#6273

Un bout d’roman…

« Rentrant tard, ou très tôt, d’une soirée étudiante sur le campus de Talence, principale activité universitaire à laquelle elle daignait participer de façon régulière, Martine qui marchait sur le trottoir vit passer un bus de nuit en sens inverse. Des ombres se tenaient assises dans la blancheur troubles de ses vitres. Qu’est-ce qui prouvait, à une telle heure, que ces voyageurs étaient bien d’ordinaires humains ? Combien de bus de nuit ne transportaient que des fantômes, en une sorte d’équipage blafard pour les heures nocturnes les plus incertaines. Martine secoua la tête : voilà que sa curiosité pour les fantômes menaçait de tourner à l’obsession. […] Et puis zut, il suffisait d’avoir pris un soir un autobus nocturne pour avoir vu quelle faune douteuse et parfois inquiétante sortait à ces heures-là. Comme si aux petites heures, à la nuit profonde, tous les zombies, les sorcières, les spectres, les vampires, les garous, les bizarres, ressentaient soudain le besoin de gagner la banlieue ou bien d’en rentrer. C’est pour cela que la jeune fille préférait revenir à pied, n’ayant pas de vélo. Elle se sentait plus en sécurité sous la lumière alternante des réverbères que dans la lueur jaunâtre des transports publics. Dans l’éclairage urbain, toutes les rues adjacentes, en particulier celles à la chaussée pavée, prenaient des aspects de décor pour cinéma. Dans la pénombre, elle vit une femme avec un sac à dos penchée sur la serrure d’une porte. Quand elle fut à sa hauteur, il s’agissait seulement d’une poubelle d’où débordait le ventre gris d’un sac plastique trop gros. Fantôme aussi. Bien plus concret était le rat qui fila devant elle dans le caniveau. Sous la voûte de suie d’une salle de bowling où elle était déjà allé, le volet métallique se couvrait de graffitis sans imagination. […] »

#6270

L’autre soir, ma copine Juliette m’a présenté à ses amis de Berlin comme l’homme qui écrit deux romans par mois, quelque chose comme ça. Rigolez, rigolez, il faut bien que je m’occupe. Et l’an dernier, je n’ai écrit « que » deux romans (le dernier Bodichiev et un « blanche » qui tourne en lecture) plus mes mémoires (à sortir en septembre chez Flatland). Écrire me donne une structure, en plus des projets de publications que je soumets çà et là. J’ai fait une pause administrative, hier, et pendant ce temps je crois avoir débloqué le principal de la narration du roman de fantasy jeunesse sur lequel je suis — en parallèle d’un polar. Derrière, j’ai deux autres romans qui « poussent », dont l’un bien entamé. Et j’ai terminé aujourd’hui une novella. Eh, sans tout cela je serai dans la vie tel un gros qui flotte dans ses vêtements après une cure d’amaigrissement. Comme je suis incorrigible, j’ai eu aussi, durant mes insomnies de cette nuit (vent, pluie, tempête, ça cingle, siffle, cogne), l’idée de deux anthologies. Et mon grrand projet d’essai avance sereinement, bien sûr.

#6269

Pff vous appelez ça de la neige ? Lorsque je me suis levé ce matin, une main glacée venait seulement de jeter un peu de gros sel sur la vitre du vasistas, rien de plus. Enfin, au moins fait-il grand beau et cela m’a mis un peu de baume au cœur pour recommencer à travailler après une bonne semaine de pause. Hop, courage, retour à l’écriture et à ma discipline des 10 000 signes par jour.

#6267

J’aime assez alimenter mes projets d’écriture de rencontres aléatoires. Et puis il y a de belles serendipités. Ainsi, j’expliquais à un ami lors d’une promenade que pour le polar que j’ai débuté, situé dans mon uchronie habituelle mais en 1902, j’envisage d’avoir un rôle pour Élisabeth d’Autriche. On fait une halte à une boîte à lire et qu’y trouve-je ? Une grosse biographie de Sissi ! Bon, il s’agit du genre « bio people », très sentimentale, mais je vais forcément y picorer quelques éléments. Et puis j’ai fort envie d’y évoquer les fumeries d’opium, je dois lire sur le sujet un beau bouquin de chez L’échappée. Hier soir j’ai l’imprudence de faire un tour chez un bouquiniste où je ne vais jamais d’ordinaire et hop ! une jolie reliure de Opium par Jean Cocteau, étrange recueil de notes, dessins et aphorismes lors d’une cure de désintoxication. Fabuleux Cocteau, toujours lumineux même lorsqu’il est incompréhensible. Je vais utiliser cela aussi, par conséquent.