Curieux comment les choses fonctionnent, parfois : je ruminais depuis quelques temps sur un sujet, et un ami m’écrit ce matin « Mon grand regret est d’avoir laissé cette relation se distendre, la distance n’excuse pas tout. :-/ Jeune et bête… » Oui, jeune et bête, c’est exactement ce que je me disais à l’instant, en réfléchissant je ne sais pas trop pourquoi (si, une scène dans le dernier Baxter-Pratchett) à des relations que j’ai laissé tomber autrefois, lorsque j’étais jeune. Parfois bien sûr, la distance excuse, justement : la relation ténue que j’avais avec certaines camarades du lycée, à Limoges, avec une correspondance qui diminua vite… Ou celle avec Françoise, était-ce seulement son prénom? Cette fille plus âgée que moi avec qui j’avais noué une curieuse amitié à Bordeaux… Chacun file vivre sa vie, sans trop regarder en arrière. Il en passe, des gens, dans une existence ; on en croise, tant et tant, des personnes que pour une raison ou une autre l’on ne suit pas, plus. Et je ne parle pas là de ceux qui meurent, mais bien de ceux que l’on perd de vue, parce que l’on ne peut embrasser tout le monde. Devenu vieux, je m’y efforce un peu mieux, pourtant. Mais étant jeune… En me retournant vers mon départ de Cergy-Pontoise, cette déchirure terrible lorsque j’avais tout juste 18 ans, je me demande comment j’ai pu quitter E. et P. si aisément, sans plus jamais un mot. Je l’ai payé, une fois arrivé à Limoges, d’une sévère dépression, mais sur le coup on s’est dit au revoir, c’est tout, alors que c’était un adieu. La jeunesse se croit éternelle, c’est un cliché mais tellement vrai, c’est même presque un archétype : la jeunesse éternelle — et puis un jour on se regarde dans le miroir du couloir, on se découvre des poignées d’amour, on réalise que l’on a 40 ans, on se découvre déjà vieux. Et il est trop tard pour renouer avec certains, le passé est un pays aussi étranger que lointain.
Archives de catégorie : journal
#2492
Vers les 5h ce matin je m’éveillai vaguement et, constatant qu’aux tambourins de la pluie avait succédé un grand silence nocturne, je me dis que le tumulte annoncé ne semblait plus d’actualité… innocent que j’étais, justement ce silence figurait le légendaire calme avant la tempête et bientôt souffles et gifles d’emplir l’espace d’un raffut formidable. Dans mon demi sommeil je songeais à un navire dans la tourmente et d’ailleurs, le mat, pardon, la poutre centrale du toit, crissait un peu. Au vrai matin je n’ai constaté aucun dégât au jardin ni dans les alentours, mais tout le jour resta grisâtre, maussade, verni d’humidité, du genre qui ne vous remonte pas le moral. Un samedi morne échoué sur le rivage, mol et mouillé.
#2491
L’intime. C’est quelque chose, un sentiment de proximité au point de faire presque partie de moi, qu’en dépit de mon amour pour la science-fiction et la fantasy, je n’ai jamais ressenti non pas pour mais par ces genres. Parce qu’en SF, l’intime et le purement psychologique ont longtemps été absents des stratégies narratives ; la SF c’était le grand spectacle, avec des personnages comme simple vecteurs. Bien sûr, Cristal qui songe, Des fleurs pour Algernon… mais ces romans-là n’arrivèrent pas à point ou ne me touchèrent pas si fort qu’ils me construisirent. Et puis encore, la SF était seulement hétéro, ce qui ne pouvait me parler intimement. La fantasy arriva un peu trop tard, pour moi. Le roman policier ? Ma proximité de ce genre fut « pantoufle » plutôt que construction intime : puzzles et divertissements, éléments de langage, même (les plaisanteries de Fantômette et les réparties d’Archie Goodwin), importants pour bâtir mon imaginaire mais pas pour m’expliquer le monde au niveau émotionnel. Finalement, lorsque je me retourne sur mon passé de lecteur, lorsque j’interroge mon ressenti de lectures, mes attachements intimes sont principalement avec deux galaxies de vies : Christopher Isherwood et Armistead Maupin. Du premier, j’ai tout lu et relu, jusqu’aux journaux, plusieurs biographies, des documentaires, des essais sur, et même étendu mon intérêt à tout son entourage — Upward, Spender, Auden, Day Lewis, et leurs œuvres, et leurs vies, jusqu’à Denny Fouts (l’homme entretenu…) ou Benjamin Britten, sans parler des films Cabaret et A Single Man. Isherwood et les siens, qui m’ont tant appris sur le sentiment homosexuel, que j’ai tant suivis qu’ils me semblent appartenir à ma vie d’une certaine manière. Du deuxième, j’ai également l’impression d’en connaître intimement tous les personnages, et jusqu’à leurs visages et leurs voix puisqu’ils furent incarnés sur le petit écran. Lues et relues les « Chroniques de San Francisco », et j’attends maintenant avec grand intérêt l’autobio annoncée de Maupin.
Ce rapport intimiste à certaines œuvres, je l’ai également avec une poignée d’albums qui me sont « culte », un rapport à quelques musiques singulières qui ne s’explique que par des conditions de découverte ou d’écoute dans ma jeunesse : The Hissing of Summer Lawns de Joni Mitchell, Ommadawn de Mike Oldfield, To Keep from Crying de Comus, Lord of the Ages de Magna Carta, Wind and Wuthering de Genesis, Thick as a Brick de Jethro Tull, le tout premier Supertramp (avec la vilaine rose en pochette)…
#2489
Il faisait beau, il faisait doux, j’ai fait hier une bonne et longue marche dans la lumière rasante de la fin de journée, balade urbaine plaisante et relaxante, dans les rues blondes et sous les pins sombres, je me suis senti fichtrement mieux ensuite. Pas certain que je puisse renouveler l’exercice de si tôt, l’ami téo augurant de la pluie pour jeudi, et pour vendredi, et pour samedi, et pour dimanche… bon, le climat bordelais normal est de retour, quoi. (Not complaining) 🙂
