Une brume nimbait l’air nocturne d’un mince voile, d’un trouble, lorsque je suis sorti ce soir, un tulle qu’irisaient les lampadaires et que perçait la pleine lune. Un phare bleu fumait dans le lointain de la géométrie des caténaires. Quelques pas lents par les rues calmes, et des lueurs, des étincelles, saisies fugitivement par des fenêtres — le sweet home de l’un est toujours le mystère de l’autre.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2583
Ce ne fut pas une bonne journée. Hier matin j’apprenais plusieurs mauvaises nouvelles, et l’une en particulier qui m’attriste particulièrement. Je ne parviens même pas à pleinement le réaliser : je ne vais plus croiser Henri en librairie ou à Saint Michel, cette figure locale, ce petit monsieur toujours jovial, des rides de rire au coin des yeux, formidable collectionneur de BD, chineur invétéré ; Henri qui pour moi faisait en quelque sorte partie du décor de « mon » Bordeaux, un passant, une constante du monde du livre bordelais ; Henri toujours une plaisanterie et un mot gentil aux lèvres, à la fois familier (depuis 35 ans que je le croisais) et opaque, si public et cependant complètement privé, avec qui j’avais encore discuté il y a peu chez Mollat, sans âge et dont je découvre parce qu’il est disparu mardi qu’il avait 62 ans, seulement. Salut Henri.
#2582
Comme pour « fêter » le changement ce fichu changement d’heure, le temps s’est fait ce matin uniformément gris, du genre à ne pas se réveiller. Je sens que je vais casanier fermement. La chaudière s’est éveillée en toute discrétion. En musique j’ai mis pas mal de soleil (coffret Bruford). Lire, lire, écrire. Et du thé, bien sûr. Il y a un an je me trouvais à Londres, tiens.
#2581
Réveillé vers 2h et demi du matin par mon inconscient d’auteur ? En tout cas, soudain je me suis mis à penser à ma nouvelle en cours d’écriture et les fils se sont dénoués, j’ai compris comment résoudre le problème policier que je m’étais posé. Et non, ce n’est pas juste une solution « en rêves », comme cela arrive souvent : j’étais réveillé et ça marche, mon fil narratif est « décoincé ».
#2580
Des copains évoquent sur un mur FB le volume de correspondance de Michel Jeury. Ce qui me refait penser à un fait typiquement actuel : je ne connais pas l’écriture manuscrite de mes ami-e-s récent-e-s, disons ceux que j’ai pu me faire depuis les débuts des e-mails, alors que d’un seul coup d’œil j’identifie toujours la patte de Michel Jeury, de Patrick Marcel, de Michel Pagel ou de Roland C. Wagner ; d’antan (prendre ici une voix chevrotante) l’écriture manuscrite faisait partie de l’identité d’une personne, tandis que de nos jours, ma foi, la seule écriture main que je puisse reconnaître est celle de mon fils.
