Les ombres sont floues et des chats sombres glissent en silence sous l’ouate crevassée de bleu. Je m’interrogeais sur cette senteur de fumée, pas celle de ma cuisine, puis ouvrant la porte à la petite chatte, je compris : la ville entière, le quartier en tout cas, embaume la fumée nocturne. De l’autre côté de la résidence éclairée comme dans un Magritte, monte encore l’hourvari trouble du boulevard. Ma vieille chatte tourne et miaule, les yeux larges et lumineux, des fenêtres aveugles qui me fendent le cœur. Le dehors gris ne la tente plus, elle y heurterait ses vibrisses et son museau frémissant. Harassé et fébrile, je reste un moment immobile, à humer le soir dans un velours fragile.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#5007
Courant avril, je réédite mon « long-seller », ce sera sa sixième version. Et il faut que je vous révèle un petit secret, concernant cet Arsène Lupin, une vie : j’y ai glissé un petit peu de ma famille. Figurez-vous qu’en finissant de travailler sur une autre édition de ma biographie du gentleman-cambrioleur, j’avais découvert qu’il y avait un lien *direct* entre lui et les miens.#5006
Merveille du manque de mémoire : entre deux grandes rasades nocturnes du prochain Jaworski — je crois bien que le sommeil me fuit sur mes vieux jours —, je lis une petite série de polars situés à Oxford… ou bien les relis-je ? J’ai le vague souvenir d’avoir déjà binge-read cette série il y a longtemps, une vingtaine d’années disons, mais je n’en ai pas conservé de trace mentale, aussi agréables soient-ils pourtant. Et les ronds de cuir de Courteline, sûrement les connaissais-je déjà, lus du temps de mes travaux avec Mauméjean sur Sherlock Holmes ? Nul souvenir non plus et pourtant, je savoure tant le style que l’humour, venant d’en acquérir une jolie édition illustrée en grand format. J’entasse, je lis, je relis, c’est tout un ma foi.
#5007
Lente promenade du samedi matin, sous un ciel d’abord noir puis bleu – la pluie sous le soleil, spécialité locale. Admirer les mimosas en fleurs, les étoiles blanches déjà accrochées aux pruneliers, la chaussée vernie par l’azur, les grenouilles d’un étang, un château cerné de chants d’oiseaux, les canards bruyants et les oies familières d’un lac. Rive droite déserte, silence serein des coulées vertes.
#5006
Je suis cerné, ma pauvre petite maison frémit sous les vacarmes de travaux, de chaque bord : le logis de la défunte vieille dame a été repris par des Fanny & Guillaume qui ont tout détruit ; et de l’autre côté, la maison abandonnée ne l’est plus, reprise par des Fanny & Gaël qui ont… Ah oui, il y a comme un motif qui se dessine, là. Et si c’était cela, le véritable « grand remplacement », l’approche implacable de clones de jeunes couples hétéros tous semblables ? La ville a peur !