#4085

Je me souviens que, lorsque je vivais à Lyon, ville où je me sentais un peu étranger et pour laquelle je n’avais jamais développé d’attachement, je ressentais un certain plaisir chaque fois que je devais en partir. Un petit frisson d’évasion. De Bordeaux en revanche, ma ville d’élection, je n’éprouve au départ jamais qu’une sorte de réticence, un regret de m’éloigner même pour peu de jours, même pour des vacances.

#4083

À l’IUT Métiers du Livre de Bordeaux, où j’ai fait mes études au mitan des années 1980, j’ai eu un prof de culture hispanique, un gentil petit monsieur très distrait et très doux, qui était un réfugié chilien ayant été torturé par la dictature de Pinochet. Quelques années plus tard, j’ai appris qu’hélas il était mort, renversé par un bus alors qu’il traversait sans faire attention. Aujourd’hui je pense à lui, car le candidat de la gauche chilienne a remporté fort heureusement les élections présidentielles contre un candidat des nostalgiques de Pinochet.

#4082

Saison froide, l’approche de Noël se durcit comme un cœur glacial et concentré, d’un bleu poussiéreux. Sur Stalingrad, les lilas du Japon portent déjà les grappes vertes de leurs prochaines graines, en lieu et place des guirlandes que la mairie austère n’octroie plus. Les plantes furent-elles dupes d’une relative douceur ? Elles risquent de déchanter, comme la pauvre humanité qui au-delà du bonhomme rouge va se trouver un nouvel an plutôt solitaire, je le crains. Oh oh oh. Dans les bassins du jardin botanique, les lotus sont fanés comme des feuilles de tabac et les canards vous considèrent d’un œil jaune. Les temps sont rudes pour les rêveurs.