mon bureau de Poste, récépissés en main. La guichetière de zapper les codes-barres… et d’affirmer que non, non, impossible, pas de remboursement: sur son ordi les colis sont tous indiqués comme arrivés le vendredi. Et de me jeter un regard suspicieux, genre « tâchez pas d’arnaquer la Poste »…

Je n’ai donc été remboursé que du colis arrivé de manière trop flagrante en retard — plus d’une semaine! Visiblement (à moins que vous ne me trouviez une autre explication), dans tous les autres cas les bureaux de Poste zappent illico le code-barre, afin de prétendre à une livraison en temps et en heure, et puis ma foi, ils livrent parfois seulement le lendemain en vérité… Voilà qui doit garantir de substantielles économies à la Poste. « Ayez confianssse », comme sifflait le serpent dans le Livre de la Jungle de Walt Disney…

Finalement, ma pub postale favorite reste celle pour les retraites, où un rédacteur voulant faire le malin (mais maîtrisant mal le français) affirme que s’adresser à la Poste pour un plan d’épargne retraite, c’est aussi efficace que… d’aller toucher un pompon de marin à Brest ou de trouver un fer à cheval. En voilà un, au moins, qui sait qu’on ne peut pas leur faire confiance.

#670

Vu hier soir un film incroyable: Spring and Chaos (Keni no Haru). Un dessin animé japonais long métrage (réalisé par Shoji Kawamori), d’une renversante poésie, adaptant… la vie de Kenji Miyazawa! Je savais déjà que le DA de chez Ghibli, Goshu le violoncelliste, était adapté d’une nouvelle de cet auteur, et qu’une autre était notamment à l’origine de l’inspiration de Miyazaki pour Mon voisin Totoro, mais de là à ce qu’on consacre tout un film à Miyazawa… Bonheur! Apparemment, il s’agit d’un téléfilm réalisé pour le centaine anniversaire de la naissance de Miyazawa, et il aurait parfois été diffusé en france sous le titre du Printemps de Kenji. Comme dans les contes pour enfants de Miyazawa, le téléfilm met en scène des chats au lieu d’avoir des personnages à figure humaine.

Je n’ai encore lu qu’un unique recueil de Miyazawa, mais suis déjà tombé sous le charme étrange de ses contes, un merveilleux que l’on pourrait qualifier de fantasy japonaise — n’en déplaise à cette fichue Encyclopedia of fantasy (bourrée de défauts) qui, avec son point de vue bien anglo-saxon et trop ghetto, ne cite même pas Miyazawa dans son entrée « Japan ».

Kenji Miyazawa (1896-1933) est l’un des plus grands écrivains japonais de ce siècle. Il renouvela en profondeur la poétique japonaise, créa un vocabulaire entièrement nouveau, utilisant à merveille rythmes et sonorités. Il met en scènes hommes et bêtes, êtres célestes ou pierres et mousses : il nous projette dans l’univers de l’enfance, où l’invisible et le visible se rejoignent, au bord du merveilleux. Miyazawa écrit ses contes dans les années vingt ou trente, à une époque où il se passionnait pour l’astrologie et la cosmologie. Ainsi Le train de la voie lactée , récit qui se déroule pendant la nuit de la fête du Centaure, égare le lecteur dans un monde où le réel se dissout, un monde merveilleux, un monde féerique. Il vécut à Hanamaki, dans le nord du Japon. Ingénieur agricole, il consacra sa vie à l’amélioration des conditions de vie des paysans. Esprit très ouvert, il s’intéressa à la science, aux religions, à la musique. Ce fut un génie solitaire, épris d’absolu : fervent bouddhiste, il concevait la littérature comme une mission. Son oeuvre, quoique inclassable, fait désormais partie des classiques.

Il faurt maintenant que je mette la main sur Ginga Tetsudo no Yoru, un autre long métrage adapté de Miyazawa.